Séjours de rupture : des éducateurs à l’initiative d’une expérience transversale

Séjours de rupture : des éducateurs à l'initiative d'une expérience transversale

Il y a quelques semaines, en regard des récentes propositions du Ministre Madrane, nous évoquions l’importance accordée au sens relationnel des séjours de rupture. Outre les services spécialisés dans l’organisation de tels projets, certains éducateurs tâchent d’initier la démarche au départ de leurs rencontres sur le terrain… Si variées soient-elles. Rencontre.

Avant de se spécialiser dans l’accompagnement de jeunes sortis d’IPPJ, Sofiane, éducateur spécialisé, a longtemps travaillé avec un Service d’Aide en Milieu Ouvert. C’est dans ce cadre qu’il a fait la rencontre d’adolescents, venus d’horizons parfois différents, mais animés par la même volonté de se mettre en mouvement. Parallèlement à cela, le passionné qu’il est lui a fait pousser la porte d’un Centre d’Accueil pour personnes porteuses d’un handicap, où il a mis ses compétences d’éducateur spécialisé au profit de l’accueil bienveillant de ses résidents.

Au commencement : des expériences qui se rencontrent

C’est au gré de ces expériences transversales que Sofiane et un ami – lui aussi éducateur dans le secteur du handicap – ont fait revivre un concept de séjour qui l’est tout autant : un trek à l’étranger visant l’expérience partagée de mineurs en difficultés psycho-sociales et de jeunes handicapés. L’objectif principal d’une telle démarche était aussi simple qu’ambitieux : il s’agissait pour les deux amis (et l’AMO qui les soutenait) de « planter une graine expérientielle qui soit ancrée en chacun et puisse grandir ».

La construction d’une aventure

L’idée initiale du projet était de faire un trek au Maroc (avec une quinzaine de participants et deux coordinateurs) et y rencontrer les résidents d’un centre d’accueil pour personnes porteuses de handicap. Pour ce faire, les deux amis – devenus coordinateurs du projet – ont tout ficelé avant d’en parler aux participants : des repérages sur place, à la préparation des détails logistiques, en passant par la préparation d’une charte commune, tout a été pensé pour faire de ce séjour une expérience mémorable, plus qu’une simple parenthèse. En filigrane de ces préparatifs, l’équipe a été tenue par l’idée de revenir à l’essentiel (accès à l’eau potable, à l’hygiène, à l’électricité…), pour que chacun puisse prendre conscience des privilèges qu’il a en Belgique.

Au centre du projet : le partage

Si le concept existe déjà depuis longtemps dans l’AMO en question, les deux amis ont eu à cœur d’y ajouter une condition sine qua non : le voyage se ferait dans une visée d’échange. Dans ce sens, chacun s’attelerait à participer activement à la préparation du séjour, à en être partie prenante, quelles que soient ses difficultés personnelles. Ainsi, tant les jeunes porteurs de handicap physique, que les mineurs en difficultés sociales ont du, pour exemple, rechercher du matériel de soin qui pourrait être utile pour le centre marocain. Du statut d’aidés, tous sont alors devenus aidants.

Face à la différence, un risque de moqueries ?

Selon l’éducateur, l’expérience commune a été tellement forte que la question de la différence ne s’est pas posée en ces termes. « Le projet n’était pas foncièrement de mélanger les populations mais de faire un trek tous ensemble : c’était un partage d’expériences, pas une confrontation de vécus », explique-t-il.

Une découverte de l’autre et de soi-même

Sur place, Sofiane s’est émerveillé des nombreuses ressources que certains jeunes ont pu déployer : « Face à l’adversité du quotidien, les jeunes ont pu mettre en avant ou découvrir leurs ressources, se surprendre ». Il repense notamment à un jeune Infirme Moteur Cérébral qui a fortement investi le voyage. Au fil des jours qui s’écoulaient, le jeune homme a mis en avant ses capacités à équilibrer le groupe, en animant notamment les temps de parole de fin de journée.

Le groupe fait la différence

A la différence de certains autres projets de ruptures, l’expérience « transversale », telle qu’elle fût imaginée par les deux acolytes, a renvoyé à l’impact du groupe sur les vécus individuels. Au travers de rencontres éclectiques (problématiques vécues par chacun, origines des participants, mais aussi découverte d’autres façons de vivre) et de la dynamique groupale qu’elles imposaient, les participants ont difficilement pu éviter de se remettre en question eux-mêmes, de s’adapter et donc de se découvrir autrement.

L’importance de conditions « extrêmes »

Pour Sofiane, ce qui fait « rupture », outre ce qui précède, c’est aussi le fait de faire vivre au jeune des conditions extrêmes telles qu’elles renvoient inexorablement à la question de la nécessité, vertu presqu’oubliée dans notre société. Au travers d’un séjour où il n’y a pas toujours l’électricité à portée de main et où le confort est réduit à ce minimum, la question qui est renvoyée au jeune est : « Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire ? ».

L.T. assistante en psychologie



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