DoucheFLUX : Think Global, Act Regional

DoucheFLUX: Think Global, Act Regional

« DoucheFLUX est la seule association du secteur bruxellois que la fin du sans-abrisme intéresse : avec ses chics 650 m2 incluant 20 cabines de douche au sous-sol, notre service d’accueil de jour sera aisément convertible en un rentable centre de fitness trendy à un jet de pierre de la gare du Midi ! » Pour cynique qu’il soit, semblable trait d’humour déride et réconforte, surtout les jours de doute et de découragement face à l’impact inévitablement limité de l’action menée avec ardeur par une équipe formidable et la gravité grandissante de la situation : 4.175 personnes mal-logées à Bruxelles selon le dernier dénombrement de La Strada en novembre 2018, soit une augmentation en 10 ans de 146 %. Heureusement, il y a maximum 6 « jours de jours de doute et de découragement » par semaine, DoucheFLUX étant fermé le lundi.

J’ai trouvé une devise susceptible de fournir un alibi à ma boulimie de travail et de plaisirs : avoir trop pour être certain d’avoir assez.

(Philippe Bouvard)

Low profile or optimistic face : il ne faut pas choisir

Mettre en place des dispositifs de soutien aux personnes les plus précaires est donc, d’abord, un exercice d’humilité. Pas sûr que le peu de choses que l’on peut rendre possible contribue à restaurer une confiance en soi le plus souvent meurtrie, s’agissant de personnes peu épargnées par les accidents de la vie. Aussi exaltant qu’exténuant, le travail social, fait de petites touches, de répétitions et d’allers-retours, est d’une urgence criante et d’une rentabilité sur le long terme plus qu’incertaine et, en tout cas, inconnue au départ.

En terminer avec ce crime contre l’humanité qu’est le sans-abrisme est pourtant possible et, à terme, financièrement rentable. Le succès du programme Housing First − qui consiste à reloger directement la personne et à l’accompagner le temps nécessaire pour qu’elle trouve ses marques dans son nouveau logement – est plus qu’encourageant. Car s’il fonctionne pour les personnes cumulant précarité sociale, maladie mentale, assuétudes et affections physiques (auxquelles il est aujourd’hui réservé), il fonctionnerait forcément pour tous les autres. Une politique résolue de prévention du sans-abrisme s’impose également en amont ainsi que, en aval, une augmentation substantielle des logements à loyer abordable, scandaleusement insuffisant à l’heure actuelle. C’est le bon sens même. Reste à en convaincre les prochaines autorités politiques : venez tous dormir place de La Monnaie à Bruxelles la nuit du 10 au 11 mai, dans le cadre des « 24h du droit à un toit », à l’initiative du mouvement DROIT À UN TOIT qui regroupe des citoyens et 100 associations du secteur.

D’ici l’éradication du sans-abrisme, il convient de faire avec les moyens (très limités) du bord et d’être stratégique.

Think Global : résister à la tentation généraliste

Ici plus qu’ailleurs, une approche globale de la personne s’impose, dans toutes les dimensions de son existence et leur subtile, complexe voire inextricable imbrication. Un travailleur ne peut donc rassembler toutes les compétences nécessaires et le travail en réseau, aussi difficile soit-il à mettre en place au quotidien, est nécessaire si l’on se refuse de bricoler ou d’improviser. C’est d’autant plus vrai que le secteur du sans-abrisme n’est pas un vrai secteur, seulement la poubelle des « ratés » d’autres secteurs (logement, endettement, santé mentale, prison, violence conjugale, ruptures familiales, assuétudes, aide à l’emploi, aide à la jeunesse, école, mineurs non accompagnés, politique migratoire, faillites, licenciements, etc.). Pour faciliter des partenariats et autres collaborations, une condition nécessaire, mais non suffisante, est d’être présent là où les associations se rencontrent. Ainsi, DoucheFLUX est membre des fédérations AMA et Bico, du RBDH, de la CCL, du SMES-B, du Forum, du Réseau Nomade, du CBCS, du groupe ASA de Saint-Gilles, de la Plateforme sans-abri, etc.

Act Regional : résister à la tentation égotiste

Fût-ce seulement en vue de subsides publics et/ou de dons privés, l’autopromotion est un réflexe de survie compréhensible et légitime pour les associations. Leur communication fait partie de leur arsenal et elle se doit d’être aussi professionnelle que l’expertise de leur travail sur le terrain. Le nom d’une association peut devenir une marque. On doit le regretter et on peut, en plus, s’efforcer de développer le réflexe contraire. Chez DoucheFLUX, la volonté de disparaître dans le paysage régional est explicite et planifiée. Non par modestie ou discrétion mais par souci d’efficacité. Si un outil a fait ses preuves, aucune raison d’en limiter l’usage aux « immenses » fréquentant l’association. Quitte − si cela facilite les choses, épargne des susceptibilités et évite malentendus et autres procès d’intention − à « dédouchefluxiser » l’outil. Cela facilite également la mutualisation des énergies, autre gage d’efficacité. Ainsi, il n’y a aucune trace de la forte implication de DoucheFLUX dans le développement de la wep-app survivingunbrussels.be (qui permet aux immenses d’accéder aux informations dont ils ont besoin), ni dans le mouvement DROIT À UN TOIT susmentionné. La vocation régionale de notre modeste Centre de documentation sur la pauvreté a été officialisée lors de son inauguration en 2018. Le DoucheFLUX Think Tank vient d’être rebaptisé Think Tank Poverty dans un même esprit. Le DoucheFLUX Film-Débat est devenu « Film*Debat, une initiative des asbl DoucheFLUX et Entraide de Saint-Gilles ». Le « Run for DoucheFLUX » est devenu « BrunX ». L’annuelle « Fête de quartier organisée par DoucheFLUX » ne demande qu’à passer le flambeau à qui se propose de l’organiser. Les réunions hebdomadaires du Syndicat des immenses pourrait avoir lieu ailleurs qu’à DoucheFLUX. Etc.

D’aucuns pourraient arguer que la présente carte blanche en contredit le propos. Ce serait le cas si ce n’était pas le Guide social qui nous avait approchés pour nous la proposer. Merci à eux.

Laurent d’Ursel

Directeur bénévole de DoucheFLUX



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