Le bulletin social : "Quand Bruxelles vient en aide aux professions libérales..."

Le bulletin social:

À la Une de ce bulletin social, vaillamment, nous enfonçons une porte ouverte avec une observation édifiante : se frotter à l’administration en ligne pourrait nous faire perdre cinq ans de vie...

« Toutes les richesses du monde, fussent-elle entre les mains d’un homme totalement acquis à l’idée de progrès, ne permettront jamais le moindre développement moral de l’humanité. »
A. Einstein (1934)

Bruxelles, ma Capitale, je l’aime autant que je la déteste. Ville de paradoxes qui séduira le touriste pragmatique qui n’y comprend rien, mais qui trouve ça « charmant », avec sa petite statue de gamin qui urine, avec ses grosses boules d’Atomium, avec ses parkings gratuits, mais payants et sa capacité à interdire, tout en tolérant, mais quand même pas trop non plus, Bruxelles m’use au quotidien autant qu’elle me plaît. Il s’agit d’un équilibre précaire mais savamment dosé, d’une valse intrépide qui se danse jusqu’à l’épuisement. Du surréalisme, en somme.

La dernière en date ? Les aides régionales bruxelloises aux professions libérales. Il y a d’abord eu un combat pour y avoir droit. Ça a été long, alors que nos amis flamands se demandaient s’il était nécessaire de faire une demande de droit passerelle, tant leurs aides régionales étaient efficaces, en Wallonie et à Bruxelles, on attendait… Encore et toujours… Une prime unique, défiscalisée ! Ça avait de la gueule : une aide pour ne pas sombrer, pour avoir des liquidités. Il y avait un ton d’urgence qui a plu aux indépendants, mais qui, les semaines avançant, commençaient à en faire le deuil, tel un jour de soleil dans un mois de juillet pluvieux. Une chimère, de la poudre aux yeux… Et puis, c’est arrivé : le 8 juin !

"Non, la difficulté, la vraie, c’est le timing"

Et c’était beau : faire sa demande en ligne ! Internet, la promptitude, l’efficacité, le progrès ! Il faut dire, on a intérêt à être rapide : les robinets sont ouverts jusqu’au 30 juin, un peu comme s’il n’y en aurait pas pour tout le monde. Premier arrivé, premier servi ! Le problème ? La vélocité de l’administration en ligne est inversement proportionnelle au délai imparti pour rentrer nos documents. Tout d’abord, il faut bénéficier du droit passerelle. Ah, ce n’est pas votre cas ? Dans ce cas-là, malheureusement c’est impossible. C’est tout ou rien. Pourquoi ? Par souci de simplification administrative. Certes, mais pourquoi alors nous demander une attestation bancaire, une photographie de notre carte d’identité recto-verso ou une copie de notre dernière colonoscopie pour être certain qu’on ne cache pas une liasse de billets de cinquante euros dans son rectum ?

Soit, demander de constituer un dossier, en soi, ça passe. Non, la difficulté, la vraie, c’est le timing. Celle qui vous met l’angoisse quand on entend la rumeur « Ah, tu n’as pas encore rempli ta demande ? On est quand même le 11 juin… » Puis, il y a les ragots, même si l’on est en personne physique, il faut avoir une unité d’établissement sur Bruxelles dans la Banque-Carrefour des Entreprises. Puis, il faut se dépêcher parce que, même corrigées, ces informations mettent quelques jours avant d’apparaître… Ces mots-là sonnent creux, on n’y comprend rien, mais malgré tout, on s’exécute. Alors on tente de vérifier, on essaye de se connecter à l’administration en ligne et c’est là qu’on ressent toute la folie d’une danse à mille temps. Pas aujourd’hui ! C’est en maintenance ! Puis demain, il faudra un lecteur de carte d’identité. Puis, en fait non, il faut un token ou une application ou une adresse email ou récupérer ses identifiants alors qu’on n’en a pas encore. Demander de l’aide ? Non ! Regardez plutôt nos FAQ’s. Pas de réponse ? Pas de problème, donc ! Après trois jours et quinze heures perdues à tenter de comprendre comment s’identifier en ligne, on va pleurnicher chez son comptable, qui vous renvoie laconiquement : « Ah, oui, c’est normal ».

En conclusion, amis professionnels des soins de santé bruxellois, j’ai une information de premier ordre à vous communiquer : j’ai reçu ma prime régionale. Elle existe réellement et je la mérite plus que tout, parce qu’en plus d’une nette chute de mon chiffre d’affaire, j’ai bravé CSAM, la porte d’accès aux services de l’État et j’y ai survécu…

T. Persons

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