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L’Accueil Extrascolaire : un pilier invisible de l’enfance qu’on fragilise dangereusement

28/01/26
L'Accueil Extrascolaire : un pilier invisible de l'enfance qu'on fragilise dangereusement

En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Accueil Extrascolaire (AES) demeure trop souvent relégué à la marge des politiques publiques. Méconnu, sous-estimé, parfois réduit à une simple « solution de garde », il constitue pourtant un temps fondamental de la vie de l’enfant, un espace d’émancipation, d’éducation non formelle et de lien social, aujourd’hui gravement fragilisé par les restrictions budgétaires.

Un temps essentiel pour grandir

L’AES est un temps récréatif, de loisirs et de plaisir pour l’enfant. Un temps de jeu libre, où aucune performance n’est attendue, où l’enfant peut être pleinement lui-même. C’est aussi un temps d’éducation non formelle, durant lequel il apprend à entrer en relation avec les autres, à gérer ses émotions et ses conflits, à expérimenter le vivre-ensemble, accompagné par des professionnel·le·s disponibles, compétent·e·s et bienveillant·e·s.

L’accueil extrascolaire est un moment privilégié d’émancipation, un lieu de respiration entre la famille et l’école. Véritable troisième lieu de vie, il offre une continuité éducative précieuse et un espace sécurisant pour les enfants comme pour les parents. Il est aussi un lieu de rencontres, d’échanges et de soutien aux familles.

L’accueil extrascolaire doit être un lieu de rencontres, d’égalité des chances et de soutien aux familles. En effet, ce secteur est en permanence confronté à la vulnérabilité : celle des enfants, mais aussi celle des accueillant·e·s et animatrices·teurs — en grande majorité des femmes — qui exercent sous des statuts précaires, avec une reconnaissance professionnelle, sociale et économique insuffisante.

La continuité des pratiques : un besoin vital pour les enfants… et les parents

L’AES joue un rôle primordial dans le bien-être et le développement de l’enfant, notamment grâce à la continuité des pratiques éducatives. Pour un enfant, la répétition n’est pas une routine vide : c’est un point d’ancrage.

Les animateur·rices, présents de manière régulière, deviennent des figures de référence. Ils repèrent les besoins, reconnaissent les émotions, comprennent les habitudes de chaque enfant. Cette stabilité :

  • apaise les transitions (arrivées, départs, changements),
  • favorise l’autonomie,
  • renforce la sécurité affective,
  • soutient la confiance en soi.

Un enfant qui retrouve un·e animateur·rice qu’il connaît bien est un enfant qui se sent autorisé à grandir.

Cette continuité est tout aussi précieuse pour les parents. Elle crée un sentiment de sécurité et de cohérence éducative. Les familles trouvent dans les équipes :

  • des relais éducatifs stables,
  • des professionnel·le·s qui suivent l’évolution de leur enfant dans le temps,
  • des partenaires avec qui échanger et réfléchir.

Ce lien de proximité renforce la communication, apaise les inquiétudes et consolide le pont entre la maison, l’école et ce troisième lieu de vie qu’est l’AES.

Une identité propre, trop souvent niée

Comme le revendique la Plateforme associative de valorisation de l’accueil extrascolaire, l’AES a une identité propre.

  • Ce n’est pas de la garderie : on n’y « garde » pas les enfants, on les accompagne, on les écoute, on les soutient.
  • Ce n’est pas l’ATL, même s’il en fait partie : l’AES s’inscrit dans l’Accueil Temps Libre, aux côtés des écoles de devoirs et des centres de vacances, mais il vise un temps spécifique : l’accueil des enfants de 2,5 à 12 ans avant et après l’école ainsi que le mercredi après-midi.
  • Ce n’est pas l’école : c’est un temps distinct, mais complémentaire, libéré des logiques de performance et d’évaluation.

Une mobilisation collective pour rendre visible l’invisible

La création de la Plateforme associative de valorisation de l’accueil extrascolaire s’inscrit dans un contexte de profonde invisibilisation du secteur. La crise sanitaire de 2020 a brutalement mis en lumière ce manque de reconnaissance.

Dès juillet 2020, plusieurs organisations — la FILE, BADJE, les FPS, la FSMI, l’IBEFE Hainaut Sud, la plateforme des coordinateurs ATL, Prom’emploi, UNESSA et Vie Féminine — ont décidé de se rassembler pour donner une voix et une visibilité à ces professionnel·le·s de l’ombre.

Depuis 2022, la Plateforme porte notamment les journées ExtrasCOOL, organisées chaque 24 janvier :

  • 2022 : les enfants dessinaient leur accueil extrascolaire idéal ;
  • 2023 : les professionnel·le·s imaginaient leurs « arbres à souhaits » pour l’AES ;
  • 2024 : un livre d’or recueillait les témoignages et la reconnaissance des parents ;
  • 2025 : rendre visible l’invisible du travail éducatif à travers la documentation pédagogique — émotions, liens, accompagnement, conflits, transitions, écoute, disponibilité ;
  • 2026 : mettre en lumière la continuité des pratiques et l’accompagnement, en valorisant la présence constante des animateur·rices comme figures de référence pour les enfants et leurs familles.

Des constats alarmants, des choix politiques lourds de conséquences

L’asbl SORALIA a porté une des actions de la Plateforme au travers d’une étude sur les conditions de travail dans l’accueil extrascolaire. Celle-ci met en évidence :

  • la précarité des statuts,
  • la surcharge de travail,
  • le manque de reconnaissance institutionnelle,
  • l’épuisement des équipes, malgré un fort engagement et un profond sens du métier.

Aujourd’hui, dans un contexte de restrictions budgétaires qui touchent de nombreux secteurs sociaux, l’AES paie un lourd tribut. Des familles, contraintes financièrement, sont forcées de priver leurs enfants de cet espace de vie, pourtant bénéfique à leur équilibre, leur socialisation et leur bien-être.

Les conséquences sont claires : inégalités accrues entre enfants, pression renforcée sur les familles, fragilisation des professionnel·le·s et, à terme, un recul collectif en matière d’émancipation et de cohésion sociale.

Investir dans l’AES, c’est investir dans l’avenir

L’Accueil Extrascolaire n’est pas un luxe. C’est un service essentiel, un maillon fondamental de l’éducation et du vivre-ensemble. Le fragiliser, c’est affaiblir toute une chaîne : enfants, familles, professionnel·le·s, société.

Nous appelons les responsables politiques à reconnaître pleinement l’AES, à garantir son accessibilité pour toutes les familles, à améliorer les conditions de travail de celles et ceux qui le font vivre au quotidien.

Marie-Emilie Tylleman & Géraldine Legrand
Pour la Plateforme Extrascool


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