Sahar, sophrologue, raconte son année rythmée par la Covid-19

Sahar, sophrologue, raconte son année rythmée par la Covid-19

La pandémie a modifié, parfois profondément, les pratiques professionnelles des travailleurs de la santé et du social. Face à cette crise sanitaire qui s’éternise, il a fallu faire preuve d’adaptation, d’innovation, mais également de résilience. Alors que le coronavirus est entré dans nos vies depuis près d’un an, le Guide Social a décidé de revenir sur cette année mouvementée avec une série d’acteurs du secteur psycho-médico-social. Sahar Lahabi, sophrologue, nous livre son témoignage.

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Sahar Lahabi est sophrologue depuis une dizaine d’années et pratique sa profession en tant qu’indépendante depuis 5 ans. Nous l’avions rencontrée en 2019 quand elle venait tout juste de mettre en place son projet de service totalement dédié à cette thérapie, à l’hôpital Saint-Jean. L’année 2020 était donc importante pour elle ainsi que pour son activité professionnelle. Pour le Guide Social, elle revient sur cette année particulière rythmée par la crise sanitaire.

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Le temps des premières annonces du gouvernement

« Durant le 1er confinement, au moment des annonces, j’ai appelé mes patients pour annuler les séances. Je ne pouvais pas les accueillir à mon cabinet et impossible pour moi d’envisager à l’époque de faire de la vidéo. En sophrologie, on a besoin de voir vraiment l’autre en entier, de voir le comportement de son corps de haut en bas. Deux patientes m’ont alors contactée au milieu du confinement pour faire des séances vidéo, car elles en avaient besoin. J’ai accepté avec pas mal de doute et finalement, c’était une expérience superbe loin de mes préjugés. En sophrologie, on bosse avec le corps, mais le fait d’avoir le visage en gros plan ça apporte beaucoup d’informations concrètes. C’est une autre vision de comment le patient vit les choses et pour certains, ça apporte une sécurité pour se lâcher un peu plus avec la distance. Et donc, à l’issue de ces deux rendez-vous, j’ai recontacté mes autres patients pour leur proposer cette alternative. Aujourd’hui encore, j’ai des patients qui préfèrent rester en visio, et jouir du cocon de la vidéo ».

Un autre devoir à l’hôpital

« A l’hôpital, j’ai annulé mes séances de groupe. Mais j’ai continué à travailler d’une autre façon. J’ai aidé au niveau logistique l’hôpital, dans le service « magasin » où il faut remplir avec des listes détaillées des chariots pour les services (seringues, masques, tubes…). C’était naturel pour moi d’aider dans un autre service. Il fallait faire preuve de solidarité et d’entraide dans des moments où l’hôpital était vraiment en surtension. C’était de très moments de voir cette coordination se faire le plus naturellement possible ».

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Le calme de l’été avant la reprise

« Durant le 1er déconfinement j’ai relancé des séances en groupe avec un plus petit nombre. Même si certains patients étaient réticents à l’idée de venir. Mais l’été, surtout août, a été très calme. J’ai repris les séances pour le personnel à l’hôpital Saint-Jean. Cela a permis de reprendre en douceur pour moi et au personnel de souffler et d’évacuer toutes ces tensions. Et heureusement, car avec l’arrivée du deuxième confinement, je n’ai jamais eu autant de boulot. Vraiment, la surcharge de travail durant ce deuxième confinement fut intense. J’ai eu la chance d’être dans les professions autorisées à pratiquer, mais le nombre de séances était affolant. Le premier confinement était une parenthèse nécessaire pour la plupart des gens. C’était nouveau et limité dans le temps. Le deuxième confinement est venu détruire nos croyances de retrouver un lendemain « normal ». C’est là où c’est très dur mentalement et moralement pour la plupart des gens ».

Gérer la fin d’année

« La charge de travail était donc pour moi, non seulement intense, mais également très épuisante mentalement. Et puis, il n’y a pas eu de joie en cette fin d’année. Normalement, en cette période, on est entre amis, en famille, on est ensemble pour fêter la fin de l’année et se retrouver. Là, rien de tout cela était autorisé, forcément il y a des dégâts.

Pour me protéger, et pour évacuer, j’ai bien sûr mes propres barrières et mes propres éléments pour gérer mes émotions et les évacuer. Mais j’ai également des séances de supervisions avec mes anciens professeurs qui me permettent de me décharger émotionnellement. On est accompagné cela est nécessaire et obligatoire. Puis à un moment donné de cette période, j’ai commencé à sacrément flancher, à être épuisée, j’ai alors pris deux semaines de congé pour me reposer ».

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Adaptation des pratiques et futur de son activité

« L’adaptation de ma pratique s’est surtout faite autour de la vidéo. C’est un outil dans lequel je ne croyais pas pour mon activité et qui, finalement, permet vraiment de belles choses. J’ai donc décidé de créer ma chaîne YouTube et d’offrir des séances de relaxation. Mes patients me demandent ça depuis des années, ils trouvent que j’ai une belle voix qui apaise. Et puis, les séances de sophrologie, c’est un petit budget quand même. Je trouve ça intéressant d’offrir gratuitement via des vidéos un peu de mon aide. Bien sûr, ça reste un complément et c’est toujours plus bénéfique de venir en séance personnelle, mais c’est déjà un bon début de passer par la vidéo.

Je souhaite aussi développer une formation pour les sophrologues et mon ancienne école m’a contactée pour faire des ateliers conférences. C’est un exercice que j’affectionne alors pourquoi pas. En tout cas, j’ai pas mal de projets à développer cette année. Ça permet de voir 2021 d’une autre façon et d’avoir moins peur ».

Propos recueillis par B.T.



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