Aide à la jeunesse : le danger du syndrome d'aliénation parentale

Aide à la jeunesse: le danger du syndrome d'aliénation parentale

Le 24 octobre dernier, lors de l’Assemblée réunie de la Cocom a été abordée la question du syndrome de l’aliénation parentale. Alain Maron, le ministre bruxellois en charge de l’Action sociale et de la Santé a assuré que ce concept n’était pas utilisé par les professionnels de l’aide à la jeunesse sans pour autant aborder les moyens de lutte contre l’utilisation de cette théorie.

Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) est une théorie fondée en 1985 par le psychologue décrié Gardner. Cette notion renvoie à un trouble qui touche l’enfant, manipulé par un de ces parents (souvent la mère est pointée du doigt), dont la rancune le pousse à dénigrer l’autre parent dans le but d’obtenir la garde de l’enfant. Mentionné dans les travaux préparatoires de la loi de 2006 en matière d’hébergement alterné, ce concept est sujet à de nombreux débats. Viviane Teitelbaum, députée du Mouvement réformateur, a questionné, Alain Maron, le ministre bruxellois en charge de l’Action sociale et de la Santé, sur les outils mis en place pour lutter contre l’utilisation d’un tel concept chez les professionnels du milieu social.

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LE SAP : un concept dangereux

La députée du MR a d’abord souligné que cette notion n’est basée sur aucune justification scientifique et présente même une certaine dangerosité. Viviane Teitelbaum invite à une distinction précise entre le cas des conflits parentaux et celui des violences conjugales. Or le concept du SPA, en amenant à se concentrer sur le conflit qui oppose les deux parents, minimise le problème des violences conjugales. Ainsi la députée dénonce cette notion comme « contribuant au bâillonnement des femmes et des enfants. » La souffrance d’une mère victime de violences peut donc être décrédibilisée car elle peut se retrouver pointée du doigt comme manipulant son enfant.

Viviane Teitelbaum a questionné sur plusieurs points, Alain Maron, chargé de la Santé et de l’Action sociale de la Cocom : « Les professionnel(le)s du secteur sont-ils ou sont-elles formé(e)s aux mécanismes des violences et à la différence entre conflit et violence, à leur persistance après séparation et à leur impact sur les enfants ? Quel suivi est-il apporté par les services d’aide à la jeunesse de la Cocom aux enfants jugés victimes de syndrome d’aliénation parentale ? Quel accompagnement apportent-ils à ces enfants ? De quelle protection disposent ils face au parent qui en a la garde ? »

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Utilisé dans la pratique ?

Le ministre bruxellois a d’abord déploré l’existence de ce concept qui « standardise des situations très complexes ». Il a aussi assuré qu’aucune des associations reliées à la Cocom n’avait recours à cette théorie. Diverses initiatives en faveur d’une prise en charge respectueuse de la santé de chacun ont été mentionnées (par exemple Bru Stars, le réseau bruxellois en santé mentale pour enfants et adolescents).

Insatisfaite de cette réponse, la députée libérale a de nouveau questionné Alain Maron en attirant son attention sur les pratiques de certains Family Centers en Flandres. Selon la députée, lors de séparations conjugales, ces structures mettent sur un même pied d’égalité tous les acteurs sans tenter de différencier si on se trouve dans le cas d’un simple conflit d’intérêts ou de violences conjugales plus graves. Le risque est donc que la parole d’un parent violent soit autant valorisée que celle de la victime, qui peut se voir décrédibilisée.

Face à ce second questionnement, le membre de l’exécutif bruxellois délivre une réponse sensiblement similaire à la précédente en rappelant que les professionnels travaillant avec la Cocom ne se réfèrent pas à ce concept : « Nous soutenons des dispositifs d’aide aux familles qui, a priori, essaient de se baser sur les demandes et les besoins des parents, des enfants et des adolescents. »

Ce dialogue de sourds entre la députée et le ministre révèle le malaise existant autour de cette notion, qui bien qu’infondée n’en reste pas moins utilisée. La reconnaissance de l’utilisation de ce concept par les professionnels représenterait-elle une première étape pour le combattre ?

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A.T.



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