Polémique des chargés de prévention : Madrane répond aux critiques

Polémique des chargés de prévention: Madrane répond aux critiques

La généreuse rémunération des chargés de prévention fait grincer des dents dans le secteur de l’aide à la jeunesse, dévoile le média Alter Echos. Ces tout nouveaux fonctionnaires vont toucher un salaire mensuel estimé entre 3.200 à 4.000 euros net mais auront aussi droit à une prime mensuelle de 400 euros ainsi qu’à une indemnité kilométrique. « C’est beaucoup trop », s’élèvent plusieurs voix ! Autre objet de contrariété : deux des six chargés de prévention, fraîchement engagés, sont issus du cabinet du ministre... Parachutage ? Ces critiques, Rachid Madrane les balaye d’un revers de la main.

Les chargés de prévention sont nés de la volonté de Rachid Madrane, ministre sortant de l’Aide à la jeunesse à la Fédération Wallonie-Bruxelles de consacrer une place de choix et à part entière à la prévention dans son flambant neuf code. Et, le moins que l’on puisse dire c’est que l’arrivée de ces nouveaux fonctionnaires ne se fait pas en toute sérénité. À peine désignés, ils se retrouvent déjà plongés au cœur d’une controverse. L’article « Très chers chargés de prévention », réalisé par Alter Echos, dévoile en effet l’agacement de certains acteurs du secteur à leur égard. Rémunération excessive, parachutage d’anciens membres du cabinet Madrane : voici en substance leurs griefs. La réponse du principal intéressé ? La contre-attaque bien évidemment. Avec aplomb, Rachid Madrane répond une à une aux critiques.

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Une prime perçue par d’autres professionnels

Comme expliqué, la rémunération attrayante des chargés de prévention fait l’objet de vives critiques. Le profil de fonction fait état de l’échelle barémique 120/2. Le salaire net mensuel de ces travailleurs oscillera donc entre 3.200 à 4.000 euros. À cette somme, il conviendra de rajouter une allocation de 6.110 euros, brut non indexée, octroyée sur base annuelle. Les agents de prévention toucheront concrètement une prime de 400 euros par mois. Finalement, les fonctionnaires bénéficieront d’une indemnité kilométrique de 0,35 euro. Une belle, très belle rémunération qui est perçue, chez plusieurs conseillers et directeurs de l’aide à la jeunesse, comme un manque de reconnaissance de la pénibilité de leur travail. « Il va exister une inégalité de traitement », s’est insurgé un conseiller de l’aide à la jeunesse, dans les colonnes d’Alter Echos. « Ce nouveau job sera le mieux payé du secteur. »

« L’échelle barémique 120/2 est la même pour les conseillers et les directeurs. D’ailleurs, c’est une échelle de traitement fixée conformément aux dispositions du point 5 de l’échelle de promotion, qui est reprise dans une annexe du gouvernement du 22 juillet 1996. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, c’est la fonction publique », riposte Rachid Madrane. Mais comment justifier cette allocation de 6.110 euros ? Cette prime qui s’élèvera à 400 euros par mois passe mal chez certains acteurs de terrain...

« Non, ce nouveau job ne sera pas le mieux payé du secteur », répond le politique. « En effet, les conseillers et les directeurs qui vont organiser la coordination des gardes dans leur arrondissement recevront également cette prime. C’est une nouvelle mission lancée à titre expérimental. Deux directeurs ont été désignés et commenceront dès le premier septembre. L’idée est qu’en 2020, on puisse généraliser cette garde à tous les arrondissements. Cela va concerner 60 conseillers et directeurs à terme qui toucheront dès lors la même prime que les chargés de prévention. Et ce n’est pas tout : actuellement, les directeurs d’IPPJ bénéficient déjà de cet apport financier. Pourquoi ? Car ils doivent réaliser, en dehors des heures, certaines missions. Les directeurs d’IPPJ sont de garde à tour de rôle. Cela justifie la pénibilité. »

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Un boulot pénible ? Vraiment ?

Certes. Mais les missions que devront endosser les chargés de prévention justifieront-elles vraiment une prime de pénibilité ? En quoi leurs fonctions seront-elles inconfortables à mener au quotidien ? « Ils ne vont pas uniquement réaliser des diagnostics sociaux. Par exemple, ils vont devoir aller dans tous les conseils communaux afin de rencontrer les collèges et les échevins. Ils vont aussi devoir rentrer en contact avec les associations locales, avec les acteurs de la cohésion sociale... » Si on en croit le ministre, les chargés de prévention seront donc amenés à être sur le terrain le weekend ou en soirée afin de prendre part à une série de réunions et à des événements organisés par les associations et les AMO de leur arrondissement. « Le travail de terrain est au cœur de leur fonction », assure-t-il. « Nous attendons des chargés de prévention qu’ils effectuent du maillage pour la prévention intersectorielle. Ils seront amenés à prendre part à des réunions diverses, à rencontrer des gens issus de domaines différents et partout sur l’arrondissement : les pouvoirs locaux, les CPAS, l’école, l’ONE, l’insertion socio-professionnelle… Bref, l’ensemble des départements qui peuvent venir en aide à un jeune qui en a besoin. Tout cela fera qu’ils travailleront en dehors des heures de bureau. »

