Mardi des blouses blanches : le cri noir du service hospitalier

Mardi des blouses blanches: le cri noir du service hospitalier

Le personnel de santé est soumis à de nombreuses contraintes, charges et pressions en plus de celles qui pèsent déjà sur eux du fait de leur travail. " Flexibilité, polyvalence, augmentation de la charge de travail, réforme des professions, réseaux hospitaliers..." autant de maux symptomatiques des logiques sociétales. Un paradoxe lorsqu’on parle d’un corps de métier affilié à la santé et ne devant donc pas être soumis à outrance aux logiques financières. Lundi, le personnel de 11 hôpitaux publics de Bruxelles était en grève. Mardi, la grande campagne de sensibilisation des blouses blanches débutait dans la région de Bruxelles ainsi qu’en Wallonie. En ce début de mois de juin, un vent de printemps blanc se fait sentir au loin.

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Ce début de semaine, il soufflait comme un vent de printemps blanc sur les hôpitaux de Bruxelles dont la brise s’était fait entendre dès le dimanche 2 juin. La grande campagne "Les mardis des Blouses Blanches" a démarré ce mardi 4 juin. Pour l’occasion, le Guide Social est allé sur le terrain, voir directement ces femmes et ces hommes sur leur lieu de travail et comprendre leurs revendications, leurs attentes, leurs craintes, mais aussi leurs espoirs. Nous avons voulu comprendre. Comprendre pourquoi le monde de la santé est en alerte. Pour y parvenir, nous nous sommes rendus à la clinique Saint Luc, à la rencontre des acteurs, du corps médical avec cette idée en tête, que la place du social et de la santé montre l’état d’un pays.

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A la rencontre des blouses blanches

Sur place, l’effervescence de la clinique Saint-Luc se fait déjà sentir alors qu’il n’est pas encore 10 heures. Et pourtant le personnel médical est calme, patient, même ceux qui courent dans les différentes artères du labyrinthe. Dans un local, Joseph Tirone, représentant syndical CNE nous attend avec plusieurs de ses collègues dont Didier radiologue et Fabienne une jeune infirmière. Ils portent tous un étrange brassard noir au bras et ils nous expliquent que celui-ci vient d’être distribué ce matin en guise de symbole. "La symbolique de ce brassard, c’est pour exprimer véritablement le blues noir des blouses blanches," nous rétorque alors Didier avec un lourd sourire qui en dit long. "Nous sommes sous pression de manière démesurée, et cela, depuis une trop longue période", continue-t-il. De là nous commençons l’échange et les premières raisons de cette action et de cette pression se font sentir.

Vient en premier lieu la logique de rentabilité au sein des hôpitaux. De nombreux lieux ont des problèmes de financement en raison des économies réalisées depuis 5 ans notamment dans le domaine de la santé. Ces problèmes financiers se répercutent alors sur la masse salariale : " Cela a un impact sur notre quotidien et la direction doit donc réorienter, en fonction des secteurs et des besoins, la masse salariale. Cela touche tout le corps social de l’hôpital, des médecins aux techniciens de propreté en passant par les infirmières. Les mesures prises par Maggie De Block sont loin des réalités. Aujourd’hui une infirmière qui sort de l’école avec des idéaux et une envie très haute de faire les choses bien se rend très vite compte que cela ne fonctionnera pas comme ça. Ces professionnelles comme l’ensemble du corps hospitalier ont l’impression d’être des techniciens et ne sont donc plus dans la relation humaine et sociale", nous signale Didier.

De son côté, Fabienne, l’infirmière présente, nous parle de l’augmentation de la charge de travail ainsi que des cadences qui découlent directement de la logique de rentabilité imposée : " Moi ça fait 13 ans que je travaille, j’ai bien vu l’évolution de mon métier. Aujourd’hui on est juste là pour les soins, on n’a pas la possibilité d’accorder le temps nécessaire aux personnes hospitalisées. On fait nos soins les uns après les autres à la chaîne et le côté humain, ben, il n’est plus présent. "

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Les infirmières, maillon essentiel pourtant délaissé

Ils nous proposent après cet échange d’aller voir d’autres services de l’hôpital pour que nous puissions constater comment fonctionnent les différents métiers, voir la pression et le nombre de patients qu’il y a par service pour constater la frénésie qui en découle. Nous rencontrons alors Laurence Hody (tout à droite sur la photo) et Nolwenn Le Bonzec, deux infirmières qui prennent quelques minutes pour nous raconter à leur tour leurs réalités ainsi que les différentes frustrations et peines qu’elles souhaitent exprimer au travers de ce mouvement des blouses blanches.

" Vous voyez là dans l’équipe, il y a au 3/4 d’intérimaires", lance Laurence. En une phrase, elle vient de nous résumer une grande partie du mal-être de sa profession. Mais, pourquoi il y a autant d’intérimaires ? "C’est une situation qui se vit dans beaucoup d’unités de soins. Les soignants tombent en burn-out et donc se retrouvent dans l’incapacité de venir travailler ou diminuent leur temps de travail ou arrêtent tout simplement, on arrive à cette situation. On forme de nouvelles infirmières qui n’y arrivent plus sur le terrain, car elles n’y retrouvent pas leurs idéaux et leurs attentes."

Laurence explique ensuite la réalité d’une journée sur le terrain d’une infirmière : "On fait un point le matin et ensuite, on commence notre tournée. En Belgique, une infirmière doit gérer 8 à 10 patients alors qu’en Norvège par exemple, le nombre est de 4. Lorsqu’on fait ce métier, c’est aussi apporter du réconfort aux personnes, un côté humain qui ne peut plus être là avec nos journées. On est un flipper, on va à droite à gauche. L’autre chose qui est de plus en plus mal vécue, c’est la lourdeur administrative. C’est important, mais là ça devient aliénant : je vais aider un patient pour aller aux toilettes, on doit dire combien on est, le niveau d’aide. Donc là aussi encore ça rajoute une charge et du temps qu’on n’a pas".

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Le secteur en perte de sens et de repères

Après avoir passé quelques heures seulement auprès des acteurs du corps hospitalier, nous avons constaté le profond malaise de ces travailleurs et pourquoi, dans un étouffant cri noir, ils appellent à l’aide. Ce n’est pas seulement une question de lutte, de bataille ou le trop-plein d’une profession, d’un corps de métier. Ce "printemps blanc", cette initiative des blouses blanches révèle les dessous et les symptômes de la santé. De la place que la société réserve à la santé. Rentabiliser le secteur de la santé en diminuant les moyens, la masse salariale alors même que la demande de soins reste constante voir plus élevée d’année en année conduit inévitablement à ce malaise. Il est problématique et inquiétant de constater que le corps hospitalier qui s’occupe de notre santé voit en premier sa propre santé physique et mentale diminuer.

"Cela fait trente ans que je bosse, on a toujours eu énormément de travail mais on arrivait à avoir ce sentiment de sens et de travail bien fait. Maintenant les restrictions budgétaires sont impactées sur la masse salariale et c’est donc l’ensemble des métiers autour des infirmières qui se trouvent toucher ", conclut Laurence Hody. "Les procédures sont importantes et primordiales, mais comment faire lorsqu’on a 10 patients en même temps ? Comment on fait ? J’ai l’impression que la santé se Trumpise. Mais le véritable malaise de la profession pour moi, c’est la perte de sens qu’on éprouve au quotidien."

B.T.

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