Covid-19, Glatigny et les étudiants infirmiers : le rendez-vous manqué

Covid-19, Glatigny et les étudiants infirmiers: le rendez-vous manqué

Ce mardi, le collectif des étudiants en soins infirmiers Les Etudiant.e.s Infis en ARCA rencontrait à distance la Ministre Valérie Glatigny, en charge de l’Enseignement supérieur. L’entretien portait sur l’épineuse question de l’utilisation de ces étudiants dans la lutte contre le Covid-19. La discussion ne s’est pas bien déroulée, les attentes du collectif n’étant pas rencontrées par la responsable politique. Les divergences sont fortes, et les étudiants regrettent de ne pas avoir été écoutés.

Le collectif des étudiants en soins infirmiers, Les Etudiant.e.s Infis en ARCA, s’est entretenu ce mardi 24 mars avec la Ministre Glatigny, à distance. Cet entretien, à l’initiative de la Ministre de l’Enseignement supérieur, ne s’est pas déroulé comme ils l’espéraient. Il faisait suite à la position établie le 19 mars par le collectif. Celle-ci peut être résumée en cinq points.

Il s’agit de :
- La suspension des stages pour protéger étudiants et patients
- La non-pénalisation de ces suspensions
- La mise en place d’un dispositif de volontariat pour que les étudiants puissent aider les institutions de soins
- L’accès aux mêmes matériels, formations et informations que le personnel de l’institution accueillante
- Un contrat ou statut définissant leurs compétences et niveaux de protection.

Mais cette réunion avec la Ministre Glatigny donc, n’a pas porté ses fruits pour les étudiants en soins infirmiers, qui en ont gardé « un goût amer » comme le souligne leur communiqué. Ils dénoncent avoir été d’abord infantilisés puis décrédibilisés, leurs positions étant « réduites tour à tour à des « angoisses », à des « ressentis personnels », et même à de la «  peur » » par leur interlocutrice. Allant plus loin ils affirment : « Lorsque des jeunes tentent de prendre part à la discussion politique, on les représente comme des êtres porté.e.s par leurs émotions qui ont avant tout besoin d’être accueilli.e.s dans leur angoisse. C’est une manière simple d’écarter leurs revendications. C’est aussi enlever toute crédibilité aux jeunes. »

Le cabinet de la mandataire politique a tenu à réagir, spécifiant que : « La Ministre Glatigny s’est montrée totalement à l’écoute des étudiants du collectif « Les étudiant.e.s infi en ARCA », qu’elle a rencontré à deux reprises depuis le début de son mandat. » L’attaché de presse de la Ministre ajoute : « Même si des divergences d’opinions peuvent exister, les échanges ont toujours été cordiaux et constructifs » et « signale sa disponibilité à continuer à échanger avec les étudiants afin de les soutenir dans leur parcours académique dans les circonstances difficiles que nous connaissons. »

Une absence de dialogue réel

Pourtant, plus que l’absence d’accord, c’est la nature du désaccord, qui choque le collectif des étudiants en soins infirmiers. Comme ils l’expliquent : « Nous ne remettons pas en question le droit de la Ministre d’être en désaccord avec nous ». Ce qui déplaît, c’est cette sensation de n’avoir pas été pris au sérieux par la responsable politique. « C’est malheureux à l’heure où on ne cesse de souligner comme il est important pour le politique d’écouter les acteurs.trices de terrain. » Cela conduit donc à une absence de dialogue, Les Etudiant.e.s Infis en ARCA se sentant éconduits par cette infantilisation. Cependant, le fait est que la position ministérielle est bien éloignée de celle du collectif étudiant.

Une vision des choses que la Ministre Glatigny, par l’intermédiaire de son attaché de presse Olivier Schotte, a tenu à redonner : « Si les stagiaires ne se sentent pas encadrés et/ou placés dans des conditions de sécurité et d’hygiène satisfaisantes sur leur lieu de stage, ils doivent en informer formellement leur établissement d’enseignement supérieur, ce qui peut être fait par un simple mail. Leur établissement relayera cette interpellation auprès du lieu de stage, afin d’obtenir une réponse de la part du lieu de stage. En cas d’absence de réponse satisfaisante, la suspension du stage peut être envisagée. »

Cette position peut être résumée en quatre autres points. Tout d’abord, le maintien des stages, l’assurance que les étudiants ne seront pas en première ligne face au coronavirus, la liberté pour les institutions et services de soins de refuser les étudiants, s’ils considèrent qu’ils n’ont plus les moyens de les encadrer et enfin la dépénalisation des suspensions de stage.

Des réserves sur la position de la Ministre

Cela conduit les étudiants à lister leurs réserves, quant au programme de la mandataire politique. Eux refusent un maintien forcé des stages, y préférant la mise en place d’un système de volontariat, argumentant que beaucoup d’entre eux veulent s’engager en faveur des institutions de soins. Mais ce n’est pas tout. Ils rejettent l’idée selon laquelle ils devraient signaler les manquements sécuritaires et sanitaires de l’institution accueillante, cela s’apparentant à une forme de délation. Ils protestent donc : « Faire peser sur les étudiant.e.s la responsabilité de dénoncer aux Hautes Écoles l’insuffisance de l’encadrement pédagogique sur leur lieu de stage (dans un contexte où l’équipe en sera automatiquement informée) les met dans une position extrêmement difficile vis-à-vis de l’équipe. »

Ils tentent d’apporter des critiques constructives à la position de la Ministre. « Il nous semble illusoire d’imaginer que les étudiant.e.s ne seront pas exposés au coronavirus alors que la majorité des patients n’a pas été testée et que l’épidémie se répand encore. » La non-pénalisation de la suspension de stage, sur laquelle les deux parties s’accordent, fait également débat. « Nous n’avons aucune information sur la façon dont cette ‘nonpénalisation’ se matérialisera dans la réalité. Nos questions à ce sujet ont été jugées « prématurées » par la Ministre. »

Par ailleurs, le collectif des étudiants en soins infirmiers se félicite des initiatives fleurissantes promouvant la constitution d’une réserve médicale. « Nous constatons aujourd’hui avec bonheur qu’un tel système de volontariat commence à être installé (...) et qu’il rencontre un franc succès auprès des étudiants. » De quoi, peut-être, enclencher l’amorce d’un accord entre étudiants infirmiers et responsables politiques, ce qui serait bénéfique pour tous en cette période de crise sanitaire.

C.D.

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