Les aides à domicile, de la "chair à canon envoyée au combat"

Les aides à domicile, de la

Les aides à domicile, malgré l’épidémie de Covid-19, continuent à faire leur travail, se déplaçant de maison en maison, s’occupant de plusieurs usagers chaque jour. Pour certains services, la charge de travail, jusqu’à récemment, est restée la même qu’avant l’épidémie. Les syndicats se battent pour garantir les salaires des travailleuses ainsi que pour diminuer et prioriser leurs charges de travail.

[DOSSIER]
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La crise sanitaire qui bat son plein change les habitudes. Un ton guerrier est régulièrement utilisé pour qualifier le quotidien des différents secteurs luttant contre le Covid-19, notamment ceux de la santé et des services aux personnes. Nombreux sont ceux qui se trouvent « en première ligne » face au coronavirus. Parmi eux, les aides familiales et les aides ménagères, qui continuent les visites à domicile pour soulager leurs usagers.

Stéphanie Parmentier, permanente à la CNE, s’alarme de leurs conditions de travail : « Les travailleuses de terrain sont dans une situation ubuesque, inacceptable. Les différentes directions ont pris trop de temps pour prioriser et diminuer le nombre d’usagers auxquels les travailleuses viennent en aide. Ce qui aurait dû être fait plus tôt, c’est établir des priorités en fonction du profil de l’usager, et son entourage, sa famille, afin de mieux organiser le travail et diminuer les activités. Nous souhaitons que les directions améliorent les conditions de travail. »

Alors que le reste de la population se confine et limite ses contacts, les aides qui se déplacent chez les particuliers ressentent forcément de l’inquiétude. C’est ce que signale la syndicaliste : « Il faut des mesures de protection pour rassurer les travailleuses, car c’est un peu la panique à bord, le climat est anxiogène. Il faut les rassurer pour que l’on puisse poursuivre dans la durée les aides incontournables. Nous voulons que chaque situation soit examinée par les travailleuses, puisque ce sont elles qui connaissent le terrain et le métier. Il faut aussi que le nombre de prestations, et leur durée baissent. »

Un manque criant de matériel de protection

La situation est donc complexe. Il est arrivé que des aides arrivent chez des usagers et apprennent sur place que les familles étaient placées en quarantaine. Dans certains services, les prestations offertes étaient les mêmes, encore ce vendredi 20 mars, que ce qu’elles étaient avant l’épidémie. Ce qui induit forcément un risque pour les travailleuses.

Stéphanie Parmentier poursuit : « Nous dénonçons une absence totale de matériel de protection. Même si la ministre wallonne de la santé, Madame Morraele, a assuré que la distribution de masques commençait et que certains étaient destinées aux aides. On nous dit aussi que ce ne sont pas les masques attendus. Toujours est-il que les travailleuses étaient mal outillées, sans équipement suffisant et en contact parfois avec des gens soupçonnés d’être contaminés. »

Le problème surtout, c’est que le personnel n’est pas préparé, ni forcément qualifié pour suivre toutes les précautions inhérentes à la crise sanitaire. Leur quotidien change, et il faut s’adapter rapidement. Là encore, la situation n’a pas été gérée idéalement. La représentante de la CNE regrette : « Les aides n’ont pas l’habitude de mettre de masques, du matériel de protection dans ces dimensions-là, et elles n’ont pas été assez formées et accompagnées dans la manière de les utiliser. Cela nécessite un soutien et des instructions précises des directions qui ne sont pas venues. Nous espérons que le temps pris par les directions pour prioriser et limiter les visites à domicile n’aura pas eu pour conséquence la contamination des aides ménagères et familiales. »

Autre problème : la gestion des salaires

Autre écueil rencontré par ces professionnels d’accompagnement : la gestion de leurs salaires. A l’heure actuelle, il existe deux situations distinctes pour les aides ménagères et les aides familiales. Ces dernières voient leur salaire garanti puisque payé par des subventions dans sa globalité. Stéphanie Parmentier ajoute : « Les concernant, nous souhaitons que les activités soient priorisées et diminuées. Elles ont une conscience professionnelle et veulent travailler, mais seulement pour les situations incontournables et nécessaires. »

Mais les aides ménagères, elles, sont en danger. Les directions souhaitent diminuer si ce n’est stopper leurs activités. Le bémol ? Leur salaire est à la fois assuré par des subventions et par les usagers de leurs services. Comme la demande baisse et entraine une perte de recettes, les directions veulent que les travailleuses portent cette baisse de revenus. La position du syndicat est claire. « Nous voulons garantir les salaires. Les travailleuses ont le sentiment d’être négligées. J’insiste, elles sont en première ligne, même si elles ne sont pas considérées comme telles par leur direction et les autorités. Elles se sentent comme de la chair à canon, envoyée au combat. » En première ligne donc.

C.D.



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