"Nous travaillons en harmonie avec les gouvernements régionaux. C'est plus compliqué avec le fédéral !"

Un peu plus d’un an après l’entrée en vigueur des nouveaux gouvernements, quel premier bilan peut-on tirer des revendications des différents secteurs ? Cette semaine, nous avons posé la question à Gaëtane Convent, coordinatrice de la Plate-forme francophone du volontariat.

Le premier point de votre mémorandum demandait de la transparence entre associations et pouvoirs publics, c’est le cas ?

Nous n’avons toujours pas de charte associative, malgré le fait que les discussions soient toujours en cours. Mais un an après, cela n’a pas abouti, c’est un dossier qui bloque à cause d’enjeux politiques. Ce qui coince, c’est que l’on ne veut pas traiter tous les secteurs de la même façon au niveau de la charte associative, voire retirer l’un des secteurs. Clairement, certains secteurs refusent ces points, car sinon, l’on va recréer des dynamiques internes aux secteurs et des inégalités de traitement dans l’ensemble des associations.

Vous ne sentez aucune ouverture au niveau des négociations ?

C’est difficile à dire, c’est un dossier pourri pour l’instant. Ca bouge, mais c’est très très lent, c’est le genre de dossier qui prend dix ans pour aboutir. Chacun campant sur ses positions.

Qu’en est-il de l’évaluation de la loi sur le statut de volontaire ?

Un travail est en cours afin de remettre des recommandations à la Ministre. Le Conseil supérieur des volontaires est un organisme reconnu officiellement, mais qui n’a que dix mille euros pour son fonctionnement annuel.

Quel montant souhaiteriez-vous ?

Il faudrait au minimum 50 000 à 60 000 euros afin de pouvoir mener des études et un travail de réflexion. Pour l’instant, aucune force de travail n’est dégageable en dehors des volontés personnelles. Nous n’avons toujours pas de reconnaissance, ce qui pose problème Au niveau européen, il n’y a toujours pas non plus de définition européenne du volontariat. Ce qui est compliqué, c’est que la Belgique est de surcroît puriste dans sa définition, certaines choses étant acceptées par l’Europe, mais pas dans notre pays. Par exemple, le volontariat d’entreprise n’est pas selon nous du volontariat, car nous estimons qu’il s’agit d’un engagement citoyen, libre et gratuit. A partir du moment où cela se fait dans le cadre du travail, vous êtes déjà rémunéré pour cela et les choix sont conditionnés. Vous ne le faites pas quand vous voulez. C’est une autre dynamique. Nous avons aussi un régime financier beaucoup plus strict que dans d’autres pays. Ce n’est vraiment pas un sous-emploi ! Par contre, ce qui a un peu changé, c’est qu’une étude a été publiée en octobre dernier par la Fondation Roi Baudouin (et pas par l’état !) et elle démontre que le volontariat augmente. Des nouvelles tendances sont également intéressantes à analyser.

Lesquelles ?

Autant d’hommes que de femmes s’engagent dans le volontariat, même si l’on retrouve toujours plus d’hommes dans les fonctions à responsabilités. La bonne découverte, c’est que la tranche des volontaires de 40-49 ans est en tête. Ce sont des personnes qui n’ont plus d’enfants en bas-âge et qui ne sont plus en début de carrière, mais qui sont encore relativement jeunes. Les volontaires jeunes sont par contre ceux qui donnent le plus de leur temps, ce qui tord le cou aux préjugés sur l’immobilisme des jeunes.

Quels sont les secteurs dans lesquels les Belges sont le plus volontaires ?

En numéro un, c’est toujours le monde du sport, puis la culture et l’action sociale. Ceci est une constante. Là où le secteur associatif a encore du chemin à parcourir, c’est que l’on remarque que les volontaires sont majoritairement des gens qui ont un haut niveau de formation (au minimum un bac ou un master) et qui possèdent un emploi. Il y a encore des dynamiques qui doivent se renforcer pour toucher les autres.

Concernant l’assurance pour les volontaires, il y a du changement ?

L’assurance pour volontaires n’a pas changé d’un iota.

Vous revendiquiez aussi que les personnes provenant d’un pays extérieur à l’UE et qui n’ont pas de permis de travail, puissent quand même exercer du volontariat ?

A ce sujet, la loi a changé en août 2014. N’importe qui, qui se trouve légalement sur le territoire belge, peut exercer du volontariat.

