Enfin une offre hospitalière adaptée pour les patients "double diagnostic" ?

Enfin une offre hospitalière adaptée pour les patients

Avec l’ouverture récente de sept lits pour patients Double Diagnostic au CHT Jean Titeca, Bruxelles comble partiellement l’absence d’unité hospitalière adaptée.

2008 - 2018. Dix ans. Dix années de combat pour obtenir en octobre de cette année l’ouverture à Bruxelles de quelques lits pour patients qualifiés de Double Diagnostic. Que de réunions, de questions parlementaires, de résolutions, de stratégies, pour faire droit à un concept, le Double Diagnostic, une réalité alors totalement ignorée du monde politique, mais touchant durement des centaines de familles en Belgique.

[Dossier]

- Le Centre hospitalier Jean Titeca de Bruxelles a créé sept lits pour les patients " double diagnostic "
- Cellule Maya : une intervention face au double diagnostic ?

Rendons d’abord hommage à qui de droit. C’est d’abord le combat d’un homme, Claude Meyer, et d’une médecin, le Dr Lieve Baetens, qui se sont battus pour faire connaître auprès du monde politique le drame de toutes ces familles confrontées à un jeune ou un adulte handicapé mental en pleine crises de décompensation et pour lequel il n’existait (quasi) pas de prise en charge hospitalière adaptée.

On estime qu’un tiers des 150.000 personnes atteintes d’un handicap mental, développent un jour une maladie mentale, un trouble psychique. Bien évidemment les crises aiguës ne concernent pas 50.000 personnes. Mais bien celles qui, parmi ces personnes, connaissent un trouble grave du comportement : automutilation, ingestion d’objets divers, violences, agressivité, destruction de leur environnement direct, comportements sexuels inadaptés...

Si l’offre ambulatoire, via les Cellules Mobiles d’Intervention (CMI), est dans certains cas suffisante, elle a aussi ses limites. Certains estiment que dans cinquante pour cent des cas, cette offre thérapeutique est inadaptée, ce qui conduit les patients les plus lourdement touchés à échouer dans des unités psychiatriques de long séjour. Il s’agit, pour la plupart, d’unités peu équipées pour faire face aux besoins de ces patients qui y séjournent malheureusement durant des années. Avec, pour conséquence, une exclusion quasi définitive de leur milieu de vie. Au plus grand désarroi de leur famille. Au grand dam aussi de plusieurs médecins, psychiatres et responsables de services hospitaliers indignés de ce manque de réponse hospitalière et thérapeutique adaptée, résultat du cloisonnement entre le secteur de la santé mentale et celui du handicap mental. Car c’est précisément à ce niveau que le bât blesse. Un cloisonnement entretenu par les réalités institutionnelles, médicales et culturelles dont le résultat est – on pourra dire bientôt « était » - une médication inadaptée. Sans parler du coût économique et social que suscite cette inadaptation thérapeutique.

Lors de son audition au Sénat en 2013, le Dr Pierre Titeca estimait "qu’il ne faut pas faire de savants calculs pour faire le rapport entre la durée de séjour en service « T », 44 mois minimum, et celle dans ces (rares ndlr) unités spécialisées, 3 mois. C’est à peu de choses près un ratio de 15 pour 1. Dit autrement, sur une même période de temps, les unités spécialisées peuvent prendre en charge 15 fois plus de patients. Il ne faut pas avoir suivi une formation en finance pour comprendre qu’économiquement les unités spécialisées sont abordables et, qu’humainement, elles sont un must dont notre pays ne peut pas se passer."

Jusqu’il y a peu, on parlait principalement de deux unités spécialisées : celle de Bierbeek en Flandre et celle de Manage en Walonnie. Il s’agit de services qui offrent aux patients Double Diagnostic un processus de stabilisation et de remise en confiance pour 80 % d’entre eux après deux ou trois mois. Ce qui fait de la Belgique un pays réellement pionnier en la matière. Avec une absence remarquée : aucune offre spécialisée à Bruxelles. Ce qui imposait aux familles bruxelloises d’interminables trajets. Avec l’ouverture récente au CHT Jean Titeca d’une nouvelle unité de sept lits, cette lacune se voit en partie comblée à Bruxelles. En partie seulement car les besoins sont estimés à vingt lits. C’est d’ailleurs l’objectif à atteindre en 2020. Avec le concours d’autres Centres Hospitaliers.

Il reste encore une étape importante à franchir, celle de la création d’un nouvel indice hospitalier ou, à défaut, l’obtention de lit K comme le préconise le Conseil Supérieur de la Santé (CSS).

Car, précision importante, jusqu’à présent les unités spécialisées se sont financées sur fonds propres, par l’affectation de certains budgets régionaux. Une forme de créativité institutionnelle qui a poussé le CHT Jean Titeca, avec l’aide de l’asbl Constellations, à faire preuve également de créativité : c’est grâce à l’affectation d’une enveloppe fédérale de 478.000€ que l’hôpital obtient un renforcement en personnel soignant sur 7 lits index T, ce qui permet d’atteindre l’équivalent de l’index K comme recommandé par le CSS. Et ce, en attendant des réponses structurelles et institutionnelles plus lisibles.

Comme quoi un combat n’est jamais terminé !

André du Bus Député bruxellois et Fédération Wallonie Bruxelles



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