Chronique d’un psy : "Quand le psy se (dé)confine"

Chronique d'un psy:

À l’heure du déconfinement et de la reprise partielle de nos activités, une question se pose : à quel point cette crise va-t-elle changer le cadre de travail de psychologues ?

Alors que le bruxellois découvre sceptiquement le rond-point giratoire pour piéton, un concept un peu particulier qui révèle le savoir-faire urbanistique unique de notre belle capitale, je me suis fait la réflexion, qu’à l’instar d’un badaud de la Rue Neuve, moi aussi, en tant que psy, je tournais en rond.

C’est-à-dire que j’ai fermé mon cabinet et je me suis mis à la vidéo-consultation pendant plusieurs semaines. Au début, j’ai trouvé que c’était fort limitant, préférant le contact en face à face, mais au bout d’un certain temps, lorsque j’ai compris que cela allait devenir incontournable pour les prochaines semaines de nos vies, je me suis fait une raison et j’ai accepté la situation. Je me suis fabriqué un petit coin douillet et j’ai allumé mon ordinateur, faisant fi du couple en face de chez moi qui rejouait une dispute façon Ménélik, ou encore de mon voisin de l’appartement du dessous qui se prenait pour David Guetta à Ibiza, tout en sachant que sa musique frénétique avait l’avantage de camoufler le bruit des pas des enfants de l’appartement du dessus qui réinventaient la chevauchée des Walkyries.

Bref, je suis devenu un psychologue virtuel en temps de crise, tout en me disant qu’un jour, ça irait mieux… Puis, vint la réouverture des soins ambulatoires le 4 mai 2020. Pour moi, ça sonnait comme une libération. Enfin, les gens vont revenir en cabinet ! Je me suis muni de masques et de gel hydro-alcoolique, comprenant qu’en dehors de mon union professionnelle, personne ne se souciait de me fournir une protection. Sur l’échelle des priorités du SPF, les psychologues passent en dernier. On nous fournira un masque… Un jour… En attendant, un bandana, un morceau de tissu ou des feuilles de bananier, ça fera l’affaire. Mais qu’importe, j’ai truandé, j’ai payé mes masques à prix d’or dans ma pharmacie avant d’apprendre qu’ils étaient disponibles dans mon supermarché pour le quart du prix, mais je m’en foutais, j’allais reprendre mes consultations !

Est-ce nécessaire d’avoir encore un cabinet ?

J’avais tout prévu : j’ai astiqué mon cabinet, bâché mes chaises en tissu, fermé ma salle d’attente et prévu un protocole strict pour éviter que quiconque puisse se croiser. Enfin, j’ai pris mon téléphone et j’ai rappelé mes patients. Et là, stupeur : soit on n’avait plus besoin de moi, soit financièrement cela coinçait, soit on préférait fixer rendez-vous, par vidéo-consultation. Donc, à l’heure de faire le bilan, je me suis rendu compte que j’avais un beau cabinet désinfecté et des masques dans lesquels il est impossible de faire une consultation – on y reviendra – mais en regardant mon agenda, j’avais autant de rendez-vous en face à face que Frédéric François n’a de fans vivants en 2020 après le COVID-19. Certes, je commence à recevoir de nouvelles demandes, bien que cela reste très frileux, mais le constat est là : on préfère la vidéo-consultation.

Je me demande donc à quel point cette crise va chambouler nos habitudes… Est-ce réellement nécessaire d’avoir encore un cabinet ? Devra-t-on un jour considérer que la norme pour la psychothérapie, ce n’est plus le face à face ? Je m’interroge… La crise a-t-elle tué les cabinets des psychologues cliniciens ? Je me dis qu’autant je n’aime pas être sur un écran ou un téléphone à longueur de journée, autant je ne supporte pas de recevoir mes patients dans ce cadre aseptisé où l’on se concentre plus sur ce masque qui gratte que sur le vécu de l’autre.

Alors, j’angoisse, en attendant des jours meilleurs… Puis, je me souviens que pour ces questions-là, je peux en parler à mon superviseur, ça tombe bien, il me confirme qu’il a un créneau de libre cette semaine, mais très vite, une gêne s’installe quand il me dit : « Par contre, on fait ça par vidéo-conférence ? » Décidément, on n’est pas sorti de l’auberge…

T. Persons

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Commentaires - 1 message
  • Merci pour votre franchise, je fais le même constat ????.
    Les résistances ont fait leur boulot, les tiroirs sont refermés !
    C'est cata pour la profession mais rassurant à titre personnel, je ne suis pas seul !
    Notez que dans l'Echo on parle du même problème pour les professions libérales (architectes, avocats...)
    Un nouveau syndrome pour le DSM ????

    Philcoq jeudi 18 juin 2020 11:01

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