Absence de prime pour les équipes en MR(S) : un mauvais signal

Absence de prime pour les équipes en MR(S): un mauvais signal

Cette carte blanche pointe la différence de reconnaissance entre le personnel soignant des hôpitaux et celui des maisons de repos (et de soins) en Wallonie, dépendant de deux niveau de pouvoirs différents. A l’occasion notamment des toutes récentes mesures de soutien à son secteur des soins annoncé par la Flandre, Christophe Happe, Directeur général d’UNESSA, estime qu’il s’agit d’un mauvais signal pouvant créer une dévalorisation d’un secteur par rapport à un autre et de véritables tensions, à terme, sur le marché de l’emploi.

La Pandémie de Covid-19, sa première vague puis sa deuxième, pèsent lourdement sur les épaules des femmes et des hommes qui, au quotidien, assurent l’accompagnement, le soutien et les soins aux personnes.

Dans les hôpitaux, ce dévouement s’est traduit par des mesures de reconnaissance au niveau fédéral : déblocage de budgets pour la revalorisation des fonctions ou encore, et tout récemment, octroi d’une prime exceptionnelle et de chèques-consommation en fin de cette année, pour un montant global de plusieurs centaines de millions d’euros. La Flandre vient, quant à elle, de libérer un budget annuel de 577 millions d’EUR (entre 2021 et 2025) pour soutenir ses soins de santé, dès le premier janvier prochain. Nous ne pouvons qu’applaudir de telles décisions, tout à fait justifiées au regard des efforts fournis par ces secteurs et des services essentiels à la population lors de cette crise sans précédent. Mais dans le même temps, nous nous interrogeons : qu’est-il prévu pour les maisons de repos et maisons de repos et de soins (MR(S) ) wallonnes ?

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Ces équipes se battent sans relâche depuis des mois

En leur sein, des hommes et des femmes égaux dans leurs droits à l’ensemble de la population, mais que l’âge a rendus plus fragiles face au virus. Pour les accompagner et les soutenir, des hommes et des femmes encore : aides-soignants, infirmiers, paramédicaux, personnel logistique ou administratif... Depuis plusieurs mois, ces équipes se battent sans relâche pour accompagner au mieux leurs résidents, parfois en effectifs réduits et avec les moyens du bord, dans cette crise sans précédent.

En valorisant un secteur au détriment d’un autre, le signal est fort : il laisse croire que le travail effectué par du personnel en MR(S) a moins de valeur que celui effectué par du personnel en hôpital. Est-ce là le message sociétal que les autorités veulent faire passer ?

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260 millions sur la table

Bien sûr des décisions ont été prises. Pour parer à l’urgence sanitaire, le Gouvernement wallon a adopté différentes mesures positives pour soutenir financièrement les MR(S). Il a également annoncé, en juillet dernier, dégager 260 millions d’euros de manière structurelle pour la période 2021-2024, afin de revaloriser les travailleurs et travailleuses du non-marchand et, en particulier, ceux et celles des secteurs santé et social qui relèvent de sa compétence. Nous nous en réjouissons.

Mais les négociations autour de ces 260 millions n’ont pas encore été entamées et les mesures ‘one shot’ annoncées par le fédéral pour cette fin d’année ne trouvent pas (encore ?) de pendant au niveau régional. Cette absence de corollaire n’est pas sans impact sur le secteur : si le Gouvernement wallon ne parvient pas à aligner ses efforts sur ceux consentis en faveur des hôpitaux, les soins aux personnes âgées risquent de basculer dans une lutte concurrentielle perdue d’avance : pourquoi un infirmier ou une aide-soignante travaillerait encore dans un établissement pour personnes âgées alors qu’un hôpital fournit un meilleur encadrement et de meilleurs salaires ? Leur envie de s’investir dans les soins et l’accompagnement de personnes âgées suffira-t-elle à les encourager à débuter ou poursuivre une carrière en MR(S) ?

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Le risque ? Une pénurie de personnel

Par ailleurs, dans son récent rapport sur les ravages de la première vague de Covid-19 dans les institutions d’accueil pour personnes âgées, Amnesty International pointe du doigt, entre autres, le sous-financement des institutions d’accueil de nos aînés.

Si les mesures fédérales ne trouvent pas un écho suffisant et rapide au niveau régional, l’écart risque de se creuser irrémédiablement. Les établissements accueillant les personnes âgées risquent une pénurie de personnel à même d’accompagner des résidents en situation de profonde dépendance. Est-ce vraiment cette qualité d’accueil que nous voulons garantir à nos aînés  ?

A l’instar des hôpitaux, le personnel des établissements pour personnes âgées est en droit d’être salué pour son travail sans relâche de ces derniers mois. Au-delà des mesures de soutien mises en place au niveau des structures, nous encourageons les autorités wallonnes à poser aussi un geste fort de reconnaissance, amplement mérité, vis-à-vis des équipes des MR(S), cette année encore. Nous plaidons également pour que des mesures structurelles solides soient prises pour assurer l’avenir de ces établissements et la qualité de vie de nos ainés. Car celle-ci passe aussi par des équipes trouvant du sens dans leur travail et une reconnaissance au bout du chemin.

Christophe Happe

Directeur général d’UNESSA

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Copyright de la photo : Sébastien Lebrun, www.photovision.be




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