Santé à Bruxelles : "Faire des ponts entre les acteurs de terrain" (VIDEO)

Santé à Bruxelles:

À la veille du scrutin du 26 mai, l’heure est au bilan. Le Guide Social a donc mis sur le gril plusieurs mandataires politiques. C’est au tour de Cécile Jodogne, ministre de la santé au sein du Gouvernement francophone bruxellois. Dans cette première partie, l’élue revient sur l’élaboration et l’entrée en vigueur du premier Plan de promotion de la santé bruxellois.


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Guide Social : Impossible de réaliser votre bilan à la Cocof sans évoquer votre plan de promotion de la santé…

Cécile Jodogne : Ma prise de mandat en juillet 2014 a coïncidé avec l’entrée en vigueur de la sixième réforme de l’Etat. Un volet concernait le transfert de toutes les compétences de promotion de la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la Cocof. Il a donc fallu très vite s’attaquer à un travail législatif. Le plan de promotion de la santé a été en fait la seconde étape de ce travail. La première a été de réaliser le décret et donc de poser le cadre législatif… Cela a nécessité de s’informer, de rencontrer des acteurs, de faire aussi le bilan de ce qui se faisait en Communauté française. Très vite, nous avons estimé que ce transfert de compétences allait nous permettre d’établir un plan et des politiques répondant spécifiquement aux enjeux bruxellois. Quand cette compétence était gérée par la Communauté française, les mesures prises répondaient à l’ensemble des enjeux de la zone. Et on sait très bien qu’ils ne sont pas les mêmes dans une grande ville ou dans un village. Les besoins de Bruxelles, liés à son internationalisation et sa précarité, ressemblent plus à ceux de Paris ou Amsterdam. Il y avait aussi un autre enjeu : la réduction des inégalités d’accès aux soins.

"Deux associations travaillaient à peu près sur les mêmes priorités et cela parfois avec de la concurrence"

G.S. : Vous vous étiez aussi fixé une troisième mission : la mise en place d’une structure à la fois souple et stable pour les associations. Pourquoi cette mesure était-elle si importante pour vous ?

C.J. : Identifier correctement le rôle de chacun des acteurs de terrain et permettre de faire des ponts étaient pour moi incontournables. Au début de mon mandat, un constat m’a frappé : parfois deux associations travaillaient à peu près sur les mêmes priorités, à peu près avec les mêmes publics et tout cela parfois avec de la concurrence. Cette situation engendrait une perte d’efficacité pour les bénéficiaires. Pour moi, il fallait donc un cadre qui donne de la stabilité, qui soit clair, où les missions des acteurs étaient correctement définies. Mais tout cela avec une certaine souplesse et des ponts.

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G.S. : Le décret prévoit donc la mise en place d’un plan en promotion de la santé à établir par l’administration et à faire approuver par le Gouvernement. La transversalité en est le maître-mot.

C.J. : Ce plan comporte trois objectifs transversaux. Il y a d’abord la volonté de favoriser la transversalité des accompagnements. Les acteurs de terrain doivent échanger les bonnes pratiques pour augmenter la qualité des interventions. Cette démarche est encadrée par le service d’accompagnement et les services de support. Ils sont là pour œuvrer à améliorer toujours plus la qualité des interventions. L’objectif est aussi de réduire les inégalités de santé basées sur le genre et d’avoir la santé dans toutes les politiques. Le plan prévoit des lieux de concertation et a agréé aussi quatre réseaux. Le but est de décloisonner.

"Pourquoi, au lieu de vouloir aller chercher un subside Cocom, ne pas trouver un partenaire Cocom ?"

