Les jeunes aidants proches : ils existent !

Les jeunes aidants proches : ils existent !

Contrairement à ce que l’on pense, les jeunes aidants proches sont très nombreux. Une récente étude en Angleterre confirme 2 élèves par classe.

Les aidants proches sont peu reconnus et se battent pour un statut depuis plusieurs années. En revanche, il existe une catégorie de personnes dont on parle encore moins et qui fait pourtant le même travail : les jeunes aidants proches. Il s’agit de jeunes de moins de 25 ans, adolescents, enfants, qui se trouvent dans une famille dépendante et où ils sont parentalisés. Julie Dupont, chargée de projet à l’ASBL Jeunes Aidants Proches, explique.

Jeunes Aidants Proches

L’ASBL Jeunes Aidants Proches a été créée par l’ASBL Aidants Proches, Télésecours, La Braise, pour les jeunes de moins de 25 ans. « Contrairement à l’opinion publique, il y a énormément de jeunes aidants proches. Une récente étude en Angleterre confirme deux élèves par classe dans cette situation et en Belgique, nous sommes sur le point de le confirmer également », explique J. Dupont. L’outil utilisé en Belgique est le même que leurs collègues anglais et, s’il doit être un peu adapté, il leur a néanmoins permis d’effectuer un pré-test en mai, qui leur a confirmé la même tendance qu’Outre-Manche.

Début de ce mois d’octobre, l’ASBL, sur demande de la ministre Céline Frémault et avec le soutien de la FRB, a sondé les écoles bruxelloises. Le résultat est sans appel : après avoir enquêté dans 6 écoles (environ 1400 jeunes, de 12 à 25 ans), tous types d’enseignements confondus, 14% seraient concernés par le problème. Ce qui équivaut à 3 élèves par classe, principalement 2 filles pour 1 garçon.

L’équipe

L’équipe de l’ASBL est composée d’une chargée de projet, d’une psychologue systémique et d’une chercheuse qui fait du soutien aux familles. A terme, l’ASBL aimerait engager un chargé de projet à temps plein, un psychologue et une personne pour de l’administratif. « C’est peu et en même temps, la machine est bien rôdée : nous sommes en première ligne, nous relayons souvent aux professionnels. Le service se fait à deux niveaux : l’aide est dispatchée et nous faisons l’évaluation sur le long terme. Nous ne prenons pleinement une famille en charge que lorsqu’elle n’a pas été référée vers les professionnels. »

Plusieurs cas

L’ASBL travaille de près avec plusieurs jeunes dans la situation d’aidants proches. « Ils nous sont amenés soit par les assistants sociaux de l’école, soit les jeunes appellent « Ecoute Enfant 103 ». Parfois, un professeur attentif, qui connait son élève, nous le renseigne. Au niveau du secteur de la jeunesse, les retards sont fréquents, les devoirs sont non faits… ». Pour déterminer si l’enfant se trouve dans la situation, l’outil utilisé par les Anglais consiste en un questionnaire pour les aidants et les non-aidants. Deux questions surtout permettent de déterminer si l’enfant vit au quotidien avec une personne qui a besoin d’aide pour une maladie, une dépendance à l’alcool ou à la drogue, un handicap. « Les collègues anglais avaient cependant précisé de bien définir les situations de dépendance. En effet, un jeune qui aide ses parents sur le plan linguistique parce que ces derniers ne parlent pas la langue n’est pas considéré comme aidant proche », précise J. Dupont.

Concrètement, ça se passe comment ?

Dans le cas où un jeune est aidant proche, l’ASBL prend contact avec lui, le rencontre lui et sa famille et ensemble, ils établissent la situation. « Nous prenons en compte ce qui, pour le jeune, est difficile à vivre et ce qu’il souhaite changer. Ensuite, nous rencontrons la famille et nous faisons une évaluation globale des ressources et des besoins. Nous leur laissons les compétences de se gérer eux-mêmes ». Un suivi à long terme s’établit, avec une évaluation continue des besoins du jeune, en s’assurant « qu’il puisse vivre sa vie d’adolescent normal. »

Un lien privilégié

Si la situation d’aidant proche est difficile à assumer, surtout pour un jeune, l’ASBL veille à ne jamais l’interdire. « Nous essayons un maximum d’alléger les responsabilités de l’enfant, en les transférant, quand c’est possible, chez un autre adulte de la famille, mais nous ne le retirons jamais de sa vie d’aidant proche. Cette relation de l’enfant au membre de la famille dépendant est une relation privilégiée, des liens très forts se créent. »

Que font les pouvoirs publics ?

Les politiques prennent peu à peu conscience que le sujet relève de compétences transversales. « Actuellement, nous sommes subsidiés par la Cocof, pour le handicap, mais cette matière touche aussi l’enseignement », explique J. Dupont. Le secteur n’a pas de revendications particulières de statut légal ou de financement pour ces jeunes, qu’il voit plutôt d’un mauvais œil : « Avec un financement, nous craignons que le jeune ne soit maintenu dans sa situation d’aidant proche pour que le parent touche les allocations ». L’ASBL souhaiterait néanmoins une prise de conscience de la part de certaines personnes. « Nous avions fait une demande de camp de mouvements de jeunesse pour les jeunes, qui n’a pas été acceptée car leur statut d’aidant proche n’était pas reconnu ». Le secteur veut pouvoir fonctionner pour lui-même ; une plateforme de 60 associations qui travaillent en collaboration existe actuellement sur Bruxelles.

La rédaction



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

Pour votre facilité, ce site utilise les cookies conformément à nos conditions générales.