Moniteur d’atelier : "Un métier avec un contact humain fort, complexe"

Moniteur d'atelier:

Le moniteur d’atelier a comme mission de superviser des travailleurs en situation de handicap au sein d’une Entreprise de Travail Adapté. Dans le deuxième volet de notre enquête, les trois moniteurs de l’ASBL APRE SERVICES dévoilent leur quotidien. Entre empathie, flexibilité et efficacité.


- [Première partie du reportage] : Moniteurs en entreprise de travail adapté : ils racontent leur métier

La convention collective de 2002 relative à la classification des fonctions en Entreprise de Travail Adapté (E.T.A) définit la mission de moniteur comme « encadrer les travailleurs handicapés et être responsable de la qualité du travail ». Ainsi, le moniteur est en charge de tout un travail de suivi, de surveillance mais aussi de préparation en amont des ateliers. Les trois chargés de production attachés à l’ASBL APRE SERVICES nous font part de la richesse issue du contact quotidien avec les travailleurs en situation de handicap.

Un métier humain et complet

En amont des ateliers, a lieu un travail conséquent pour les moniteurs. En effet, la chaîne de production doit être morcelée afin que chaque tâche soit adaptée à la capacité du travailleur choisi au préalable. Jamila Kassib, moniteur au sein de l’ASBL APRE SERVICES, reconnaît : « C’est un métier complet avec un contact humain fort mais aussi très complexe. Chaque personne a un handicap spécifique et donc une manière différente de comprendre. Il faut donc répartir les tâches selon les capacités de chacun pour qu’aucune erreur ne soit faite lors de la production. Cependant, si je vois que la façon de faire d’un travailleur est différente de la mienne, je le laisse faire à sa manière tant que le résultat est là. »

Un certain temps est donc nécessaire pour tester les ouvriers et évaluer leurs capacités. En effet, des personnes en situation de handicap mental, physique ou bien encore social travaillent ensemble au sein de cet E.T.A. Les moniteurs doivent donc s’adapter aux spécificités de chacun tout en assurant que la production soit conforme aux attentes des clients.

« La méthode de travail dépend de chaque moniteur. De manière générale, on observe quand même qu’il y a une évolution dans la manière de procéder. Avant, il y avait un rapport hiérarchique entre moniteur et travailleur, alors qu’aujourd’hui l’approche se base plutôt sur la patience et l’accompagnement », souligne le moniteur Raphaël Vam Brusselen avant d’ajouter : « Personnellement, j’aime travailler dans la bonne humeur. J’ai envie que les travailleurs et moi nous nous se sentions d’égal à égal car on peut tous apprendre les uns des autres. »

Jamila Kassib souligne aussi l’attention particulière qu’il faut porter à ces travailleurs : « Dans le cas d’une erreur, je vérifie si ce n’est pas de ma faute. Si l’erreur vient de la personne, il faut prendre le temps de lui expliquer pour qu’elle la comprenne et avance. Il est nécessaire de les valoriser car à la fin de la tâche, les travailleurs sont fiers de l’effort fourni. »

Une réelle attention doit donc être portée à la fragilité et à la susceptibilité de certains travailleurs. « Il ne faut pas froisser les travailleurs car certains peuvent se sentir vexés et peuvent se mettre à bouder ou pleurer », affirme Abdel Bouassaouit, moniteur depuis 15 ans. Il poursuit : « Si quelqu’un n’arrive pas à réaliser la tâche, je lui demande s’il veut faire une autre tâche ou si elle ne lui plait pas. Nous arrivons souvent à les rediriger vers quelque chose d’autre de cette manière. »

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Faut-il connaître le handicap du travailleur ?

Les seules informations que les moniteurs possèdent sur les travailleurs sont les restrictions pour certaines activités (présentes sur la carte jaune) et une classification selon le degré de handicap (A étant pour le plus fort et F pour le plus faible). Autrement dit, les moniteurs n’ont pas le droit de savoir le problème médical réel des travailleurs. « Le principe de base pour les moniteurs est de ne pas mettre d’étiquette. Quand la personne vient ici, on sait qu’elle est considérée comme handicapée aux yeux de la loi et cela est suffisant », souligne Cécile Cocce, l’assistante sociale d’APRE SERVICES avant de reprendre : « Lorsque l’on présente quelqu’un sous l’angle de sa maladie ou handicap, une peur stéréotypée s’installe et le comportement se fait moins naturel. »

Jamila Kattib est du même avis puisqu’elle considère qu’il est préférable de ne pas savoir pour ne pas catégoriser : « Ils sont tous pareils et il y a seulement les tâches qui les différencient. Ils sont déjà conscients qu’ils travaillent dans un atelier adapté, et se perçoivent comme différents d’autres travailleurs. Il est donc nécessaire de leur rappeler que nous sommes tous pareils. »

Cependant certains moniteurs ne sont pas de cet avis. Abdel Bouassaouit estime qu’il est nécessaire de connaître précisément quel est le handicap du travailleur pour pouvoir s’adapter plus rapidement : « Parfois on ne sait pas si quelqu’un ne veut pas faire une tâche par manque de capacité ou de volonté. C’est difficile car nous n’avons pas tous les instruments en main pour comprendre comment la personne fonctionne. » L’assistance sociale Cécile Cocce considère au contraire que « certes le temps d’adaptabilité peut être allongé lorsque l’on ne connaît pas précisément la maladie de la personne mais cela lui permet de se voir attribuer des tâches plus diverses et de s’épanouir. »

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A.T.

La collaboration entre les différents professionnels au sein d’un E.T.A sera étudiée dans le prochain et dernier article de cette enquête. En effet, les moniteurs d’ateliers travaillent main dans la main avec un coordinateur aussi qu’un assistant social.



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