Les psychomotriciens sont toujours là. Courage ou passion ?

Les psychomotriciens sont toujours là. Courage ou passion ?

Psychomotriciens francophones de Belgique, vous êtes toujours là ! Comment résistez-vous à la négation de votre métier par le gouvernement fédéral finissant ? Comment survivez-vous aux confusions persistantes niant tant la spécificité de votre métier que celui des éducateurs physiques ? Comment restez-vous sains d’esprit face aux désinformations qui osent encore augurer de votre disparition ?

« - Qu’est-ce qu’être courageux aujourd’hui ? - C’est maintenir l’intégrité de son esprit et la fidélité à ce que l’on croit, à ce que les gens appellent leurs valeurs. C’est résister à tout ce qui va trahir nos aspirations, nos idées. (…) » - Edgard Morin - Interview S. Loignon Le Parisien 18/10/19, repris par la newsletter « SOLUTIONS » 18/11/19)

Vous travaillez, vous avez donc résisté aux sous-contrats (« c’est tout ce que je peux vous proposer …), aux assimilations barémiques (« ah bon, c’est un Bac + 3 maintenant ? ») et aux vides administratifs (« votre diplôme n’est pas prévu dans ma liste »).

Une fois en place, vous vous heurtez aux difficultés de faire comprendre votre pratique dans un monde qui oublie le corps vivant pour favoriser un corps parade, une société à la recherche de la maîtrise et de la perfection, qui évite de considérer que les êtres qui la composent sont de corps et de psychisme avant que d’être compétences et résultats.

Psychomotriciens, vous êtes là : des après-midis entiers à transformer le mal-être, l’agressivité de vos patients. Des matinées entières à chercher l’étincelle vitale chez des personnes abîmées, si tôt dans leur développement, si longtemps dans leur quotidien. Des minutes et des heures à tenir, porter, rencontrer, résister. Des soirées encore à écouter et traduire aux parents les comportements de leur enfant.

- [A lire] : Reconnaissance de la psychomotricité : une bataille de perdue...

Réforme Milac : les psychomotriciens oubliés

Dans notre paysage belge francophone, il y eut dès septembre une légère baisse de luminosité. Quand la Cour Constitutionnelle rejette que soit préjudiciable la façon dont une profession paramédicale est reconnue en Belgique, la laissant au bon vouloir d’un ministre. Qu’à cela ne tienne ! Lors de deux journées d’étude les psychomotriciens renforcent l’éclairage sur leurs qualités et outils d’observation, compétence essentielle de leur formation paramédicale.

Il y a eu ensuite un vilain crachin, lorsque la réforme Milac toute neuve oublie d’inclure les psychomotriciens dans la liste du personnel d’encadrement, empêchant les crèches de leur donner une place digne, alors qu’ils sont à leurs côtés depuis longtemps. En bons belges habitués aux ondées, averses et dégelées, les psychomotriciens s’équipent et s’organisent pour que leurs messages, par voie des ondes, de coursiers ou d’imprimantes, arrivent aux décideurs susceptibles de comprendre leur rôle décisif en prévention.

Il y a enfin une baisse générale des températures dans tout le pays, en attente depuis trop longtemps d’un gouvernement fédéral qui l’unisse et l’anime. Ce manque fait frissonner tous les secteurs, l’économique comme les socio- ou médico-économiques… Soignants, patrons, étudiants crient leur essoufflement sur fond de désarroi de la planète et de mouvements de populations.

- [A lire] : La non-reconnaissance de la psychomotricité nuit à tous les diplômés

Mobilisés dans le dossier juridique

Quand le temps vire à maussade, il faut allumer une ou deux lumières indirectes, maintenir le café au chaud, partager la soupe un peu plus tôt, un peu plus chaud…et se détendre le cœur de quelques dérisions. Là où ils prestent, les psychomotriciens sont plus transdisciplinaires que jamais car acteurs de liens. Le lien est intrinsèquement leur métier, celui des intrications corps et psychisme, du tonus avec les émotions, de l’individu et de ses relations.

Aux premiers frimas, il faut renforcer ses défenses, rester en mouvements, dégager allées et chemins. Les psychomotriciens restent mobilisés dans le dossier juridique, patiemment, avec détermination.

Courageux les psychomotriciens ? Comme tant d’autres acteurs de la société civile, soignants, éducateurs, parents, passeurs d’humanité.

Chaque rencontre est pour le psychomotricien une occasion de poser un regard sur l’infra-verbal, de mettre en jeu sa disponibilité, de proposer son analyse, d’accompagner. Il est soutenu dans son travail par sa propre vitalité, et sa propre vitalité est soutenue par son travail.

La Belgique a la chance d’avoir des psychomotriciens excellemment formés, puisse-t-elle ne pas passer à côté de leur plus-value dans le monde du soin.

Anne Taymans, Co-présidente UPBPF



Commentaires - 1 message
  • Merci !

    Marjolaine Van Brussel jeudi 28 novembre 2019 12:42

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