Le bulletin social : "Petit recueil de fraudes à l’usage des vils indépendants"

Le bulletin social:

Dans son style particulier, T. Persons nous dépeint l’actualité sociale. Au menu du jour ? Les conditions d’octroi du droit passerelle pour les professions libérales de soins de santé.

Comment ça se passe la reprise ? Si vous saviez à quel point cette question suscite en moi l’envie de m’enfoncer un cintre entre les deux oreilles et de tourner aussi rapidement que Rocky saute à la corde. Généralement, face à mon entourage qui me questionne, je sors mon plus beau rictus et j’acquiesce délicatement, me forçant à ne pas mourir de tristesse et de colère, mais il faut le dire, ça passe rarement inaperçu. Vient alors, inévitablement, la réflexion suivante : il faut arrêter de se plaindre ! On est indépendant, on le choisit ! Puis, les professions libérales sont pétées de thune, non ?

En fait, non. Déjà, pour reprendre le train de nos activités, il faudrait s’être complètement arrêté. Or, la santé ne peut pas se permettre de fermer. Alors, on nous a permis de continuer, sans protection, dans l’urgence. Avec un joli clin d’œil et une belle promesse : on ne vous sucrera pas votre droit passerelle. Vous pouvez continuer à recevoir des patients au péril de vos vies, l’État s’occupe de vous et de la baisse drastique de vos revenus.

Pour les non-initiés qui croient qu’une profession libérale ça regarde le monde de haut, ça vote à droite et ça roule en SUV, c’est quoi le droit passerelle ? C’est avant tout une manière qu’a eu le gouvernement de garantir aux indépendants touchés par la crise sanitaire des dernières semaines de bénéficier d’un revenu décent, une sorte de chômage pour indépendant. Bien évidemment, la décence à un prix : 1291,70 euros par mois, pour un isolé, taxable à raison de plus de 50%. Bref, de quoi rembourser le prêt de la Porsche et de payer le loyer de notre cabinet luxueux situé sur l’Avenue Louise. Pour le reste, c’est la débrouille… Et les conditions pour y avoir accès ? Il y a des critères pour recevoir l’aumône de l’état, dont un qui fâche : il faut fermer durant sept jours consécutifs.

"Pour toucher le droit passerelle, il faudra absolument fermer sept jours consécutifs"

Mais du coup, pour les professions libérales qui, vénalement, en profitent pour continuer à recevoir des patients urgents, ça se passe comment ? Au mois de mars et d’avril, tout allait bien. Puis, au mois de mai, on nous l’annonce de but en blanc : pour toucher le droit passerelle, il faudra absolument fermer sept jours consécutifs. Plus d’urgence ! Fini ! Nada ! Que dalle ! ! Vos patients n’ont qu’à revenir dans une semaine. Après tout, les gueux peuvent bien survivre à leur rage de dent ou leur décompensation psychique quelques jours, non ?

Selon Monsieur Ducarme, pour qu’un professionnel de la santé indépendant puisse prétendre à un revenu de remplacement couvrant ses pertes financières, il lui faut s’arrêter de consulter. Pas de cumul ! En matière de fraude, on ne la fait pas à nos Ministres ! Par contre, éventuellement, si les médecins, kinés, psychologues ou autres logopèdes, veulent aider pour le travail saisonnier, là, pas de souci. Dans ce contexte, le cumul, c’est permis… Paradoxal, non ?

Si on résume, à l’heure actuelle, notre Ministre nous pousse, soit à renoncer au droit passerelle pour continuer à exercer notre métier, même si cela signifie que l’on s’endette, soit à agir comme des commerçants en fermant la boutique, le temps qu’il faut, tout en se disant qu’au pire, on pourra en profiter pour prendre le soleil en cueillant des cerises… Là, au moins, on sera utile et puis, on pourra s’en mettre plein les poches !

Donc, amis et collègues, faites comme moi ! Pour les mois de mai et juin, je me considère comme professionnel de la santé, auteur mais également cueilleur de salades ! Il faut dire, si c’est notre Gouvernement qui les produit, il y a de quoi ramasser…

T. Persons

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