La formation continue du personnel des IPPJ, un enjeu majeur !

La formation continue du personnel des IPPJ, un enjeu majeur !

Radicalisation violente, délits sexuels, mineurs étrangers non accompagnés ou encore analphabétisme : les jeunes accueillis en IPPJ présentent des parcours de vie de plus en plus complexes. La formation du personnel et son accompagnement sont donc des enjeux majeurs en Fédération Wallonie-Bruxelles … Pour faire face correctement à ces profils aussi multiples, une série de formations sont proposés aux professionnels des institutions publiques de protection de la jeunesse. Explications.

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Les professionnels qui œuvrent en IPPJ sont-ils correctement formés pour faire face à la diversité des situations rencontrées sur le terrain ? Ont-ils toutes les cartes en main pour accompagner sereinement, par exemple, des jeunes radicalisés ou ayant commis des délits sexuels, des mineurs étrangers non accompagnés (MENA) ou bien encore des analphabètes ? Ces questions fondamentales ont été abordées en commission du parlement de la Communauté française par trois députés. Se présentant comme des porte-voix du terrain, ils ont énuméré les difficultés rencontrées actuellement par le secteur ainsi que ses besoins plus ou moins urgents.

« La Déclaration de politique communautaire précise que le gouvernement renforcera la formation continue du personnel des IPPJ, notamment en ce qui concerne la détection des comportements liés à la radicalisation violente, aux assuétudes et au risque de suicide », a rappelé la parlementaire MR Stéphanie Cortisse. « Cet objectif est essentiel et j’y souscris pleinement, d’autant plus que je me rends compte lors de mes visites sur le terrain que le personnel des IPPJ dispose actuellement d’une formation bien étoffée, mais qu’il doit faire face à des cas complexes nécessitant parfois un outillage adapté. » Le socialiste Thierry Witsel a, de son côté, pointé que « travailler efficacement et dans un délai réduit – de trois à neuf mois seulement – demande un outillage adéquat. » Et de rajouter : « S’agissant de problèmes aussi variés que des troubles psychologiques, des comportements violents ou liés à la radicalisation, il importe de pouvoir donner les meilleures réponses, de manière ciblée. Dès lors, il serait bien utile de pouvoir affiner les formations proposées au personnel. »

Alda Greoli (cdH) a également mis le doigt sur une autre problématique frappant les IPPJ : « La difficulté et les exigences du travail en IPPJ entraînent un renouvellement du personnel, en particulier du personnel d’encadrement, ce qui n’aide pas à l’accompagnement des collaborateurs dans la durée. »

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Réforme des projets éducatifs

Dans sa réponse formulée aux trois députés, Valérie Glatigny, ministre en charge notamment de l’Aide à la jeunesse, a tout d’abord rappelé que l’ancien gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait lancé la réforme des projets éducatifs des IPPJ.

« Cette réforme, dont la mise en œuvre est prévue au 1er janvier 2021, prévoit que l’offre de prise en charge des jeunes en IPPJ sera répartie selon trois types d’unités : les unités de diagnostic, les unités d’éducation et les unités d’intermède », a-t-elle détaillé. Pour mettre en place un continuum éducatif, une série de formations ont, dans ce cadre, été mises en place afin d’outiller les travailleurs. Elle a rajouté : « Un outil de diagnostic a été mis au point en collaboration avec l’Université de Liège ; il permettra de proposer au jeune l’orientation la plus adéquate. Une formation sur cet outil a été dispensée au personnel des futures unités de diagnostic ainsi qu’aux psychologues des équipes mobiles d’accompagnement, qui effectuent également une mission « diagnostic » en ambulatoire. Le suivi de cette formation et la supervision des équipes sont toujours en cours. » Dans ce volet, notons encore qu’une formation au suivi des plans d’intervention réalisés en unité de diagnostic vient de commencer. De plus, une formation aux outils d’intervention, centrée sur les forces et les ressources des jeunes, est programmée dès le mois d’avril de cette année.

Les unités d’intermède ne sont pas oubliées non plus. « Un marché public relatif à une formation en gestion de conflits et processus de médiation sera lancé prochainement », annonce la mandataire. En parallèle de ces formations qui accompagnent la réforme, trois modules obligatoires sont organisés. Leurs thématiques ? La psychologie de la délinquance juvénile, la gestion de l’agressivité verbale et physique et finalement la gestion des sanctions et punitions. « D’autres formations thématiques, relatives par exemple aux abus sexuels ou encore aux assuétudes, sont régulièrement proposées aux membres du personnel des IPPJ et organisées en fonction des besoins. À la demande du personnel, un nouveau groupe de formation sur la prévention du suicide a été créé à la fin de l’année 2019. »

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« Il faudra renforcer les moyens »

La ministre a poursuivi son intervention en se penchant sur la thématique des mineurs étrangers non accompagnés. Selon elle, chaque année, des travailleurs d’IPPJ bénéficient de la formation de trois journées sur les MENA, organisée par l’association Jeunesse et Droit ASBL. Dans ce dossier, elle a aussi annoncé travailler main dans la main avec la ministre chargée de l’Enseignement. Elles envisagent, en effet, de donner aux formateurs engagés au sein des IPPJ l’accès à la formation au dispositif d’accueil et de scolarisation de primo-arrivants et à la formation au français langue étrangère.

Finalement, elle a abordé la question du radicalisme. « Plusieurs formations relatives à la problématique ont déjà été organisées à l’attention de l’ensemble du personnel des IPPJ. Certains colloques, formations, ou journées d’étude ont été réalisés en collaboration avec le Centre de ressource et d’appui (CREA) du Réseau de prise en charge des extrémismes et des radicalismes violents. Mon administration, dans un objectif préventif et en collaboration avec le CREA, centre donc son action sur des formations et des animations liées à cette problématique. Une formation destinée au personnel des IPPJ et portant sur la nouvelle réglementation reste à prévoir. »

En guise de conclusion, Valérie Glatigny a insisté sur le fait que la formation des agents des IPPJ était essentielle pour réaliser une prise en charge optimale des jeunes. « Elle nécessite des moyens suffisants, qu’il serait probablement utile de renforcer, compte tenu des nécessités engendrées par l’application du décret du 18 janvier 2018 portant le code de la prévention, de l’Aide à la jeunesse et de la protection de la Jeunesse et de ses arrêtés d’application », a-t-elle annoncé. « Le gouvernement étudiera cette question en temps voulu. »

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