Travailler en CPAS après la réforme du chômage : 2.000 postes à pourvoir face à la pression
Avec la réforme historique du chômage, des milliers de personnes exclues de cette allocation se tourneront vers les CPAS dans les mois à venir. Face à cet afflux annoncé, les centres doivent absorber une hausse massive de la demande, avec des équipes déjà sous pression. Les besoins en renforts sont dès lors élevés. Comment les CPAS s’y préparent-ils ? Quels profils de travailleurs jugent-ils nécessaires pour y faire face ? Le Guide Social a posé la question aux fédérations bruxelloise et wallonne des CPAS.
Garantir un accueil digne et correct, malgré la hausse de la charge de travail engendrée par la réforme du chômage, est une priorité pour les CPAS.
Pour y parvenir, les centres auraient besoin d’engager 550 agents à Bruxelles, dont 300 assistants sociaux et 250 profils administratifs, selon les estimations de la Fédération bruxelloise des CPAS. En Wallonie, les besoins sont évalués à 1539 équivalents temps plein (ETP) d’ici 2028. Une estimation qui devra probablement être revue à la hausse, précise la Fédération wallonne des CPAS.
En effet, cette dernière se base sur les prévisions du fédéral selon lequel 30% des personnes exclues du chômage toqueront à la porte des CPAS, les autres retrouveront un emploi ou disparaitront des radars. Mais à Bruxelles et en Wallonie, les fédérations en sont convaincues : ils seront bien plus nombreux à solliciter l’aide des CPAS.
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Des moyens jugés insuffisants pour faire face à la réforme
La fédération wallonne estime également qu’un renfort de 62 millions d’euros est nécessaire pour compléter les équipes en 2026. Non seulement les 26 millions d’euros de compensation promis en septembre sont insuffisants, mais ils n’ont toujours pas été versés aux CPAS. La ministre de l’Intégration sociale, Anneleen Van Bossuyt, a toutefois promis qu’ils arriveraient fin janvier.
« C’est une honte intégrale ! Un manque de respect pour le secteur, déplore Sébastien Lepoivre, président de la Fédération bruxelloise des CPAS. Le fédéral s’était engagé à mettre les moyens nécessaires pour que les CPAS soient prêts dès le 1er janvier. Résultat : nous sommes livrés à nous-mêmes. Certaines communes ont pu dégager des ressources, d’autres non. C’est un système à deux vitesses. »
Des adaptations concrètes pour absorber l’afflux
Malgré ce contexte, les CPAS se sont préparés, ces derniers mois, à accueillir ce nouveau public. En Wallonie, la plupart ont démarré les procédures de recrutement fin octobre et ont engagé le mois suivant. « Le but était de disposer du temps nécessaire pour former le personnel et garantir l’accueil le plus professionnel, sans improvisation », souligne Dorothée Klein, présidente de la Fédération wallonne des CPAS.
À Bruxelles, pour pallier le manque de personnel encadrant et le peu de temps disponible pour la formation, certains CPAS ont mis en place des binômes. « On associe un junior à un sénior qui peut l’épauler. On compense comme on peut, ce sont des adaptations de survie », explique Sébastien Lepoivre.
Face aux flux annoncés, des centres ont également adapté leurs locaux, créé des guichets supplémentaires, ou encore réalisé des travaux d’aménagement. Le CPAS de Liège a réquisitionné une ancienne école pour accueillir les nouveaux bénéficiaires. A Namur, les assistants sociaux sont désormais deux par bureaux, tout en garantissant des espaces de confidentialité, précise toutefois Dorothée Klein, également présidente de ce CPAS.
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Assistants sociaux, juristes, profils administratifs : quels besoins dans les CPAS ?
Avec cette réforme, quels sont les profils recherchés ? Cela dépend d’un CPAS à l’autre. « Certains ont eu seulement besoin de soutien administratif, d’autres d’assistants sociaux. Certains grands centres ont engagé des juristes supplémentaires, voire des agents de sécurité », résume-t-elle pour la Wallonie.
Dans l’ensemble, les profils qui interviennent dans les CPAS ne changent pas avec la réforme du chômage. Toutefois, celle-ci prévoyant un volet de réinsertion socio-professionnelle, les CPAS doivent renforcer la présence d’agents spécialisés dans ce domaine. Par ailleurs, « le fédéral veut faire évoluer les choses très rapidement et les législations changent parfois de semaine en semaine. L’adaptation est énorme : on n’a pas encore formé les travailleurs à une réforme qu’une nouvelle arrive », souligne Sébastien Lepoivre. Conséquence : les cellules juridiques doivent être davantage présentes sur le terrain et faire preuve d’une grande capacité d’adaptation.
Les assistants sociaux restent évidemment les profils les plus recherchés avec cette nouvelle réforme du chômage. Faut-il craindre une pénurie ? En Wallonie, « personne n’a fait état d’une telle situation. A ce stade, nous avons reçu de nombreuses candidatures lors des processus de recrutement », assure Dorothée Klein. A Bruxelles, la situation est plus tendue. Cela fait déjà des années que les CPAS bruxellois peinent à recruter des assistants sociaux. La réforme du chômage n’arrange rien.
« On a un mal fou car on doit recruter tous en même temps des profils qui sont déclarés en pénurie », explique Sébastien Lepoivre. Déjà avant cette réforme, les CPAS ont commencé à assouplir et à accélérer les procédures de recrutement. « Si l’on identifie une perle rare mais que le contrat tarde à être validé par nos organes de décision, elle a déjà trouvé un autre emploi ailleurs », poursuit-il.
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Recruter autrement pour rendre le secteur plus attractif
Au fil du temps, les CPAS bruxellois ont également revu leurs critères d’embauche. « Les assistants sociaux fraichement diplômés ne connaissent pas assez notre secteur. Si l’on teste trop les candidats sur la technicité ou les connaissances législatives des CPAS, on en perd beaucoup », observe encore Sébastien Lepoivre. Les CPAS privilégient donc davantage les compétences transversales et les valeurs, complétant ensuite la formation en interne.
De son côté, Dorothée Klein note que les CPAS ne bénéficient pas toujours d’une image positive au sein des hautes écoles. « Je ne crois pas qu’on les encourage à venir travailler chez nous », observe Dorothée Klein. Tout le défi est donc de mieux faire connaitre le secteur et de le rendre attractif. « S’il y a un endroit où l’on peut être utile, c’est bien dans les CPAS. On aide les gens de manière très concrète, au quotidien », insiste-t-elle.
Sébastien Lepoivre abonde dans ce sens : « Les CPAS ne sont pas seulement des administrations vieillissantes et fermées. Notre champ d’action est bien plus large : la pauvreté infantile, les aspects culturels, l’aide à domicile pour les personnes en situation de handicap, la lutte contre la fracture numérique… »
Toutefois, le Bruxellois reconnait que la pression exercée sur les agents en CPAS est lourde. Et pour certains, la réforme du chômage représente la crise de trop. Il conclut : « Alors que les travailleurs sociaux ne se sont pas encore relevés des autres crises – sociale liée au COVID, migratoires, énergétique… – on nous en rajoute cette réforme historique. Les risques psychosociaux des travailleurs augmentent et on doit pouvoir l’entendre à tous les niveaux. »
Caroline Bordecq
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