Les demandeurs d’asile peuvent donc, s’il le souhaitent, exercer du volontariat ?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, on observe que des gens s’engagent. Mais je n’ai pas de chiffres. Il y a un partenariat qui est en train de se construire avec Fedasil à ce sujet pour proposer aux personnes qui sont dans les centres d’exercer ce droit.

Pour revenir à votre mémorandum, vous demandiez aussi en 2014, plus de clarté et d’harmonisation dans la législation du travail. C’est le cas aujourd’hui ?

Pour l’instant, rien n’est encore fait, mais dans le cadre de l’évaluation de la loi par le groupe de travail, on a épinglé qu’il y avait un problème. La plateforme a lancé des recherches sur le sujet afin de compléter les travaux, car l’on sent bien que sinon, il n’y aura jamais d’éclaircissement sur ce point.

Ce groupe de travail entend dégager des conclusions ?

En effet, une série de conclusions seront dégagées après que nous ayons analysé la loi, article par article. Elles seront ensuite présentées à la Ministre Maggie De Block et nous verrons ce qu’elle en fera ! D’ici le milieu de l’année prochaine, nous devrions pouvoir dégager les premières conclusions.

La troisième recommandation au niveau régional visait le maintien de la transversalité, c’est toujours le cas ?

Il s’agissait surtout d’un point d’intention, plus que d’une revendication, qui s’inscrivait dans nos craintes face au transfert des compétences. Et pour l’instant, cela se passe plutôt bien.

Pour revenir sur le point de la définition européenne du volontariat, où cela bloque-t-il ?

Nos définitions sont différentes : la Belgique est plus puriste, en France, les volontaires s’appellent bénévoles… C’est un point à mettre à l’agenda européen, mais nous n’avons pas toujours les mêmes priorités, les députés européens sont pour l’instant fort loin de ce type de préoccupation. Chaque pays a des tendances différentes et les recommandations ne sont pas les mêmes. Je pense quand même qu’un jour, nous arriverons à un accord minimum. Il faudra, car lorsque des volontaires viennent en Belgique, comme nous défrayons peu, ils sont surpris, car ils se basent sur des montants équivalents à ceux en vigueur chez eux et ici, c’est beaucoup plus restreint !

Un autre point s’est-il rajouté depuis 2014 ?

Cette année, nous avons mis en place une campagne grand-public sur le travail et le super bénévolat. Nous l’avons présentée au monde politique, au parlement wallon et au secteur associatif. Et elle a un certain succès. Au niveau politique, on a même entendu, dans certains cabinets que pour contrer l’augmentation des salaires, il suffisait de licencier une personne et d’employer trois bénévoles. Nous avons donc réagi car c’est à contre-courant de notre philosophie : le volontariat n’est pas une forme de sous-emploi. On le voit encore au niveau de l’étude de la Fondation Roi Baudouin, la majorité des gens qui s’engagent dans le volontariat ont un travail. Et c’est ce que nous souhaitons.

Par contre, certains jeunes chômeurs se plaignent des complications lorsqu’ils demandent la dérogation pour effectuer du volontariat.

Les travailleurs de l’Onem ne lisent pas toujours les circulaires qui leur sont adressées... Ce qui est parfois compliqué, c’est lorsque les jeunes demandent d’exercer du volontariat durant 38h semaine, alors qu’ils doivent rester disponibles pour rechercher un emploi. L’autre difficulté, c’est que certains jeunes voient aussi cela comme une première expérience sur leur CV et demandent de pouvoir effectuer ainsi des stages en entreprises. Mais ce n’est pas à cela que le volontariat sert, c’est un acte militant.

Globalement, quel bilan tirez-vous depuis le début des nouvelles législatures ?

Nous travaillons plutôt en hamonie avec les gouvernements régionaux, tant wallons que bruxellois. Les liens avec le fédéral sont par contre plus compliqués. Lorsque nous invitons la Ministre De Block à nos événements, elle ne vient pas. Les ministres régionaux sont par contre présents et nous avons des débats intéressants. Nous sommes de plus en plus consultés en tant que plateforme pour nos avis, même parfois avant la prise d’initiatives. C’est une reconnaissance par rapport à notre travail. Ce serait mieux que nous obtenions une reconnaissance officielle pour péréniser notre action. Mais c’est déjà un premier pas que d’avoir obtenu la confiance du terrain associatif et des institutions.

Propos recueillis par Sandra Evrard

Infos : Mémorandum 2014 /actualites/memorandum-2014-la-plate-forme-francophone-du-volontariat.html



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