Intérêt individuel vs intérêt collectif, l’éternel dilemme ?

Intérêt individuel vs intérêt collectif, l'éternel dilemme ?

Issue des accords de l’été 2017, la nouvelle réforme concernant le travail associatif, baptisé travail « semi-agoral », initiée par la ministre de la Santé, Maggie De Block, suscite de vives réactions. L’objectif de la réforme vise à relancer l’économie, en accordant 6.000 euros par an défiscalisés aux particuliers, pour du travail associatif, des services occasionnels entre citoyens et l’économie collaborative, organisée par l’intermédiaire d’une plateforme agréée.

Pouvoir bénéficier de 6.000 euros par an défiscalisés ou 500 euros par mois, l’idée est plus que tentante… La mesure, initiée par la ministre de l’Action sociale, Maggie De Block, fait partie des accords de l’été pour la relance économique. Les personnes concernées sont celles possédant déjà un statut principal (salarié à 4/5ème temps, indépendant ou pensionné). Une liste des métiers concernés par la réforme a également été établie. Les secteurs principalement représentés sont ceux de l’aide aux personnes, le secteur sportif et socioculturel. Si la mesure est bien accueillie chez certains, elle divise cependant beaucoup. Dans des secteurs qui s’appuient principalement sur les bénévoles, y a-t-il un risque de voir cette aide tournée vers le collectif disparaître, au profit du droit individuel de chacun à s’enrichir ?

[DOSSIER]

- La proposition de travail " associatif " de la ministre De Block inquiète
- Le travail semi-agoral, pas pour tous les secteurs !
- Le non-marchand ne veut pas des contrats associatifs

Collectivité ou intérêt individuel ?

Une question soulevée par le secteur et qui engendre une division sur le plan plutôt éthique est «  Finalement, que choisir entre la collectivité et le droit individuel de chacun à subvenir à ses propres besoins, le droit à s’enrichir » ? En proposant cette nouvelle mesure, Maggie De Block touche à un fondement de la société d’entraide et de solidarité belge. Les métiers concernés sont, pour la majorité, des professions où le contact humain et l’aide occupent une importance majeure. Des professions où l’intérêt individuel est relégué au second plan et la collectivité, donc, valorisée. En ajoutant à cette équation l’individu, en tant qu’entité personnelle unique et son droit à s’enrichir, Maggie De Block chamboule l’organisation du secteur de l’Aide aux personnes.

Les risques, craints par les professionnels, sont bien réels : quid du contact humain, qui s’établit au fil du temps, entre bénévoles et les personnes dont ils ont la charge ? Le risque de voir des personnes dont le simple intérêt est pécunier entrer dans le système est un fait. Cependant, peut-on les blâmer ? En ces temps d’austérité et d’économies extrêmes, la personne qui souhaite « mettre du beurre dans ses épinards » peut-elle vraiment faire l’objet de critiques de la part de la collectivité ?

Détourner un statut

Cette mesure, qui vise, pour Sébastien Robeet de la CNE, à « casser les statuts du volontariat, développer la marchandisation au lieu des solidarités et surtout, à blanchir le travail au noir et qui constitue une aide pour les salariés » crée effectivement un fossé entre le travailleur et le bénévole, dont l’aide récurrente, non-rémunérée, est consciente et acceptée comme telle. Le volontariat constitue un statut et des valeurs altruistes, de solidarité, dont l’objectif est un mieux social. Y ajouter le côté pécunier ne vient-il pas dénaturer ce statut ?

A contrario, faire de l’argent et avoir des valeurs éthiques et sociales sont-ils deux concepts fondamentalement opposés ? Ces deux critères sont-ils mutuellement exclusifs ? Cet éternel dilemme, entre lucre et valeurs, semble secouer le secteur associatif depuis quelques temps à présent, face notamment, à des pouvoirs publics qui le subsidient de moins en moins.

Des avis divergents

La proposition de Maggie De Block concernant le travail associatif divise. A l’origine ? La demande du secteur sportif, qui souhaite pouvoir être en mesure de rémunérer correctement ses arbitres ou coachs. Actuellement, le secteur s’en remet à l’organisation d’événements extra-sportifs leur permettant de payer les personnes qui prennent de leur temps personnel pour arbitrer. Sauf que, ces arbitres ou coachs sont en général déjà formés au sport qu’ils jugent. Idem pour les professeurs qui souhaiteraient arrondir leurs fins de mois en dispensant quelques cours en plus. Dans le secteur de l’aide aux personnes, en revanche, aucun type de formation n’est prévu pour ces nouveaux volontaires.

Or, c’est bien là que se situe un des problèmes, dans le cas, notamment, des aides familiales et des gardes à domicile. Actuellement, les personnes suivent des études et postulent ensuite dans les divers organismes d’aide à domicile. La loi stipule que ces aides ont l’obligation de suivre un quota d’heure de formations par an. Le secteur craint, avec la nouvelle mesure, que de plus en plus de volontaires non formés décident, dans le cadre de services rendus de particuliers à particuliers, de profiter de ces 6.000 euros défiscalisés, alors que leurs compétences ne leur permettent pas de prendre en charge correctement les bénéficiaires.

Où en est-on ?

Concrètement, le texte en l’état est gelé, suite à la procédure en conflit d’intérêts lancée par la Cocof. La mesure ne devrait dès lors pas entrer en application le 20 février, comme prévu initialement. Cependant, si les négociations entre le fédéral et les entités fédérées n’aboutissent pas, le texte retournera à la Chambre. Au niveau du secteur, les débats ne cessent de croître autour de la question. A suivre de (très) près, donc…

A.S.E.



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