Les contrats précaires deviennent la norme

Les contrats précaires deviennent la norme

Vous le remarquez sans doute lorsque vous consultez les offres d’emploi présentes sur le site du Guide Social : de manière générale, il devient de moins en moins aisé d’obtenir un véritable CDI. Conjoncture et changements de législation en sont principalement à l’origine. Aperçu du stress généré par cette réalité auprès de votre serviteur, assistant social.

Je me rappellerai toujours des deux premières offres d’emploi qui m’ont été faites. Fraîchement diplômé, j’avais eu pour politique de postuler « de Bastogne à Tournai » – en n’oubliant pas Bruxelles – fermement décidé à déménager là où je trouverais du travail. CPAS, PMS, SSM, hôpitaux, ASBL, j’avais ratissé large. Mes candidatures étaient spontanées ou répondaient à des annonces. Sans réponse à une lettre, j’envoyais un fax. Le fax restait silencieux ? J’écrivais un courriel. Un petit coup de fil en guise d’accusé de réception n’était pas exclu. « Si on me sort par la porte, je rentre par la fenêtre. », tel était mon état d’esprit. Plus de 100 candidatures, chaque fois adaptées aux institutions concernées. Deux réponses positives. De surcroît à des candidatures spontanées.

Le choix

En guise de propositions, il était question d’un CDR d’un an à temps plein en CPAS, ou d’un CDI à mi-temps dans une association, au sein d’une équipe pluridisciplinaire. La seconde proposition l’a emporté. Le CDI et le gain en expérience professionnelle primait. Mais j’appris le jour de la signature qu’en fait, le CDI n’en était pas vraiment un.

Subsides

Sans entrer dans les détails, le contrat portait sur un CDI dépendant d’un subside, lui-même lié à l’appréciation politique de rapports d’activités remis annuellement par l’équipe. Mon mi-temps a rapidement été complété par un second temps-partiel, au sein de la même institution, mais dépendant de subsides liés cette fois à des rapports d’activité trimestriels. À l’aube de ma paternité, ma vie familiale avançant également, voici donc où j’en étais professionnellement : chaque année je pouvais perdre mon premier mi-temps et chaque trimestre je pouvais perdre le second.

Après deux ans d’incertitudes constantes, j’ai fini par quitter ce travail au profit d’un CDD « clair » de deux ans auprès d’un CPAS.

« Je te tiens au courant »

À l’approche du terme de ces deux années, mon supérieur me glisse, au gré d’une promenade dans les couloirs, les bras chargés de dossiers, qu’on pourrait me garder « plus longtemps que prévu », et qu’en tous les cas, « c’est un souhait ». C’est flatteur, mais la flatterie ne paie pas mon loyer. Afin de savoir quelles dispositions dois-je prendre (postuler ailleurs, demander une lettre de recommandations, préparer mon départ avec les collègues et les usagers, par exemple) je demande des informations précises, écrites. « Je te tiens au courant » me répond-on.

Les mois passent, et seuls les bruits de couloir restent ou se répètent. Je suis père de famille. Comme tous, j’ai des dettes, des obligations. La situation m’insupporte rapidement : je me remets en quête d’un nouvel emploi.

Période d’essai

Dans ce contexte, une offre intéressante m’est faite. Elle répond encore à une candidature spontanée de ma part (j’ai de la chance). Le poste m’attire, l’institution m’impressionne. Un CDI m’est d’emblée proposé. Enfin, sur le fond. Sur la forme, on m’explique « qu’avec la nouvelle législation, comme il n’y a plus de période d’essai, on vous fait un CDD de six mois qui débouchera sur un CDI. » Le fantasme absolu. Comme mes parents ou mes grands-parents, j’ai enfin l’opportunité d’intégrer une boîte pour n’en sortir qu’à la pension.

Après cinq ans de travail, sans un jour de chômage (mon premier poste me fût attribué rapidement à la sortie de l’école), je n’ai jamais été aussi proche de la stabilité d’emploi. De nos jours, ça ne se refuse pas.

M.A.

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