Pourquoi nos métiers sont-ils si peu crédibles ?

Pourquoi nos métiers sont-ils si peu crédibles ?

Avez-vous déjà eu l’impression d’être parfois considéré comme un gardien, un secrétaire, ou encore que votre boulot consistait à « faire mumuse » avec les gens ? Avez-vous déjà essuyé des remarques comme « Oui, mais toi, tu ne peux pas comprendre, tu ne vis pas dans le même monde que nous » ? Vous a-t-on déjà dit que vous ne serviez à rien ?

Ce propos est peut-être un peu exagéré. Quoique … Ce sont des petites remarques parfois anodines, mais qui, dans l’ensemble, reflètent une chose : nos métiers, notre secteur, ne sont pas toujours très crédibles. On ne sait pas très bien pour quelles raisons, mais il semblerait que nous n’exercions pas de « vrais » boulots et que nous n’ayons pas un réel savoir-faire. Pourtant, il n’en est rien. Alors, que se passe-t-il ?

Des fonctions rabaissées

Très souvent, l’éducateur est perçu comme un animateur, lui-même considéré comme une personne chargée d’occuper les gens. Rares sont les personnes extérieures à notre secteur, voire même y officiant, qui comprendront que derrière les ateliers et autres activités mises en place, une série d’objectifs sont à l’oeuvre. Objectifs qui touchent aussi bien au développement de compétences sociales qu’à l’autonomie de la personne. Expliquer que l’on est assistant social revient parfois à prêter le flan à toutes sortes de remarques se résumant à « Oh, tu fais des papiers avec les gens ». L’ergothérapeute sera vu comme un ersatz de kiné, et ainsi de suite.

Peu de reconnaissance, y compris chez nos employeurs

Mon propos semble démesuré … Il l’est sans doute un peu. Le trait est volontairement grossi. Quoique … Cependant, nul ne peut nier que nos métiers sont peu souvent reconnus à leur juste valeur. On nous prête rarement des qualités d’experts et on nous pense souvent dans des fonctions ne nécessitant pas de réel savoir faire. En ce compris dans le chef de nos employeurs : à part concernant le recrutement d’assistants sociaux ou de psychologues, tous les autres titres semblent interchangeables.

De réelles compétences

Pourtant, chacune de nos fonctions requiert un certain nombre d’années d’études, en ce compris pour celles dont le titre n’est pas protégé. Au cours de ces formations, le futur professionnel apprend à développer plusieurs compétences, qu’il affinera tout au long de sa carrière. La connaissance de nombreux concepts est également nécessaire, ainsi que le maniement de plusieurs techniques. Dès lors, pourquoi un tel mépris ?

Nous ne créons pas de richesse économique

On pourrait se dire que nous exerçons des fonctions qui ne sont pas économiquement valorisables : nous ne créons pas de la richesse économique, nous n’apportons pas une plus value au PIB de notre pays. Certes. De nombreuses autres professions sont dans ce cas, notamment dans le secteur médical. Pourtant, il me semble que les médecins jouissent d’une bonne reconnaissance au niveau social. Il en va de même pour les infirmiers, même si ces derniers ne le sont pas à leur juste valeur.

Manque de crédibilité scientifique

Une autre hypothèse qui me vient est que nous ne sommes pas scientifiquement crédibles. En effet, nous vivons dans une société qui a érigé un véritable autel à la Science. Tout ce qui peut nous permettre de comprendre notre environnement, en ce compris nous-mêmes, pour ensuite le maîtriser, est roi. Nous cherchons, depuis l’aube de l’humanité, le progrès technique et technologique. Nous repoussons sans cesse les limites de la Nature, dont nous cherchons à nous rendre maîtres. De nos jours, la seule chose qui supplante la Science, ce sont les intérêts économiques.

Nous sommes hors cadre

Et nous ne représentons ni les uns, ni les autres. Travailler avec la psyché humaine veut dire renoncer à une grande majorité de ses certitudes pour se laisser surprendre par l’inattendu. Certes, de grandes tendances se dégagent, lorsqu’il s’agit de psychologie et de pédagogie, mais il se trouvera toujours plusieurs bénéficiaires pour venir les contredire par leurs actes. Point d’axiomes en social, et point d’intérêts économiques, du moins à court terme. Nous sommes complètement hors cadre. Raison pour laquelle, aux yeux de beaucoup, nous ne faisons rien de bien tangible. Qui plus est, comme il faut parfois beaucoup de temps pour mesurer les impacts de nos actions, nous avons des difficultés à prouver qu’elles ont une utilité.

Rentrer dans le moule, ou revendiquer sa différence ?

Alors, nous tentons de rentrer dans le cadre : nous appelons notre matière les « sciences sociales », ou « sciences du travail », ou encore « sciences humaines ». Nous créons un master « d’ingénierie sociale », dont, pour ma part, je n’ai jamais compris ni le sens ni l’utilité. Nous établissons des diagnostiques et préconisons des plans d’interventions. Nous redoublons d’efforts en matière de statistiques. Bref, nous essayons de rentrer dans le moule de la Science. Sauf que ça ne fonctionne pas : les véritables scientifiques ne nous considèrent pas comme leurs pairs, les quidams ne nous perçoivent pas de cette manière-là non plus, et nous perdons ce qui fait notre spécificité. Alors, soyons fous, revendiquons notre différence ! Il paraît que c’est justement cela qui crée la richesse … humaine.

MF - travailleuse sociale

[Du même auteur]
- Eviter l’épuisement professionnel
- Les travailleurs sociaux et leur rapport à l’argent
- Travailleur social : cumuler plusieurs emplois pour ne pas s’épuiser
- Conditions de logement de nos bénéficiaires : un facteur essentiel à prendre en compte
- Et moi, émoi... De l’importance des émotions dans le travail social
- Pauvreté et justice sociale : quand la colère gronde
- 1.200.000 excuses...
- "Travailleur social " : fourre-tout institutionnalisé
- Travailleurs pauvres, les nouveaux bénéficiaires ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus