Aide à la jeunesse : avez-vous déjà pensé à travailler dans une AMO ?

07/09/22
Aide à la jeunesse : avez-vous déjà pensé à travailler dans une AMO ?

Au sein de l’Aide à la jeunesse il existe une structure qui accompagne les jeunes dans leur milieu de vie. C’est l’AMO (service d’action en milieu ouvert). Pour mieux comprendre le fonctionnement et les conditions de travail au sein des services, le Guide Social s’est entretenu avec Philippe Renard, directeur de l’AMO Carrefour J de Wavre.

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En Fédération Wallonie-Bruxelles, les AMO (service d’action en milieu ouvert) sont des lieux qui tentent de remédier aux problèmes qui touchent les jeunes dans leur quotidien. Philippe Renard travaille depuis plus de 27 ans au sein du service AMO Carrefour J à Wavre. Aujourd’hui, il y dirige une équipe de dix personnes. À travers son expérience, il nous brosse un portrait du travail en AMO : de la diversité des actions, en passant par les horaires plus difficiles à gérer.

"Chaque structure a son projet pédagogique et les actions de prévention peuvent être différentes d’un territoire à l’autre"

Le Guide Social : C’est quoi une AMO ?

Philippe Renard : Une AMO c’est un service d’action en milieu ouvert. On dit en « milieu ouvert » car, contrairement aux lieux d’hébergement, on est au cœur de la vie des jeunes, dans leur milieu de vie.
Comme AMO est une abréviation un peu difficile, je dis souvent aux usager.ères que je travaille dans le service d’aide aux jeunes et aux familles de Wavre.

Le Guide Social : Quel est l’objectif de l’AMO ? Est-ce que c’est le même pour toutes les structures ?

Philippe Renard : Les AMO ont une ossature commune qui est balisée par le livre 1er du décret de l’Aide à la jeunesse et par un arrêté spécifique. Les notions de concertation et de complémentarité s’appliquent à toutes les structures et elles font toutes de l’individuel, du collectif et du communautaire. Pour l’aide individuelle, il y a d’autres balises obligatoires : nous ne sommes pas mandaté.es par un juge ou un conseiller mais on travaille à la demande des jeunes et des familles ; la gratuité est assurée ; on ne fait pas de prise en charge de type psychothérapeutique et on dépend d’un même code de déontologie.

Toutefois, chaque AMO doit répondre à un diagnostic social, c’est une obligation légale. Ainsi, chaque structure a son projet pédagogique et les actions de prévention peuvent être différentes d’un territoire à l’autre en fonction des dispositifs sociaux présents. Par exemple, certaines vont promotionner le travail de rue et d’autres un Point Relais Infor Jeune.

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Le Guide Social : En quoi consiste ce diagnostic social ?

Philippe Renard : Le diagnostic social c’est à la fois être proche des problématiques de proximité, voir ce qui se passe au niveau de la jeunesse sur le territoire, et bien connaitre le réseau et les partenaires, quelles sont les réponses qui existent et qui fait quoi. L’idée étant de ne pas faire de la redondance mais bien de la complémentarité avec les autres dispositifs présents. C’est pour ça qu’une AMO en campagne, où il n’y a pas grand-chose, ne va pas travailler de la même manière que nous à Wavre.

Prenons un exemple : à Wavre il y a une antenne du Siep (Service d’Information sur les Etudes & les Professions), donc quand un.e jeune vient pour une orientation on va l’envoyer vers ce service. Ce que mon collègue à Antoing ou à Tournai ne pourra pas faire.

Ainsi, notre travail consistera à fixer des priorités et de mettre en place des activités en fonction du diagnostic social. Et ça change tout le temps. Par exemple, cette année avec le Covid il y a eu une explosion du décrochage scolaire. Nous nous sommes donc orienté.es vers cette problématique en se plaçant entre l’école, qui met en place des dispositifs internes, et les services d’accrochage.

"Le travail en réseau est un des aspects importants de notre métier et nous amène à travailler avec la santé, la santé mentale, l’enseignement..."

Le Guide Social : Quelles sont les professions de la santé et du social qui sont exercées dans les AMO ?

