"Fuck Actiris", difficile de toujours être en désaccord

Dans la salle commune de la dernière ASBL pour laquelle je travaillais, il y avait un panneau d’Actiris que les jeunes avait trouvé je ne sais où. Dessus l’un d’entre eux avait taggué « FUCK », formant un « Fuck Actiris » et l’avait affiché fièrement sur un mur d’expression libre. Lorsque je pense à mes échanges avec Actiris lorsque j’étais en recherche, je me dis qu’il est parfois difficile de lui donner tort.

Kafka’ctiris

J’avais trouvé un boulot sous statut ACS en passant directement par l’employeur. Entre le début de ce contrat et sa fin, le système avait changé. C’était désormais Actiris qui contrôlait tout le processus de sélection. J’ai donc dû me rendre dans le bureau principal et l’antenne locale pour m’entendre dire que je n’avais pas droit au statut. Après avoir démontré que je quittais un contrat ACS (et que donc je gardais le statut), je me suis entendu dire que « Lorsqu’on est en préavis non presté, on n’a pas le droit de travailler ». Après interpellation de la responsable du service j’ai donc eu droit à postuler. Sauf qu’il n’existait pas de catégorie pour ce type de chercheur d’emploi (dû à un oubli informatique), je devais donc choisir entre l’accès aux annonces internet ou être classé dans une catégorie qui me donne accès aux annonces ACS. À chaque fois que je postulais pour une offre, elle était refusée automatiquement ; je devais donc contacter la personne, me justifier et tenter de la convaincre de ma bonne foi.

Quand l’ignorance cache les compétences

Après quelques jours, j’avais un discours bien rôdé et je savais quoi dire et quels noms citer pour passer le premier refus. Je me suis donc retrouvé face à l’ignorance de certains employés d’ Actiris. Je postulais pour un poste « d’intervenant social » et en voyant mon diplôme d’éducateur on me répondait « mais ce n’est pas un poste dans une école… », comme si les éducateurs ne travaillaient que dans les écoles. Des exemples de ce type j’en ai une bonne dizaine, pèle mêle : une personne confondait le « diplôme » de coordinateur de plaines de vacances (qui est une formation de quelques jours reconnue par l’ONE) avec un hypothétique graduat de coordinateur ; le métier d’animateur et d’éducateur étaient confondus ; et je vous épargne les jugements de valeur sur ce qu’est censé être le travail social et l’attitude du travailleur. L’effet pervers de telles attitudes c’est de cacher (et de gâcher) totalement l’image compétente de certaines personnes qui savent très bien de quoi elles parlent et qui connaissent les secteurs pour lesquels elles recrutent.

Une première sélection sociale

Lors de ces péripéties j’ai beaucoup pensé aux personnes que j’ai accompagnées dans leurs démarches. J’ai éprouvé beaucoup d’empathie avec les personnes qui s’énervaient et partaient en claquant la porte face à des employés d’ Actiris qui ne réalisent même pas la violence qu’ils font subir à leurs interlocuteurs. Je me suis dit que personnellement, j’étais outillé et déterminé, que j’avais des ressources pour me dépêtrer de cette affaire. Je ne pouvais que me dire que ce lieu était le lieu d’une première sélection sociale où l’on renvoie à l’individu sa soi-disant responsabilité. Je me suis dit que celui qui n’avait pas la chance de tomber sur une personne motivée et compétente voyait son avenir professionnel réduit à néant si il ne trouvait pas seul les ressources pour s’y retrouver dans ce labyrinthe.

Il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus

J’ai finalement trouvé un poste ACS, c’est vraisemblablement le dernier. Si je suis amené à changer à nouveau d’emploi, je crois que je laisserai tomber les postes ACS, quitte à devoir me reconvertir. J’ai eu le sentiment d’être considéré comme un moins que rien, on m’a bien fait sentir que j’étais dans la position du demandeur. Pour obtenir certaines informations, j’ai fait le dos rond, j’ai dit ce que mon interlocuteur voulait entendre et j’ai usé de stratégies, voire de stratagèmes, pour obtenir ce dont j’avais besoin (ce à quoi j’avais droit, cela dit en passant). Moi qui pensais avoir un bon potentiel d’employabilité (10 ans d’expérience dans des secteurs variés, un graduat, une formation complémentaire, la passion du métier et une certaine facilité à écrire), j’ai été maltraité et mal considéré par des personnes dont je ne sais rien en termes de compétences et qui ne semblent avoir de compte à rendre à personne.

Déjà en début de carrière je ne savais pas comment atténuer la colère de ces personnes qui avaient la haine contre Actiris et faisaient des généralités, mais plus j’ai d’expérience avec Actiris, plus j’ai moi-même une colère qui monte en moi et une tendance, fâcheuse, à faire des amalgames. Et pourtant je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue à l’égard des travailleurs d’Actiris qui peinent pour offrir un service et un accompagnement de qualité aux personnes qu’ils rencontrent. A ceux-là, je leur assure toute ma sympathie et je leur souhaite de garder intacte leur détermination.

CARTERON Perceval. Éducateur.

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