Covid-19 : le bilan des travailleurs de l’aide sociale

04/01/21
Covid-19: le bilan des travailleurs de l'aide sociale

Pendant la première vague, les travailleurs sociaux ont appris à coopérer et à réadapter leurs pratiques professionnelles. Ils se sont parfois épuisés, jusqu’à remettre en question le sens même du travail social. C’est ce qui ressort d’une enquête menée auprès des services sociaux de première ligne.

A l’initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’IWEPS et l’Observatoire de la Santé et du Social ont réalisé une enquête de juin à août 2020 sur l’impact de la première vague sur les personnes précarisées et les services sociaux en région bruxelloise et wallonne. Bien que les situations soient multiples, l’étude a tenté de tirer un bilan général sur la réalité des travailleurs du social suite aux nombreux changements provoqués par la crise (rythme et modalités de travail, profil des usagers, nature des services...) Voici un compte-rendu.

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Solidarité et coopération entre secteurs

L’étude montre que la crise sanitaire a bouleversé les rapports entre les secteurs d’aide aux personnes précarisées. En effet, des formes de coopération se sont développées au sein de différents services pour faire face à la pandémie. Le rapport cite par exemple l’installation d’un numéro vert créé par Brussel Help et co-géré avec le Samusocial ou encore la création d’un spot télé par la FdSS avec l’aide de la Ligue bruxelloise pour la santé mentale.

Ainsi, les travailleurs de différentes institutions (relais santé, CPAS, relais sociaux, secteur public...) se sont unis pour maintenir l’accès des services aux usagers. Plus qu’une simple coopération, les acteurs de terrain parlent d’un esprit de solidarité. Selon l’analyse, le Relais santé de Mons qualifie de « belle solidarité galvanisante entre les professionnels » les collaborations établies entre le Relais santé, les médecins et infirmiers de Médecins du Monde, les Maisons de quartiers...

Adaptation des services aux usagers et des modes de travail

Suite au confinement, les services sociaux ont dû adapter non seulement les modalités de travail mais aussi l’offre des services, rapporte l’enquête. Dans certains cas, la crise sanitaire a permis un assouplissement des règles et donc un élargissement du public aux services (ex : octroi plus facile du revenu d’intégration, droit aux colis alimentaires sans attestation du CPAS...) Dans d’autres, les organisations ont dû réduire leur capacité d’accueil comme les centres d’hébergement, voire fermer leurs portes.

Quant aux nouveaux modes de travail, les avis sont mitigés, notamment sur les services sur rendez-vous qui ont remplacé les permanences pendant cette crise. Du côté de l’aide alimentaire, ce système a permis d’éviter les longues files et d’établir plus aisément le contact avec l’usager selon la Croix-Rouge tandis que dans les relais sociaux, le public précarisé a eu moins d’occasions de se poser et de se raconter à cause de la suppression des permanences.

De nouvelles conditions de travail

Les travailleurs ont dû faire preuve d’une formidable capacité d’adaptation pour faire face à l’urgence, à la nouvelle organisation et à la diversification du public, précise le rapport. Face aux mesures souvent contradictoires et illisibles, c’est le sentiment de désarroi qui a prédominé. Presque toutes les organisations rencontrées dans le cadre de l’étude mentionnent un risque de burn-out chez ces travailleurs de première ligne qui luttent contre la misère humaine au quotidien.

Sur le plan sanitaire, l’exposition élevée au virus dans le lieu de travail a constitué un facteur de stress majeur chez les acteurs de terrain, surtout au début de la crise car certains ont dû s’y rendre sans matériel de protection. Au fil des mois, certains professionnels ont présenté des symptômes comme l’anxiété et la peur.

Les employés qui assuraient les services en télétravail n’étaient pas mieux lotis selon l’étude. Ils ont dû gérer une hausse des demandes sans équipement adéquat (manque de matériel comme l’ordinateur portable, problèmes de connexion...) En outre, la séparation entre vie privée et vie professionnelle n’était plus aussi marquée tandis que le caractère humain de leur métier avait perdu de sa valeur.

Le sens du travail social

La crise sanitaire a mis en lumière l’importance de la relation sociale établie avec les bénéficiaires. Comme le dit un membre du CPAS de Charleroi dans le document, le travailleur social pratique « un métier éminemment de relation. » Pour certains, la crise a même redonné du sens à leur travail, explique l’analyse.

Toutefois, les réaménagements causés par la pandémie ont réduit les services au strict minimum (alimentation, logement et soins). Cela pose des questions au niveau de l’objectif d’insertion sociale sur le long terme. Quantité d’acteurs de terrain ne savent pas comment ils reprendront tout le travail accompli auprès de bénéficiaires comme les jeunes en errance et détruit par la crise. De manière générale, « quelles en sont les conséquences pour le travail social à venir ? » interrogent les auteures du rapport.

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