Philippe Renard : De manière générale, on aura souvent des assistants sociaux et des éducateurs. On peut aussi avoir des juristes et des criminologues dans certaines AMO qui sont spécialisées dans le droit.

Toutefois, comme on reste bien dans les balises de l’Aide à la jeunesse, tout ce qui est santé sera réorienté vers d’autres services comme le planning familial ou encore un centre PMS.

Le Guide Social : Est-ce que la multidisciplinarité est un élément important dans le travail en AMO ?

Philippe Renard : Tout à fait ! Au sein même de notre service nous sommes déjà multidisciplinaires. Mais surtout le travail en réseau est un des aspects importants de notre métier et nous amène à travailler avec la santé, la santé mentale, l’enseignement, etc. Pour chaque situation on est en relation avec tout le milieu de vie du/de la jeune.

"On doit bien connaitre le/la jeune, bien connaitre son milieu de vie mais aussi mettre les balises du travailleur social"

Le Guide Social : Quelle est la particularité du fait d’exercer sa profession dans une AMO plutôt que dans une autre structure ?

Philippe Renard : L’AMO reste un dispositif très particulier car, contrairement aux autres dispositifs de l’Aide à la jeunesse, nous ne sommes pas dans le mandat d’un juge ou d’un conseiller.

Aussi, l’AMO est le seul service de l’Aide à la jeunesse où l’on ne fait pas seulement de l’individuel. On doit aussi répondre aux problèmes de manière communautaire et collective.

Ça demande d’être vraiment en complémentarité avec les autres dispositifs mais aussi de mettre énormément d’actions en place : de l’interpellation politique à des animations dans les écoles, des campagnes de sensibilisation, des prises en charge collectives, des camps...

L’AMO peut mettre en place des outils à l’intérieur de ses murs, comme des groupes de paroles ou un atelier créatif, mais aussi dans le milieu de vie du jeune à travers le travail de rue, par exemple.

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Le Guide Social : Comment est la relation avec les jeunes lorsqu’on travaille en AMO ?

Philippe Renard : La relation avec les jeunes est une relation d’ancrage et c’est ce qui est le plus difficile en AMO. C’est la première chose qu’on va mettre en place pour le travail de rue, par exemple.

Dans notre travail, on doit se placer entre le contrôle social pur et dur et ce que j’appelle la prévention et connivence. On doit bien connaitre le/la jeune, bien connaitre son milieu de vie mais aussi mettre les balises du travailleur social.

"Il faut être extrêmement tolérant envers les religions, les failles, les passages à l’acte et accepter l’humain comme il est"

Le Guide Social : Quelles sont les qualités et les valeurs indispensables pour travailler en AMO ?

Philippe Renard : La première chose est peut-être un peu bateau et ne se limite pas aux AMO : il faut être bien dans sa peau et bien connaitre ses propres failles. Être autonome et responsable. C’est le plus important pour accompagner un jeune à le devenir.

Il faut avoir du savoir-vivre, pouvoir jongler entre ses libertés individuelles et celles des autres et ajuster ses comportements en milieu de vie. Quand on part en camp, par exemple, on doit être un référentiel.

Il faut être extrêmement tolérant envers les religions, les failles, les passages à l’acte et accepter l’humain comme il est. Quitte à devoir prendre beaucoup sur soi. Il faut avoir de l’empathie, de l’humilité et comprendre que les récits de vie ne sont pas les mêmes partout.

C’est aussi important de faire preuve de créativité et de ne pas attendre que le travail vienne sur un plateau. Il faut aussi connaitre un minimum les droits universels, les droits des enfants, le décret de l’Aide à la jeunesse, le réseau (dont l’empilement des dispositifs) et comprendre les champs et les niveaux de compétences.

En général, c’est au bout de six mois de pratique qu’on se rend compte si la personne est faite pour travailler en AMO.

"On est un peu les MacGyver du social car on est les plus généralistes dans notre spécialité"

Le Guide Social : Quels sont les avantages et les difficultés dans le fait de travailler dans une AMO ?

Philippe Renard : Le fait de réaliser un diagnostic social permet de partir de la pratique quotidienne mais aussi d’avoir des apports théoriques d’ailleurs.
C’est un boulot très diversifié, on touche à tout. On est un peu les MacGyver du social car on est les plus généralistes dans notre spécialité.

