"Stop ! Ces deux cas psychiatriques n’ont pas leur place en IPPJ !"

Ce jeudi matin, les travailleurs de l’IPPJ de Wautier-Braine ont débuté un arrêt de travail de 24 heures. Ils ont ainsi protesté contre la présence de deux jeunes présentant des troubles comportementaux sévères. « Le personnel n’est absolument pas formé pour prendre en charge des cas psychiatriques ou des handicapés profonds », dénonce Stéphane Streel, Secrétaire fédéral de la CGSP Amio. Souci et de taille : les institutions publiques de protection de la jeunesse sont de plus en plus confrontées à cette situation invivable... pour tout le monde !

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« En théorie, les IPPJ ont pour vocation d’accueillir des jeunes qui ont commis des faits qualifiés infraction, soit les fameux FQI. Les jeunes présentant des troubles comportementaux sévères et/ou des handicaps profonds n’y ont absolument pas leur place... Ils doivent être encadrés et accompagnés au sein d’institutions spécialisées, accueillant du personnel formé à cet effet. Pourtant, dans les faits, la situation est bien différente ! Sur le terrain, les IPPJ accueillent de plus en plus des cas psychiatriques très lourds », alerte Stéphane Streel, Secrétaire fédéral de la CGSP Amio.

Des travailleurs complètement démunis…

Cette situation pour le moins interpellante a poussé les travailleurs de l’institution de Wautier-Braine à observer un arrêt de travail de 24 heures, de ce jeudi 22 août dès 6 heures au vendredi 23 août à 6 heures. « Actuellement, l’endroit accueille une section de dix jeunes dont deux cas psychiatriques. Un de ces jeunes a un quotient intellectuel des plus bas. L’autre est sourd et est incapable de parler. Et, malheureusement, comme dans beaucoup de cas de déficience intellectuelle, il lui arrive d’avoir des comportements déplacés. Le personnel de l’IPPJ n’est absolument pas formé pour prendre en charge ces deux jeunes », s’insurge avec force le syndicaliste. Ce public très fragilisé et complexe à appréhender est un vrai casse-tête pour les professionnels du secteur… Comment réaliser correctement leurs missions ? Bonne question !

« Les membres du personnel sont complètement démunis », poursuit-il. « Ils sont incapables de réaliser une quelconque activité avec ces jeunes. Or, leur travail est d’encadrer du matin au soir les jeunes hébergés dans l’institution en leur proposant des projets. Comme ils ne peuvent pas réaliser ces missions avec les deux jeunes problématiques, ces derniers restent quasiment tout le temps dans leur chambre ! » Et, quand les travailleurs tentent de les intégrer dans les activités collectives, c’est une catastrophe. Leur présence a un impact négatif sur l’ensemble du groupe, ce qui a pour risque de mettre en échec le travail réalisé avec les autres résidents.

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Un mouvement largement suivi

Comme expliqué, le cas observé à Wautier-Braine n’est pas isolé. Ce phénomène prend de l’ampleur au sein des différentes IPPJ. « Nous avons été confrontés à un fait similaire à Fraipont en juillet. Cette situation avait déjà provoqué un préavis. Il est donc grand temps de prendre ce problème à bras-le-corps », martèle Stéphane Streel.

Et de rajouter : « À Wautier-Braine, nous avons pris la décision de déposer un préavis de grève il y a quinze jours. Nous n’avons eu aucune réaction de la part de l’administration. Nous avons alors fait un arrêt de travail d’une heure la semaine dernière. Comme aucune concertation n’est née de cette action, nous avons décidé mardi midi, en assemblée générale, de procéder à 24 heures d’arrêt de travail dès ce jeudi, à 6 heures. » Ce jeudi matin, six éducateurs seulement sont rentrés dans le bâtiment pour assurer leur service. Normalement, en journée, les lieux accueillent 70 travailleurs. Le mouvement de protestation a donc été largement suivi. Les membres du personnel se sont relayés toute la journée au piquet de grève.

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Le personnel en sous-effectif

« Le nouveau code prévoit de régler cette problématique de plus en plus présente au sein des IPPJ de la Communauté Française. Souci et de taille : rien n’a encore été fait dans ce sens. Aucune mesure n’a encore été concrétisée, ce que nous déplorons. » La revendication des travailleurs de l’IPPJ est claire : ils réclament que les deux jeunes quittent au plus vite les lieux afin d’être transférés dans une institution spécialisée. Ils attendent donc une écoute favorable de l’administration.

De façon globale, la situation dans les IPPJ est loin d’être rose. « C’est le service public… Quand un agent quitte son poste, à la pension, après une procédure disciplinaire ou bien par choix personnel, son remplacement prend des mois, ce qui n’est pas tenable. Les travailleurs sont dans une souffrance régulière car en sous-effectif », conclut le Secrétaire fédéral de la CGSP Amio. « Le travail mené en IPPJ n’est pas le même que celui mené dans les prisons. En IPPJ, le personnel travaille avec les jeunes toute la journée. En prison, les détenus sortent quelques heures seulement de leur cellule. L’accompagnement mené en IPPJ est essentiel pour que les mineurs puissent reprendre le droit chemin après leur sortie. Si les travailleurs sont en sous-effectif comment peuvent-ils assurer correctement ces missions essentielles ? Comment ? »

E.V.

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