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Accusés de favoriser l’assistanat et la fraude sociale, les CPAS répondent à Bart De Wever

26/03/26
Accusés de favoriser l'assistanat et la fraude sociale, les CPAS répondent à Bart De Wever

Les récentes déclarations du Premier ministre Bart De Wever sur le rôle des CPAS ont suscité une vive réaction du secteur social. Accusant ces institutions de favoriser « l’assistanat » et de constituer des « bureaux de fraude sociale », le chef du gouvernement a provoqué l’incompréhension et l’indignation de nombreux acteurs du travail social. En réponse, les Fédérations des CPAS de Wallonie et de Bruxelles publient une carte blanche pour rétablir certains faits, rappeler le cadre légal strict dans lequel elles opèrent et défendre le travail quotidien de milliers de professionnel·le·s engagé·e·s auprès des publics les plus fragilisés.

Le week-end médiatique du Premier Ministre relatif, entre autres, aux CPAS, a posé question au sein de nos institutions. Parmi les nombreux sujets sur lesquels il s’est exprimé, il a indiqué que les CPAS favorisaient « l’assistanat » et servaient de « bureaux de fraude sociale ». Des propos infondés, qui ont profondément choqué les assistants et assistantes sociales, travailleurs et travailleuses du terrain et qui posent question de la part d’un Premier Ministre.

Face à ces propos, les Fédérations de CPAS tiennent à rappeler quelques préceptes essentiels.

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Les CPAS appliquent strictement la loi et protègent l’État de droit

Pour bénéficier du Revenu d’intégration, la loi impose des conditions claires et strictes :

  • La disposition au travail est obligatoire. Formations, démarches actives, acceptation d’un emploi : le CPAS ne peut octroyer une allocation qu’à celles et ceux qui démontrent leur volonté de s’en sortir. En cas de refus, l’allocation est suspendue ou supprimée. Les CPAS n’ont aucune latitude : ils doivent appliquer la loi, sous peine d’être eux-mêmes sanctionnés.
  • Le Revenu d’intégration est un droit résiduaire. Le CPAS n’intervient que lorsque tous les autres droits ont été vérifiés. Orienter une personne vers une pension, une allocation de handicap ou une autre prestation n’est pas un choix politique : c’est une obligation légale qui garantit la bonne utilisation des fonds publics.

Les CPAS constituent donc un maillon essentiel du respect des règles et de la cohérence de notre système social en Belgique.

Les CPAS favorisent l’insertion

Chaque CPAS développe des services d’insertion socioprofessionnelle spécialisés dans l’accompagnement vers la formation et l’emploi. Ainsi ils soutiennent, par exemple, la reprise d’études, les formations qualifiantes, les stages et les mises à l’emploi des bénéficiaires d’aides sociales.

Rien qu’en Wallonie, plus de 10.000 personnes retrouvent un emploi chaque année grâce aux CPAS. A Bruxelles, c’est environ 2.700 personnes mises en emploi d’insertion, ajoutés à toutes les sorties classiques et positives de chercheurs d’emplois suivis au quotidien.

Les CPAS ne se limitent pas à l’octroi de l’aide sociale mais accompagnent les bénéficiaires vers l’insertion. Ils transforment une dépense sociale en investissement économique. La responsabilité individuelle des personnes aidées est toujours mobilisée.

Loin d’entretenir l’assistanat, ils contribuent à réduire durablement la dépendance aux allocations.

Les CPAS constituent un rempart contre la fraude sociale

Selon la dernière étude existante de l’administration fédérale, la fraude au Revenu d’intégration est estimée à moins de 5 %. La fraude constitue dès lors une tendance marginale, tant les contrôles sont nombreux, systématiques et encadrés et ce, en comparaison au non-recours aux droits estimé à plus de 45 % (selon une étude de la KULeuven/UCL datant de 2022).

En outre, les CPAS sont souvent les premiers à détecter les incohérences, à vérifier les situations, à signaler les éventuels abus. Les CPAS sont tenus à une stricte rigueur budgétaire. A cet égard, il est important de rappeler que les CPAS sont un acteur clé de la lutte contre la fraude sociale, pas un maillon faible.

Lire aussi : Réformes sociales du gouvernement De Wever : un choc pour le secteur social ?

Les CPAS devraient être soutenus, pas attaqués

Les CPAS sont en première ligne face à plusieurs réformes fédérales, d’ampleur inédite. Ils accueillent depuis janvier un afflux massif de personnes, dont beaucoup arrivent désespérées, souvent honteuses, toujours déstabilisées.

Contrairement à ce qu’affirme le Premier Ministre, les CPAS ne voient pas des personnes « installées dans un hamac ». Ils voient des citoyennes et citoyens insécurisés. La honte n’a jamais été un moteur vers l’emploi. Toutes les études en psychologie et en sociologie le démontrent : la honte détruit l’estime de soi, freine l’action, enferme dans la spirale de la dévalorisation.

Les CPAS travaillent donc à redonner confiance, à reconstruire l’élan, à permettre à chacune et chacun de se projeter à nouveau. Ce n’est pas du laxisme : c’est une stratégie d’efficacité. Une personne qui retrouve confiance retrouve aussi la capacité d’agir et de travailler. Dans ce sens, les CPAS attendent d’être reconnus et soutenus dans l’ampleur de leurs tâches. Nous demandons dès lors du respect pour le personnel et les personnes accompagnées.

Dans les CPAS, il y a des professionnel.le.s engagé.e.s, compétent.e.s, qui travaillent sans relâche pour accompagner les personnes les plus fragilisées. Ils et elles méritent respect et reconnaissance. Nous invitons dès lors le Premier Ministre à nous rejoindre et à passer une journée aux côtés de ces acteurs, afin de mesurer la pertinence de leur travail.

Cette communication leur est destinée, pour les remercier du travail déjà accompli, dans des conditions encore et toujours difficiles, et pour les soutenir dans les semaines et mois qui viennent, alors que les deuxième et troisième vagues d’exclusions, bien plus importantes, ont commencé.

Parce qu’envers et contre tout, les CPAS feront face, comme ils le font toujours, dans l’intérêt des citoyennes et citoyens les plus fragilisés du royaume.

Pour Dorothée Klein, Présidente de la Fédération des CPAS wallons, il est plus que jamais important de « réaffirmer notre profonde gratitude pour le travail accompli. Dans un contexte de réforme multiples et complexes, nos travailleuses et travailleurs sociaux font preuve d’un professionnalisme et d’une humanité exemplaires, en incarnant, chaque jour sur le terrain, le dernier filet de sécurité de notre société. »
Pour Sébastien Lepoivre, Président de la Fédération des CPAS bruxellois, « sortons des clichés racoleurs et prenons toutes et tous de la hauteur. Les enjeux de lutte contre la pauvreté doivent rester une priorité absolue de tout le Gouvernement fédéral. Qu’on se le dise ! ».


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