Fusion CPAS/commune : "Tous les partis se sont positionnés contre !"

Fusion CPAS/commune:

L’Assemblée générale annuelle de la Fédération des CPAS de Wallonie a eu lieu le vendredi 3 mai dernier. A cette occasion, six partis francophones ont été invités à une table ronde sur le thème : « Quelle place pour les CPAS et leurs usagers dans les programmes politiques ? ». Alain Vaessen, directeur général de la Fédération des CPAS, revient pour nous sur ce débat. « Les formations politiques ont exprimé une série d’engagements… qui ne sont pas tombés dans les oreilles d’un sourd », insiste-t-il !


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« Je suis très heureux de la façon dont s’est déroulée l’assemblée générale cette année. Elle a accueilli beaucoup de monde : 250 personnes », lance Alain Vaessen. « Nous avons présenté notre rapport d’activités plus ou moins en détail. En 2018, la Fédération a connu une année très active. Nous avons dû faire face à plusieurs gros dossiers politiques. De nombreux courriers ont été envoyés aux mandataires politiques. De plus, nous avons rendu une série d’avis. »

La journée du 3 mai a connu un autre moment fort : le débat avec les six partis politiques traditionnels francophones : PTB, MR, cdH, Ecolo, PS et Défi. « Les thématiques abordées ont été données aux participants à l’avance. De la sorte aucune surprise pour les candidats, qui ont ainsi eu la possibilité de préparer leurs réponses. Improviser n’était pas le but. Nous souhaitions vraiment obtenir la position claire et officielle de chaque parti. Et donc, les engagements formulés lors de ce débat ne sont pas pour nous des paroles en l’air. Ils ne sont pas tombés dans les oreilles d’un sourd. Nous allons les ressortir, ces engagements, après les élections, lors de la constitution de la politique régionale locale ou encore de celle au niveau fédéral... À ce moment-là, on leur rappellera gentiment leurs promesses. »

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Accompagnement budgétaire à la hauteur

Comment les partis politiques voient-ils l’institution du CPAS dans les cinq prochaines années ? Que sont-ils prêts à défendre, à sauver ? Ces deux questions fondamentales ont été posées aux représentants des six formations politiques. « Même s’ils ont des sensibilités différentes, ils ont exprimé globalement un message qui va dans le même sens. J’ai entendu de leur part à tous qu’ils allaient faire de l’institution du CPAS une priorité lors de la prochaine mandature », commente Alain Vaessen. « Nous avons observé un attachement unanime à l’institution et à son autonomie. Cette dernière, où elle existe, doit être maintenue. »

Les candidats se sont aussi rejoints sur un autre point : veiller à ce que l’éclatement des missions jouisse d’un accompagnement budgétaire à la hauteur. « Nous devons assumer de plus en plus de nouvelles missions sans pour autant que cela soit suivi de nouveaux moyens budgétaires. Pour renforcer notre autonomie, il est important de procéder à un transfert budgétaire », martèle le directeur général de la Fédération. Il rajoute : « Les participants au débat ont tous fait un lien intéressant entre l’élargissement des missions, l’importance de l’institution comme pivot des politiques sociales au niveau local et comme miroir de la précarisation de la société. Et ce n’est pas peu dire. En 5 ans, nous avons observé une hausse de 30% des personnes dans les CPAS de Wallonie. »

Un autre gros dossier mobilise depuis plusieurs années la Fédération : la possible fusion CPAS/commune. « Tous ont plaidé pour garder les synergies actuelles, comme cela est défini dans le décret en vigueur. En revanche, ils se sont positionnés contre le projet de fusionner les communes et les CPAS », commente-t-il. « Je m’en réjouis. C’est un combat que l’on mène depuis plusieurs années et là nous avons des engagements. Il est essentiel de préserver les corps de métier du CPAS. »

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La simplification administrative : une urgence

Les CPAS ne cessent de se développer, de se spécialiser et de se diversifier. Aujourd’hui, leurs missions se sont considérablement multipliées. Avant on vous disait, allez au CPAS pour toucher une aide et puis éventuellement on vous aidera pour le logement. Aujourd’hui, le panel de fonctions est énorme. Le recrutement du personnel des CPAS a-t-il suivi cette évolution ? « Il y a 262 CPAS en Wallonie. Plus de 4.000 personnes travaillent pour celui de Charleroi. Un CPAS d’une petite ville du Luxembourg, c’est 5-6 personnes au maximum. Tout dépend donc des réalités locales. Donc les petites structures, les travailleurs engagés sont un peu des Rémy Bricka, jonglant entre plusieurs fonctions. Ils doivent tout maîtriser et accomplir différentes missions. Le travail social est complètement sous-estimé. Il y a une vraie complexification des missions. Honnêtement, ces travailleurs font un travail remarquable. Il y a tellement de réglementations à maîtriser et ce sur des matières diverses et variées. Et tout cela en devant gérer le désarroi des personnes qui se trouvent devant eux. »

Les travailleurs sociaux des CPAS font aussi face à une vraie complexité administrative. Ils doivent réaliser une quantité invraisemblable de missions et ce avec des logiques de vérification et de contrôle intenses. « Il y a urgence à simplifier le travail à tous les niveaux de pouvoir et dans toutes les matières. Dans le logement, l’énergie… Les missions demandées sont de plus en plus administratives. Si on continue comme cela, dans dix ans, on n’engagera plus des travailleurs sociaux mais des employés administratifs. Cela serait une vraie catastrophe. On perdrait le cœur même du métier. »

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Pour une individualisation des droits

Lors du débat, les partis francophones se sont montrés globalement ouverts à l’idée de supprimer le statut de cohabitant et à celle d’augmenter le montant de l’ensemble des allocations sociales. Deux revendications portées par la Fédération depuis des années ! « Jusqu’à il y a peu, les mandataires politiques refusaient totalement ces propositions en arguant que c’était impayable. Ensuite, le bureau du plan à chiffrer ces mesures et a indiqué qu’elles n’étaient pas si difficiles à mettre en place. Et donc là les partis politiques y réfléchissent. Ce qui est un grand pas », se réjouit Alain Vaessen. Il rajoute : « Supprimer le statut de cohabitant va amener davantage de vie en communauté. Cela va aussi alléger considérablement les contrôles et les vérifications menés par les travailleurs sociaux des CPAS. Conséquence : les tâches administratives diminueront. »

Finalement, notons que les représentants des six partis francophones ont livré leur avis sur la politique des demandeurs d’asile. « Ils ont tous reconnu qu’on n’était plus dans une crise migratoire et que la situation devenait ou pouvait devenir structurelle », explique le directeur. Ils ont évoqué deux pistes pour développer des solutions structurelles : mieux anticiper et planifier entre les demandes et adapter l’offre d’accueil dans les ILA.

La Fédération des CPAS wallons a consigné tous les engagements exprimés par le PTB, MR, cdH, Ecolo, PS et Défi lors de ce débat de plus d’une heure. Alors, paroles en l’air ? Ou, paroles d’honneur ? Réponse après les élections du 26 mai prochain !



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