Covid-19 : "Supprimez nos stages infirmiers et faisons du volontariat"

Covid-19:

Malgré les nombreuses inquiétudes soulevées par des étudiants ainsi que par plusieurs Hautes Ecoles, la ministre de l’enseignement supérieur a décidé de maintenir les stages infirmiers. Pour le collectif Les Etudiant.e.s Infis en ARCA, il est crucial de maintenir la suspension des stages jusqu’à nouvel ordre afin de protéger tant les étudiants infirmiers que les patients. Il plaide pour la mise en place d’un dispositif de volontariat.


- [A lire] : L’inquiétude des étudiants infirmiers actuellement en stage

« A ce jour, les étudiants infirmiers vivent dans l’incertitude la plus complète à propos de la poursuite de leurs stages », alerte le collectif Les Etudiant.e.s Infis en ARCA, qui représente les étudiant.e.s du bachelier infirmier responsable de soins généraux de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour eux, la décision prise par la ministre Valérie Glatigny de ne pas annuler les stages dans l’enseignement supérieur, malgré la crise sanitaire qui frappe notre pays, est inacceptable. Dans une circulaire envoyée le 18 mars 2020, le cabinet de la mandataire MR a motivé ce choix : « L’objectif prioritaire est la préservation de la santé publique et la délivrance de soins aux patients. Les services de santé et d’aides aux personnes requièrent un renforcement de leurs effectifs ».

Face au maintien des stages, le collectif des étudiants infirmiers a réalisé un sondage auprès des principaux concernés, du 17 mars au 19 mars. Plus de 300 personnes ont participé à cette enquête lancée sur les réseaux sociaux, dont 98,5% d’étudiants infirmiers. « Dans une question visant à faire le point sur la rupture de stock ou l’inaccessibilité du matériel pour les étudiants, risquant de mettre la santé du patient et/ou du soignant en jeu, 63,5 % des étudiants estiment ne pas bénéficier d’un encadrement suffisant en stage, 66,8% n’ont pas accès à des masques (de tous types) et 44,8 % n’ont pas accès à des sur-blouses de protection », dévoilent Les Etudiant.e.s Infis en ARCA.

Seuls face à des situations qu’ils ne maîtrisent pas encore

Pour les Etudiant.e.s Infis en ARCA, « le maintien des stages infirmiers ne répond pas à un objectif de préservation de la santé publique et de délivrance des soins aux patients. » Pourquoi ? Car, tout d’abord, la répartition des stagiaires n’aurait pas été pensée pour répondre aux besoins liés à la crise actuelle. « Certains étudiants sont en stage dans des lieux « vidés » suite à l’épidémie. D’autres sont en stage sur des lieux qui ne peuvent plus les encadrer et refusent donc de les accueillir », poursuit le collectif. Il pointe également une autre problématique : « Les étudiants ne sont souvent pas encadrés adéquatement dans l’exécution des soins En effet, d’une part certains services sont soumis à une telle tension qu’ils n’ont plus la possibilité d’encadrer adéquatement les étudiants, et d’autre part, afin de limiter la propagation du virus, les Maîtres de Formation Pratique ne peuvent plus se rendre sur les lieux de stage des étudiants afin de les superviser au chevet des patients. Ainsi, les étudiants se trouvent seuls face à des situations qu’ils ne maîtrisent pas encore. De telles situation mettent gravement en danger la santé des patients. »

Ces étudiants infirmiers craignent aussi de favoriser la propagation du coronavirus : « Dans de nombreux cas, les étudiants en stage ne se voient fournir ni le matériel, ni les informations qui devraient leur permettre d’éviter de devenir eux-mêmes vecteurs. Soulignons en outre que les étudiants infirmiers changent de lieu de stage en moyenne toutes les quatre semaines. On peut s’interroger sur l’impact de ce type de turn-over sur la propagation du virus. »

Du volontariat mais pas n’importe comment

Encadrement défaillant voire inexistant, confrontation brutale avec la réalité du terrain, désenchantement. Les étudiants en soins infirmiers avaient dénoncé ces problématiques avant la pandémie. Pour le collectif, elles ne seront qu’exacerbées dans le contexte actuel particulièrement tendu. Face à ces constats plus qu’alarmants, le collectif, soutenu par la Fédération des Etudiant.e.s Francophones, réclame donc la suspension immédiate des stages et ce jusqu’à nouvel ordre afin de protéger tant les étudiants que les patients. « Les étudiants ne peuvent être pénalisés pour cette suspension », rajoute-t-il. Et de proposer une alternative : « Il est nécessaire de mettre en place un dispositif efficace permettant aux nombreux étudiants qui le souhaitent de se porter volontaires afin d’aider les institutions de soins à faire face à la crise. »

Pour les étudiants infirmiers, l’organisation d’un système de volontariat permettra de diriger les étudiants vers des services qui ont effectivement besoin d’eux. Les services pour qui l’encadrement des étudiants constitue à l’heure actuelle une charge de travail supplémentaire n’en accueilleraient plus. Le collectif avance un autre argument : « Un système de volontariat permet de diriger les étudiants vers des tâches qui correspondent à leur niveau de compétence Dans le cadre de l’organisation d’un système de volontariat, l’étudiant indiquerait lors de son inscription quelles sont ses compétences, et quels sont les lieux de stage où il a déjà acquis de l’expérience. Dans un tel système, les étudiants pourraient travailler en relative autonomie sans mettre en danger la santé des patients. Nous soulignons qu’un minimum d’encadrement assuré par l’équipe, adapté au niveau de compétence de chaque étudiant, reste nécessaire. »

Mais pour se faire, ces bénévoles doivent bénéficier de mesures de protection efficaces sur le terrain. « Ils doivent pouvoir avoir accès au même matériel de protection, aux mêmes informations et formations que le personnel de l’institution accueillante, ce afin de protéger les étudiants eux-mêmes, mais aussi d’éviter qu’ils ne deviennent vecteurs de transmission du virus ou d’autres agents pathogènes », notent Les Etudiant.e.s Infis en ARCA. Et de marteler : « Les étudiants infirmiers ne constituent pas un pool de main d’œuvre gratuite qu’on pourrait contraindre au travail lorsqu’on en a besoin. Une telle démarche est en effet inacceptable du point de vue éthique, pédagogique et de celui de la sécurité des patients ainsi que celle des étudiants. »

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