G.S. : Pourtant, sur le terrain, tout n’est pas rose. Certains acteurs du secteur estiment que la mise en pratique de la transversalité ne se fait pas sans difficultés…

C.J. : Je pense qu’on a vraiment montré notre volonté de transversalité. Intra Cocof, les synergies et les collaborations sont multiples même avec tout le secteur social. Le plan santé et le décret ambulatoire n’ont fait que renforcer cette situation. Extra Cocof, le travail a déjà commencé. Que ce soit en Cocom et en Cocof, des outils de concertations et de collaborations ont vu le jour. La Cocof n’a pas décidé de lancer son propre observatoire ou bureau d’analyse des évolutions sociales. L’Observatoire de la Santé et du Social est valable en Cocof et en Cocom. Au niveau du plan santé Cocom, mon cabinet mais aussi des associations relevant de la Cocof ont participé à des groupes de travail dans le cadre de l’élaboration de ce plan. Donc cette volonté de projets communs existe. C’est vrai, qu’au niveau du financement, il y a encore des difficultés mais franchement est-ce le principal ? Pour les associations qui souhaitent toucher une thématique de la Cocom, pourquoi, au lieu de vouloir aller chercher un subside Cocom, ne pas trouver un partenaire Cocom pour mener un projet main dans la main ?

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G.S. : Le plan de promotion de la santé a une durée de cinq ans. Cela correspond à la durée de la mandature. Pourquoi avoir opté pour cette temporalité ?

C.J. : Car je pense que les choses évoluent et qu’il ne faut pas figer un plan. Il y a donc l’idée qu’à chaque mandature on peut se reposer des questions. De plus, l’administration est amenée à évaluer et à faire des propositions six mois avant la fin de la législature. Cette analyse est là pour nourrir l’équipe suivante. Il peut arriver que les dix priorités fixées dans le plan ne soient plus les mêmes lors du lancement d’une nouvelle législature. Un nouvel enjeu pour apparaître, un autre peut disparaître si on a atteint des objectifs. Je voulais aussi favoriser une souplesse vis-à-vis des acteurs de terrain. Un appel à projets a été envoyé aux acteurs de terrain pour désigner des porteurs de projet pour une durée de trois ans prolongeables à cinq ans, après évaluation. Nous sortons donc du renouvellement annuel mais on ne rentre pas non plus dans des agréments à durée indéterminée. Ce système renforce les évaluations régulières ce qui permet de pouvoir réorienter des projets, le cas échéant.

"M’assurer que l’argent qu’on pouvait injecter dans le secteur allait bénéficier au plus grand nombre"

G.S. : Pour vous, certaines associations restaient bloquées dans un projet sans se remettre en question, sans évaluer s’il était toujours pertinent à mener ?

C.J. : Ce serait un peu prétentieux de me part que de dire qu’en quelques années j’ai connu et pu évaluer toutes les associations qui travaillent, par dizaines, dans le secteur. Mais, j’ai eu des échos qu’il y avait quelques associations qui voulaient absolument rester enfermées, cloisonnées, dans leur coin, sans vouloir travailler avec les autres. Or, la volonté est de mettre en place un système qui puisse permettre de faire ce travail de synergies et de complémentarité. Je souhaitais m’assurer que l’argent qu’on pouvait injecter dans le secteur allait vraiment bénéficier au plus grand nombre.

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G.S. : Le premier plan de promotion de la santé a été lancé en janvier 2018. Plus d’une année plus tard, quel est son premier bilan ?

C.J. : Il est très tôt pour effectuer un premier bilan. Tout ce que je peux dire, c’est que ces dernières semaines, les acteurs m’ont fait des retours plutôt positifs. Ils m’ont dit qu’ils avaient eu des inquiétudes au départ mais que beaucoup étaient parvenus à s’approprier cette structure qui au début pouvait sembler complexe. Maintenant, l’administration est en train de travailler sur la détermination des critères d’évaluation. Elle vient de rédiger un document cadre pour fixer les balises qui vont guider l’évaluation. L’administration est en train de recevoir les premiers rapports d’activités. C’était un enjeu terrible ce plan. En 2014, beaucoup me disaient que je n’arriverais jamais à faire le décret en cinq ans. Je suis donc très contente qu’on termine ici avec quasiment un an et demi de mise en œuvre.

E.V.

Retrouvez ce lundi 15 avril la deuxième partie de l’interview de Cécile Jodogne. Au menu : la santé mentale à Bruxelles. Pour patienter, retrouvez ses trois priorités en la matière pour la prochaine législature !



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