Dans une même journée on peut passer d’un entretien individuel, à une animation dans un établissement scolaire puis après à une réunion pour préparer un camp. Il faut bien structurer son temps mais c’est très riche. La mise en place de projets et d’actions est aussi passionnante.

Une difficulté c’est l’adaptabilité des horaires : il faut oublier le 9h – 17h ! L’aspect financier est une autre limite. Certain.es ont d’ailleurs un autre emploi sur le côté en tant qu’indépendant.es complémentaires. Il faut aussi savoir gérer les échecs car toutes les actions ne marchent pas. Et enfin, le manque de moyens pratiques et financiers car on n’a pas tous les métiers. Par exemple, j’aimerais avoir un informaticien et un service communication, même si je ne me plains pas car j’ai une équipe formidable.

Le Guide Social : Vous avez parlé du salaire et des horaires : quelles sont les conditions de travail dans les AMO ? Sont-elles les mêmes partout ?

Philippe Renard : Les rémunérations sont les mêmes dans tout le secteur de l’Aide à la jeunesse. Grâce aux accords non marchands on tend vers une harmonisation avec les autres secteurs. Il y a quelques avantages supplémentaires comme l’indexation automatique, le financement des anciennetés, ou encore des primes de camps. Mais je pense qu’on vient plus dans une AMO par passion que pour l’aspect financier.

Ensuite, on essaie toujours de promouvoir les CDI mais comme on a beaucoup de co-financements avec les APE, Rosetta... on est souvent obligés de recourir à des CDD. Ce qui n’est pas toujours la meilleure des choses.

Enfin, ça peut arriver de faire appel à des indépendant.es pour des projets spécifiques, car on n’est pas spécialisé.es sur tout, mais ça coûte très cher.

"Il faut travailler parfois jusqu’à 20h, travailler les weekends selon les projets, ou encore pouvoir partir en camp"

Le Guide Social : Quels sont les horaires en AMO ?

Philippe Renard : Il n’y a rien à faire, il faut s’adapter au milieu de vie du/de la jeune et ça veut dire travailler parfois jusqu’à 20h, travailler les weekends selon les projets, ou encore pouvoir partir en camp.

Dans mon AMO les horaires sont flottants car s’il faut rencontrer les parents d’un jeune en mal-être qui ne sont pas disponibles avant 18h, vous ne pourrez pas partir à 17h.

Le Guide Social : Est-ce que les travailleurs peuvent espérer faire une carrière dans une AMO ?

Philippe Renard : Oui, j’en suis un bon exemple ! J’ai fait toute ma carrière dans une AMO, même si je suis peu parti dans un cabinet ministériel.

Comme moi, certain.es font des pauses. Un collègue est parti travailler en tant que professeur pendant deux ans avant de continuer en faisant deux mi-temps. Pas mal de collègues dans les AMO ont aussi des boulots sur le côté.

C’est possible de faire une carrière mais ce n’est pas toujours facile de vieillir dans le social, et pas seulement en AMO. Il faut toujours avoir du punch, être dans l’adaptabilité et la créativité.

Quant au salaire, on peut être valorisé en tant qu’universitaire. En général ils/elles ont un diplôme en tant que sociologue, criminologue, juriste et éventuellement psychologue, mais il faut bien jongler avec ses envies car on ne peut pas faire de psychothérapie en AMO. Sinon on peut devenir directeur et il y a aussi une petite valorisation.

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Le Guide Social : Enfin, est-ce qu’il y a beaucoup de débouchés dans les AMO ?

Philippe Renard : Il y a un petit turn over. Personnellement, j’engage quasiment une nouvelle personne par an dans mon AMO. Je crois que pas mal de collègues partent après dix ou quinze ans parce que c’est un peu lourd, ou bien pour avoir des enfants.

Parallèlement, il y a aussi beaucoup de jeunes qui postulent mais le profil recherché n’est pas évident. Il faut être bien dans sa peau et avoir beaucoup de compétences de vie. On doit pouvoir faire du travail de rue, des camps, des entretiens... Ce qui fait qu’on est exigeant.es dans le recrutement.

Propos recueillis par Caroline Bordecq



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