La crise du logement devient une situation d’urgence

La crise du logement devient une situation d'urgence

À Bruxelles, la crise du logement prend constamment de l’ampleur. Si des mesures productives ne sont pas rapidement prises, il me sera impossible de mener à bien mon travail.

« Je veux juste un logement ». Voilà ce que j’entends de plus en plus fréquemment, après que j’aie exposé à une personne les aides diverses pourtant pléthoriques auxquelles elle peut prétendre. Les propositions sont poliment déclinées. « Mon seul problème, c’est que je ne trouve pas de logement. Je vous demande un logement, s’il vous plaît. » Oui mais voilà, des logements, je n’en ai aucun à proposer. Mon institution peut intervenir dans l’achat de meubles, dans le paiement du loyer, de la garantie locative, de l’assurance-incendie et du déménagement. Mais pour ce qui est de trouver un logement, à part fureter sur Immoweb à la place du demandeur, je ne sais pas faire grand-chose.

Réalité du terrain

Des loyers élevés dans le privé, des délais d’attente surréalistes dans le public, une lutte contre les marchands de sommeil inefficace… Le CV de la problématique du logement en Région Bruxelloise est long comme le bras. Une chose est certaine : les bénéficiaires du revenu d’intégration sont les plus à risque en termes de précarité d’habitat. En tant que travailleur social, j’ai un profil de fonction, composé de toute une série de missions à accomplir. Bien sûr, il n’y a pas d’obligation de résultats, ces derniers étant difficilement définissables et quantifiables. Néanmoins, il m’est de plus en plus compliqué de travailler, en ce sens que je suis pratiquement constamment empêché d’apporter une solution concrète aux problèmes rencontrés par mon public-cible. La crise du logement est tellement paralysante que je me pose sans cesse la question suivante : quelle est aujourd’hui la « plus-value » que j’apporte aux gens ? En quoi une personne s’adressant à moi augmente-t-elle ses chances d’obtenir ou de conserver un logement ?

Une législation complexe

La crise est probablement conjoncturelle. Mais la législation en vigueur, pour le moins alambiquée, n’aide pas. Prenons l’exemple des expulsions hivernales : à Bruxelles, le secteur immobilier privé n’est légalement pas contraint d’observer une trêve hivernale, ce qui n’est pas le cas du secteur public. Une famille précarisée, qui n’est plus en capacité de payer son loyer, se verra ainsi traitée d’une manière différente qu’elle soit locataire d’un logement social ou d’un logement privé. Qui doit exposer cette réalité à des personnes incrédules ? Moi et c’est un exercice particulièrement incommodant. Car après avoir développé les tenants et aboutissants d’une situation ressentie comme étant terriblement injuste par ses protagonistes, je dois enfoncer le clou en expliquant que je n’ai pas de solution. C’est là le nœud du problème. Je ne suis plus aujourd’hui qu’un messager colportant de bien tristes nouvelles, voué ensuite à être le témoin d’une détresse sociale insupportable.

Culpabilité

Un sentiment de culpabilité s’installe parfois. Je vois des gens qui souffrent de situations cruelles, que je leur annonce parfois moi-même, et ensuite je leur explique que je n’ai pas de solution. Lorsque ce schéma se répète plusieurs jours d’affilée, j’en suis presque à me sentir responsable, fautif de ces situations. À quoi suis-je payé ? Alors je rumine, je réfléchis à la problématique dans sa globalité, je pense et repense mon métier, mon institution, mon secteur. Mes conclusions sont toujours les mêmes. La situation est urgente, et peut-être a-t-elle déjà atteint un point de non-retour. Et tant j’aime passer du temps à refaire le monde, tant ici je n’ai aucune idée concrète quant à ce qui pourrait solutionner tout ça. Cela dépendra sans doute de choix politiques ambitieux.

M.A.



Commentaires - 1 message
  • Je comprends entièrement à 3000 % ce que vous exprimez là! Je suis dans la même situation. Etant AS dans le secteur du logement, je suis confronté, tous les jours, à la problématique... Logement inaccessible dans le secteur privée, liste d'attente interminable dans le Public, logement insalubres à des prix exorbitants... Des familles à loger, le prix de leur loyer vaut presque le revenu mensuel! Je me poses les même question. Finalement, dans ce genre de situation, qu'elle est l'aide concrète que je peux apporter!

    Hafssa Bsk samedi 13 mai 2017 00:40

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