Le cabinet Madrane se défend aussi d’avoir eu une influence sur le choix du montant de la fameuse prime. Il rappelle que cette somme ne peut pas être fixée selon son bon vouloir. Il a ainsi fallu se référer à la prime de base pour l’aide à la jeunesse fixée dans un arrêté. « L’administration gère la rémunération. Et c’est toujours en référence aux barèmes de la fonction publique, établis dans un arrêté. Idem pour les primes. Et tout cela est discuté au sein du secteur 17, la commission paritaire du secteur public », résume Alberto Mulas, directeur du cabinet adjoint. « Cela veut dire que la rémunération des chargés de prévention a été discutée avec tous les acteurs dont les syndicats. Le profil de fonction a bien évidemment dû être validé à divers échelons. Donc, croire qu’on a fait ça en secret dans un coin et que c’est le ministre qui a tout traficoté et qui a donné le super-barème à ces travailleurs : c’est techniquement impossible. » Rachid Madrane renchérit : «  Les chargés de prévention ne bénéficient d’aucun avantage particulier par rapport aux autres. Aucun. Ils touchent une indemnité kilométrique ? Comme tous les agents de la Communauté française ! »

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Hasard du calendrier ou bien parachutage ?

Les six chargés de prévention viennent d’être désignés à l’issue de la procédure de recrutement. Parmi les six lauréats, on retrouve deux membres du cabinet Madrane. Une situation qui en a fait bondir plus d’un dans le secteur… D’autant plus que ces engagements interviennent dans un timing pour le moins particulier : la fin de la législature ! En cette période incertaine pour l’avenir des cabinets, recaser d’anciens collaborateurs est une pratique ô combien connue. Une question légitime est donc sur le bord de nombreuses lèvres : simple hasard du calendrier ou parachutage en bonne et due forme ? « C’est un vrai procès d’intention à l’égard des chargés de prévention », s’insurge Rachid Madrane.

Et de développer : « Nous faisons face à un dénigrement de la fonction. Vous savez, tout a été fait dans les règles, dans la plus grande transparence. C’est la fonction publique qui gère les recrutements. En Communauté française, toutes les personnes qui sont dans les conditions reçoivent un mail ou un courrier en interne. Puis, si le cadre n’est pas rempli, le recrutement est ouvert à l’externe. Tous les candidats ont été soumis aux mêmes examens de compétences. Malgré l’appel interne puis externe, nous avons eu seulement six candidats qui ont finalement tous été engagés. Et oui deux viennent de chez moi mais ont surtout une grosse expérience. » Il se fait qu’avant d’intégrer le cabinet, Philippon Toussaint et Solayman Laqdim ont en effet travaillé de longues années dans l’aide à la jeunesse. Un a une expérience de trente ans dans la prévention ; l’autre a été directeur-adjoint du SPJ de Liège. Reste le choix de calendrier… Le moment est bien choisi pour ceux qui veulent s’assurer un emploi en cette période de redistribution des cartes politiques. « On ne débute pas une procédure de recrutement du jour au lendemain. Elle se prépare six mois à l’avance ! C’est un hasard du calendrier. Le recrutement des chargés de prévention aurait très bien pu être fait bien après nous. Ou avant les élections. »

Rachid Madrane en est certain : les critiques émises à l’égard de ses chargés de prévention sont le reflet d’un certain conservatisme observé dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Pour lui, certains acteurs de terrain sont de farouches opposants à la prévention et cette levée de boucliers a frappé de plein fouet les chargés de prévention. « Je suis confronté à deux types de travailleurs dans le secteur. Ceux qui considèrent que la prévention générale, mandatée ou non, est un des vecteurs de l’aide à la jeunesse. Qu’elle peut éviter une série de problèmes. Et d’autres qui disent qu’il faut se concentrer uniquement sur le résidentiel. Il y a deux options. Il y a aussi des conservateurs dans ce milieu... Mais, ce n’est pas mon option depuis le début », martèle le ministre. « Moi, je veux rendre ses lettres de noblesse à la prévention. Et, les chargés de prévention en seront des acteurs incontournables. Ils ne seront pas là pour faire de la figuration. Cela, je peux vous l’assurer. »

E.V.

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