1.200.000 excuses...

1.200.000 excuses...

Un retard de payement des allocations familiales d’un jour ouvrable entraîne une proposition de compensation de 10€ pour chaque famille impactée, en guise d’excuses. Proposition vite retirée, mais à quelques semaines des élections, personnellement, j’ai un arrière-goût amer dans la bouche. Parce que cette compensation signifie une dépense de 1.200.000 €. Ai-je besoin de pointer le camouflet que cela représente ?

Le secteur social souffre d’un sous-financement chronique, et il n’est pas le seul. Chaque année, les budgets sont coupés et recoupés, à un tel point qu’ils ont plus de chagrin que de peau. Les institutions sont vidées de leur sens et de plus en plus de bénéficiaires sont laissés sur le carreau. Alors, avec 1.200.000€, nous aurions pu faire beaucoup. Magnifique insulte que voici.

Un geste quelque peu exagéré

Les familles concernées par ce retard se sont vues promettre une compensation de 10€, à titre d’excuses. Il est clair que parmi ces familles, certaines sont probablement dans une situation financière plus difficile, avec des revenus plus bas et / ou précaires, et n’auraient pas refusé ce petit supplément. Toutefois, ce que j’ai constaté, notamment sur les réseaux sociaux, c’est que beaucoup de personnes, pourtant concernées, ne comprenaient pas l’utilité de cette dépense. D’une part, le retard était très faible. Et d’autre part, 10€ supplémentaires ne représentent finalement pas grand-chose, au regard de la dépense à consentir pour les octroyer à 120.000 familles.

Marche arrière, mais …

Depuis, l’administration concernée a fait marche arrière et a retiré sa proposition, pour des motifs assez flous. Peut-être ont-ils pris conscience de l’impossibilité de financer une telle dépense, ou se sont-ils rendus compte que cette compensation les rendait finalement encore plus impopulaires … Faut-il y voir un lien avec les élections à venir ? Dans tous les cas, le simple fait qu’une telle proposition ait été formulée démontre l’inconsistance de cette administration. Et pas uniquement : cela démontre également le manque de respect envers certain secteurs de l’aide sociale qui souffrent de sous-financement chronique.

Une insulte envers les secteurs sous-financés

Le secteur social voit chaque année ses budgets réduits et ses institutions vidées de leur sens. De plus en plus, on nous demande de devenir des gendarmes déguisés et d’appliquer des mesures anti-sociales au possible. Nous devons faire plus avec moins et nous ne sommes pas les seuls : le secteur des soins de santé est dans le même cas, ainsi que l’enseignement et bien d’autres. En réalité, tout ce qui définit la solidarité instituée par l’Etat est peu à peu vidé de sa substance. Cette somme aurait été utile de tellement de manières qu’il est impossible de les énumérer. Alors lancer négligemment par voie de presse qu’on en fera cadeau à des familles lésées par un jour ouvrable de retard dans le payement de leurs allocations familiales, ça ne passe pas.

Inconsistance et démagogie

Ce qui ne passe pas non plus, c’est qu’on entend rabâcher à longueur de temps qu’il n’y a pas d’argent, que les caisses de l’Etat sont vides. C’est la raison pour laquelle on ne remplace pas les travailleurs qui partent à la pension. C’est aussi pour ça qu’on engage « grâce » à des contrats temporaires, au renouvellement incertain. C’est parce que les caisses sont vides qu’on ne répare pas le chauffage de la salle de réunion, ou qu’on ne remplace pas les ordinateurs défaillants, ou encore qu’on n’investit pas dans le matériel parfois nécessaire pour travailler, etc. Alors, lire dans la presse qu’on propose de débloquer 1.200.000 € du jour au lendemain pour s’excuser auprès de 120.000 familles, ça passe difficilement. Si on propose de débloquer cet argent, ça veut dire qu’on l’a. Si on l’a, on pourrait l’attribuer à un secteur en souffrance. Malheureusement pour nous, un secteur, ça ne vote pas.

MF – travailleuse sociale



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus