Un site de l'Agence pour le Non-Marchand
Informations, conseils et services pour le secteur associatif

Réforme du chômage : les ASBL, alliées indispensables des CPAS

10/02/26
Réforme du chômage : les ASBL, alliées indispensables des CPAS

La réforme du chômage rebat les cartes de l’accompagnement social. Depuis le 1er janvier, les CPAS doivent composer avec de nouvelles demandes, dans un contexte budgétaire incertain. Si certaines communes font face à une pression accrue, d’autres observent une montée plus progressive des situations. Partout, la collaboration avec les associations de terrain s’impose comme un levier essentiel pour accompagner les publics fragilisés et adapter les réponses aux réalités locales.

Sébastien Lepoivre, Président du CPAS d’Evere, souligne d’emblée un défi majeur : « La crainte principale dans le secteur associatif reste le fait de ne pas pouvoir suivre les flux et les demandes dans des délais légaux, dans des conditions dignes et avec du sens. En sachant aussi qu’à Bruxelles, la situation est totalement inédite et grave, avec l’absence prolongée de gouvernement, générant une grande incertitude au niveau budgétaire. Ce qui est dramatique pour les financements à venir, alors que potentiellement 40.000 personnes supplémentaires pourraient avoir besoin de nous dans les prochains 18 mois. C’est une vraie révolution. »

Et Sébastien Lepoivre de plaider pour un renforcement des collaborations déjà existantes entre les CPAS et les associations de terrain, ainsi que l’aide associative dans l’accompagnement. « Les CPAS ne pourront pas accomplir les miracles que les organismes régionaux de l’emploi n’ont pas pu accomplir avant nous. Une révolution positive dans des délais aussi courts sera impossible sans alliés. Il faut donc absolument déléguer les actions auprès des acteurs de terrain et de formation, qui connaissent déjà les publics fragilisés. Là encore, c’est la grande différence avec les organismes d’emploi classiques, qui proposent de l’aiguillage, des offres d’emploi et éventuellement des formations très généralistes, là où les acteurs de terrain vont beaucoup plus s’adapter aux besoins psycho-sociaux d’un public très fragilisé et éloigné de l’emploi. »

Pour lui, il s’agit d’une plus-value incontestable : « Les CPAS n’ont pas été créés pour faire ce travail. On en demande de plus en plus aux CPAS, alors que ces structures sont déjà en fragilité structurelle, et nous ne serons pas en mesure d’absorber toutes les crises et réformes successives sans alliés. Le secteur associatif restera donc notre partenaire privilégié. »

D’une crise à l’autre

Quoi qu’il en soit, le défi n’en reste pas moins colossal aux yeux de Sébastien Lepoivre : « La crise sanitaire liée au Covid est, je l’espère, derrière nous, mais la crise sociale générée par la crise sanitaire est toujours bien présente, ajoutée aux crises migratoires et de l’énergie. Toute crise de ce type génère un report de charge incontestable, entraînant une cascade de responsabilités partant du plus haut niveau de gouvernance vers le niveau le plus proche des citoyens, à savoir les communes et les CPAS. Or, nous sommes contraints à des règles très strictes, tant pour les personnes que pour nos administrations. Nous devons nous aligner en fonction de ces contraintes, parmi les plus lourdes du pays. Or, dans cette réforme, hormis le fait que nous devons revoir tous nos processus, car nous allons accueillir des personnes supplémentaires, une autre pression nous est ajoutée : celle de devoir remettre des gens à l’emploi, sans quoi nous risquerons d’être sanctionnés financièrement ! »

Pour autant, la collaboration déjà efficace avec les associations de terrain peut-elle être encore améliorée ? Notre interlocuteur répond positivement : « Nous devons faire rapidement mieux, avec plus de personnes à orienter et des financements actuellement gelés à Bruxelles. Nous devons nous réinventer en partant quasiment d’une page blanche. Tout le secteur est convaincu que nous serons plus forts ensemble. »

Tension au quotidien

Au quotidien, les équipes du CPAS d’Evere vivent cette réforme dans une certaine tension : « Ce qu’on leur demande dans des délais aussi précipités n’est absolument pas raisonnable. Au-delà de nos considérations personnelles et de nos valeurs, il est important pour moi que les choses se passent au mieux pour le bien collectif et de nos équipes. Mais pour que cela fonctionne, il y a trois facteurs principaux à prendre en compte : le temps nécessaire pour une mise en route adéquate, des financements compensatoires et anticipés, et un taux d’emploi qui augmente, avec des emplois adaptés aux profils des personnes qui ont été exclues. Ces trois éléments très prioritaires et objectivés ne sont actuellement pas réunis. Le taux d’emploi diminue, l’engagement de personnes au-delà de 55 ans est faible, et les moyens anticipés pour nous mettre en état de marche ne sont pas arrivés à ce stade, ce qui est un non-sens total. »

Et de rajouter : « Le personnel vit donc très mal cette situation, d’autant plus qu’avant même la réforme de l’Arizona, on constatait déjà dans certains CPAS bruxellois une augmentation des demandes de 7 à 8 % par an. En 10 ans, le nombre de personnes suivies dans les CPAS a doublé. Nous connaissons donc déjà un problème structurel de fond, avec une crise des vocations, une pénurie de personnel et des charges qui augmentent chaque année. Ces violences institutionnelles sont déplorables face à des acteurs qui devraient être au centre des préoccupations du fédéral. »

Malgré tout, Sébastien Lepoivre reste déterminé à aller de l’avant : « J’ai rencontré des personnes du secteur associatif qui font un travail formidable dans le marasme politique actuel. Parallèlement, il ne faut pas voir les CPAS comme un coût, mais comme un investissement sur l’avenir, et il faut donc continuer à miser sur des projets et des solutions innovantes. Nous devons faire rapidement mieux, avec plus de personnes à orienter et des financements actuellement gelés à Bruxelles. Nous devons nous réinventer en partant quasiment d’une page blanche. »

Lire aussi : Travailler en CPAS après la réforme du chômage : 2.000 postes à pourvoir face à la pression

Des réalités wallonnes diverses

En Wallonie, difficile, voire impossible, de dresser un état des lieux global, tant les réalités peuvent varier d’une commune à l’autre. Ainsi, alors que le CPAS de Charleroi s’attendait à recevoir initialement 800 personnes, ce sont déjà plus de 1.000 demandes de rendez-vous qui ont été enregistrées les trois premières semaines de janvier, comme le mentionnait un article de La Nouvelle Gazette du 20/01/2026. Le Responsable du Service Communication du CPAS nous a confirmé que les journées étaient particulièrement chargées en ce moment, regrettant, de ce fait, de ne pas pouvoir prendre part plus longuement à notre entretien.

Non loin de là au CPAS de Farciennes, le Président Benjamin Scandella nous a décrit une situation assez différente : « Proportionnellement, le nombre d’exclus du chômage est proche de celui de villes comme Charleroi ou Châtelet, mais la première vague est assez calme pour le moment, même s’il est possible que d’autres personnes se manifestent un peu plus tard, lorsqu’elles se rendront pleinement compte que plus aucune allocation ne leur est versée. »

Dynamique de terrain

Néanmoins, la dynamique de terrain avec les associations paraît solide à Farciennes : « En matière de réinsertion socioprofessionnelle, nous avons créé il y a déjà quasiment 20 ans le Pôle Emploi local. Au départ, un assistant social avait été engagé par la commune, avec pour mission d’aider les gens à rédiger leur CV et leur lettre de motivation. Aujourd’hui, nous disposons d’une Maison de l’emploi Châtelet-Farciennes, de l’ALE, d’une permanence de la Régie des Quartiers InterSambre, mais aussi du PCS (Plan de Cohésion Sociale) et d’une antenne décentralisée de la MIREC (Mission Régionale pour l’insertion et l’Emploi à Charleroi). »

Il rajoute : « De plus, les liens entre le service d’Insertion socio-professionnelle du CPAS et le Pôle Emploi se sont resserrés. Ainsi, nous organisons des réunions d’équipe avec toutes les personnes impliquées, et nous nous parlons de toute façon en permanence. A priori, la réforme du chômage ne va donc rien changer chez nous à la façon dont les gens se parlent, si ce n’est qu’ils vont sans doute se parler un peu plus. »

Pour autant, Benjamin Scandella admet que « pour l’instant, il est encore trop tôt pour avoir le recul nécessaire. Nous naviguons à vue depuis des mois, on nous promet certaines choses, comme par exemple les compensations 2025, que nous avons reçues fin janvier. Et la deuxième vague ne sera de toute façon pas similaire à la première, puisque la première concerne beaucoup d’allocations d’insertion, alors que dans la deuxième, nous n’aurons que des personnes exclues du chômage. Mais des exclus qui n’auront pas non plus le même profil, puisque les premiers ont cumulé plus de 20 ans de chômage, alors que les prochains seront aussi des chômeurs de longue durée, mais entre 8 et 20 ans. Il est donc bien trop complexe d’anticiper de manière claire en la matière ».

Propos recueillis par O.C.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour