Le travail semi-agoral, pas pour tous les secteurs !

Le travail semi-agoral, pas pour tous les secteurs !

La nouvelle mesure concernant le travail associatif (ou travail semi-agoral), initiée par la ministre de l’Action sociale, Maggie De Block, dans le cadre de la relance économique et sociale, suscite beaucoup de réactions. La mesure prévoit que toute personne qui dispose d’un statut (pensionné, salarié à 4/5ème temps, indépendant), puisse percevoir jusqu’à 6.000 euros/ an (ou 500 euros/mois) exonérés d’impôts. Pour le secteur de l’aide à la personne, cette mesure portera préjudice aux publics aidés. Une opinion de la Fédération des Centres de Services à Domicile.

Chaque jour, plus de 8000 aides familiales, gardes à domicile et aide-ménagères sociales, travaillant dans des services d’aide aux familles et aux aînés (SAFA), se rendent au domicile de familles, de personnes isolées, âgées ou handicapées pour leur apporter de l’aide dans les actes de la vie quotidienne. Avec la loi sur le travail associatif, quiconque, pourvu qu’il travaille à plus de 4/5, qu’il soit indépendant ou pensionné, pourra effectuer des activités non soumises aux cotisations sociales et exonérées d’impôt jusqu’à 6000€/an chez des particuliers ou dans des associations. Parmi les activités autorisées dans ce projet de loi, on retrouve les trois métiers des SAFA : l’aide à la personne, la garde à domicile et l’aide au ménage.

[DOSSIER]

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Des professionnels formés

Pour aider au mieux les bénéficiaires et offrir des services de qualité, les aides familiales et les gardes à domicile doivent avoir suivi des études d’aide familiale qui se déroulent en deux ans. Lors de ce cursus, elles sont formées à la diététique, la psychologie, le suivi administratif, l’aménagement du domicile et autres matières afin de répondre au mieux aux besoins des bénéficiaires et de pouvoir faire face aux situations complexes rencontrées sur le terrain.

La formation ne s’arrête pas là. En effet, le décret SAFA impose qu’une fois engagées, les aides familiales et les gardes à domicile suivent une formation continuée afin de leur permettre d’intervenir de façon appropriée et efficace auprès des différents types de bénéficiaires qu’elles rencontrent : personnes avec des troubles psychiques, atteintes de démence, souffrant de la maladie d’Alzheimer…

A contrario, le projet de loi n’oblige pas que les travailleurs associatifs soient formés à la prise en charge des personnes âgées ou handicapées. Par conséquent, ces travailleurs pourront se retrouver à devoir prendre en charge un bénéficiaire atteint d’Alzheimer lors d’une crise de démence, sans aucune connaissance pour gérer cette situation.

Un encadrement adapté dans une équipe pluridisciplinaire

Afin de veiller au bien-être du bénéficiaire, de l’aider à rester dans de bonnes conditions à son domicile et de répondre à l’ensemble de ses besoins, les aides familiales et les gardes à domicile sont encadrées et entourées tout au long de l’année par des assistants sociaux. Lors de réunions bimensuelles, elles peuvent partager les situations qu’elles rencontrent afin d’obtenir des conseils, mais également afin d’évaluer si la situation ne nécessite pas d’autres types de prises en charge (passage d’infirmiers, télévigilance…). Les travailleurs sont également regroupés en équipes de prestataires, ce qui permet un relais auprès du bénéficiaire quand un travailleur est absent. La présence d’un service pluridisciplinaire autour de ces professionnels de terrain est donc un véritable atout pour la prise en charge du bénéficiaire.

Les travailleurs « associatifs » travailleront quant à eux en vase clos. Ils n’auront aucune clé en main pour évaluer l’évolution de la situation du bénéficiaire et ne sauront pas leur offrir un service adapté à leurs besoins. De plus, en cas de situations lourdes, ni soutien ni encadrement ne seront prévus pour soulager et conseiller ces travailleurs. Il convient donc de se demander comment ces derniers pourront effectuer un travail de qualité sans un environnement pluridisciplinaire autour d’eux.

Quid de la confidentialité ?

Enfin, les professionnels des SAFA sont soumis à des règles déontologiques comme le devoir de discrétion qui permet de garantir la confidentialité des informations recueillies au domicile du bénéficiaire. Les travailleurs associatifs ne seront quant à eux soumis à aucune règle déontologique. Cela pose donc de véritables questions quant au respect de la vie privée des personnes aidées.

A travers ces différents éléments : formation, encadrement et respect des règles déontologiques, nous sommes en mesure de nous interroger sur les conséquences que cette loi fera peser sur les travailleurs associatifs et sur les bénéficiaires. En effet, les travailleurs concernés ne seront ni formés à faire face à des situations parfois difficiles, ni encadrés par des assistants sociaux, ni soumis à des règles déontologiques, ce qui entraînera de toute évidence une détérioration de la prise en charge des bénéficiaires et un véritable danger pour le secteur de l’aide à domicile.

Eléonore Cotman, Conseillère Aide aux familles à la FCSD



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