Vers une répartition plus juste des places dans l’Aide à la Jeunesse

Vers une répartition plus juste des places dans l'Aide à la Jeunesse

Depuis trois ans, l’Administration de l’Aide à la Jeunesse, les SPJ, SAJ et les services agréés s’attèlent à co-construire le projet de « capacités réservées », un système qui vise à une répartition plus juste et mieux organisées des prises en charge réalisées dans le secteur. Un projet réaliste ?

Dans le secteur de l’Aide à la Jeunesse, on parle régulièrement du manque de places disponibles pour les mineurs en danger qui nécessitent un accompagnement ou un hébergement spécialisé. Le temps d’attente pour obtenir une place en institution peut, pour exemple, s’établir sur une moyenne de six à neuf mois. Jusqu’à cette année encore, il n’était pourtant pas impossible de voir ce temps considérablement réduit grâce aux négociations rondement menées notamment par les délégués SAJ et SPJ.

L’avantage des uns, l’inconvénient des autres

L’obtention d’une place dans un service est toujours à considérer comme une nouvelle favorable pour le mineur qu’elle concerne. Toutefois, le temps d’attente supplémentaire qu’elle implique pour d’autres jeunes (qui sont parfois dans l’expectative depuis plus longtemps) soulève des questions sur la manière dont sont attribuées les prises en charge sur le territoire francophone. Dans cette optique, le système de capacités réservées devient alors un outil important pour sortir de la subjectivité jusqu’alors coutumière dans les processus de décision.

Une question d’affinités ?

La mise en route du système de Capacités Réservées repose sur les observations de terrain. Celles-ci ont révélé qu’en regard du manque de places disponibles pour les jeunes dans les services de l’Aide à la Jeunesse, c’est parfois les « connexions » entre certains délégués et autres services agréés qui ouvrent des portes. En effet, les collaborations qui s’établissent au gré des interventions communes suscitent l’apparition d’affinités entre les instances qui, avec le temps, ont appris à se connaître et savent sur quelles compétences elles pourront s’appuyer pour organiser l’accompagnement le plus adapté au mineur concerné.

Le temps de la négociation

La recherche de place dans un service agréé nécessite à la fois de déterminer quel service serait pertinent pour le mineur et sa famille, mais aussi de négocier avec les institutions concernées pour leur faire entendre l’adéquation de la demande. Un travail qui, jusqu’alors a pu prendre beaucoup de temps et d’énergie aux délégués SAJ et SPJ. L’ampleur de cette démarche peut d’ailleurs être vue à la hausse pour les nouveaux travailleurs qui doivent encore rencontrer le réseau.

Vers une objectivation de la démarche

Dans une circulaire ministérielle du 7 avril 2014 « relative aux capacités réservées de prise en charge de jeunes dans certains services agrées », Evelyne Huytebroek, la Ministre de l’Aide à la Jeunesse de l’époque, tâche de définir les objectifs de ce système :
- Améliorer le processus d’admission, de prolongation et de sortie de prise en charge des jeunes en plaçant l’intérêt du jeune au centre des préoccupations.
- Optimaliser l’utilisation des ressources disponibles
- Renforcer la collaboration entre les autorités mandantes et les services agréés
- Alléger le travail des délégués SAJ et SPJ

Dans ce cadre, la première partie du chantier est de déterminer d’une part les ressources disponibles dans le secteur et d’autre part l’ampleur de la demande s’y référant.

Un paradoxe inévitable

Aux premières loges de ce travail d’objectivation se trouvent les délégués SAJ et SPJ qui, malgré une charge de travail déjà conséquente, ont dû s’atteler à ajouter une part administrative dans leurs démarches en encodant systématiquement l’objet de leur recherche dans un système informatique centralisé. De l’autre côté, les services agréés ont dû s’employer à réaliser des listings de leurs disponibilités, tout en y ajoutant la répartition des places imposée par l’Administration (places octroyées au SAJ, au SPJ ou au Tribunaux). Si ce travail peut, d’apparence, ajouter de la pénibilité à des métiers déjà prenants, c’est sans doute un passage obligatoire pour tendre vers une plus grande justesse à l’égard des mineurs en besoin d’aide.

Quid des besoins spécifiques de chaque jeune ?

Le fonctionnement en place jusqu’alors avait sans doute ses revers, comme exposé précédemment, mais il jouissait malgré tout de l’avantage de mieux cibler les besoins spécifiques du jeune. En s’adressant à des services particuliers, fonction des connivences déjà existantes, les délégués pouvaient proposer un plan de travail adapté. En effet, chaque service, même s’il appartient à une catégorie spécifique (SAAE, SAIE, COE…) fonctionne selon un modèle pédagogique qui lui est propre, et qui détermine clairement l’orientation de la prise en charge. Ainsi, certains modèles correspondront davantage à certains mineurs et moins à d’autres.

Ne pas verser vers le « tout objectif »

Le nouveau système tel qu’envisagé par l’ancienne Ministre et élaboré par des acteurs de terrains (directeurs de SPJ, de SAJ, d’institution, ou encore travailleurs à l’Administration Générale) est sans doute nécessaire. Il permet d’établir un constat clair des besoins du secteur et de mieux répartir les disponibilités existantes. Aussi, le système de capacités réservées a valeur de mettre tout le monde sur un même point de départ, offrant à chacun une chance égale d’obtenir l’aide nécessaire. En revanche, une « post-réflexion » devrait sans doute pouvoir se pencher sur la nécessité de répondre à l’aide spécifique dont chaque jeune a besoin… A moins qu’il faille à l’inverse tendre vers une uniformisation des modèles pédagogiques ?

Une assistante en psychologie

[A lire] :

- Séjours de rupture : des éducateurs à l’initiative d’une expérience transversale
- Le Non-renvoi : modèle incontournable et audacieux dans l’Aide à la Jeunesse
- Fugue : les outils pédagogiques nous aident-ils à faire avec l’impuissance ?
- Acteurs de l’aide en milieu ouvert : je ne mords pas !
- Mais vous êtes quoi au juste ? : à quand une reconnaissance du métier d’assistant en psychologie ?
- Pour une réflexion éthique de l’aide contrainte des mineurs
- API et SAMIO : même combat ?



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus