Voici pourquoi il faut supprimer le statut de cohabitant !

Voici pourquoi il faut supprimer le statut de cohabitant !

On l’entend de plus en plus souvent, et l’idée parait aujourd’hui - presque - acquise : il faut supprimer le statut de cohabitant. Toutes ces situations dans lesquelles des personnes, du fait qu’elles cohabitent, perçoivent un montant plus faible (que les « isolés ») d’allocations sociales ou de suppléments, d’allocations de remplacement, de correctifs ou d’avantages sociaux. L’argument principal avancé : sous l’actuel régime, la cohabitation appauvrit.

Si l’idée est à ce point discutée au sein de l’ensemble des partis politiques du pays, à l’heure des actuelles négociations, c’est parce que ce statut induit de nombreuses conséquences, parfois sous-estimées, sur lesquelles notamment le Service fédéral de lutte contre la pauvreté s’est longuement penché. La première est financière. Il est prouvé que les économies d’échelle réalisées en théorie grâce à la cohabitation ne comblent pas le différentiel de perte de revenus, ce qui plonge les personnes regroupées dans les difficultés budgétaires et la débrouille. Une spirale négative, quand on sait que ce statut peut, par ricochet, conduire à une diminution voire la perte de certains avantages financiers liés par exemple aux bourses d’études, aux soins de santé ou encore aux allocations familiales.

Bien entendu, les CPAS peuvent pallier par une série de soutiens et d’aides sociales complémentaires, mais cela a un coût et de ce point de vue, ne fait finalement que déplacer le problème. Supprimer ce statut permettrait à l’ensemble des personnes de vivre avec un revenu digne et d’accéder indistinctement aux droits fondamentaux.

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Parfois une rupture des liens

Le statut de cohabitant nuit également à la vie de famille, à l’idée même de construire une vie en commun. On le sait, les difficultés financières pèsent sur l’entente. Les allocataires sociaux ne se donnent pas toujours non plus l’opportunité de se mettre en couple ou en famille au moyen, par exemple, d’une cohabitation provisoire, laquelle sera aussitôt sanctionnée financièrement. Difficile en effet d’accepter que son amour soit au prix d’une diminution des revenus mis en commun. Difficile aussi de devenir dépendant financièrement d’une autre personne quand on la rejoint et que, de ce fait, on perd une partie de ses droits. Difficile enfin de parfois dépendre de ses propres enfants, quand ces derniers restent sous le même toit alors qu’ils perçoivent un revenu propre…

Dans les cas extrêmes, ces situations peuvent mener à la rupture des liens, en interne voire même par une sorte de sortie volontaire du statut : un des parents décide de quitter le nid familial, espérant que sous un autre statut (« charge de famille » ou « isolé »), sa famille pourra vivre plus facilement. Ou encore de demander aux enfants de voler de leurs propres ailes le plus rapidement possible et de sortir du schéma familial. Supprimer ce statut encouragerait ainsi la solidarité familiale.

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Il induit administrativement du contrôle

À l’heure où de nouvelles formes de vivre ensemble apparaissent (habitats collectifs, logements solidaires, « kangourou », intergénérationnels), entre autres à des fins de préservation de notre planète, le statut de cohabitant constitue un obstacle. En matière de logement, certains préfèreront vivre seuls pour ne pas perdre leurs droits « d’isolé ». Cela jette aux déchets les possibilités de mutualisation, notamment en matière énergétique, peut encourager ce qu’on appelle le « marché de chambres », diminue les chances d’accès aux logements d’utilité publique, lesquels sont le plus configurés pour des familles, et participe à l’augmentation du coût global du logement (privatif). Supprimer ce statut accentuerait l’accès aux logements et les nouvelles formes de vivre ensemble.

À l’heure où la solidarité et le sens commun sont plus que jamais présentés comme vecteur nécessaire de cohésion sociale, le statut de cohabitant peut en restreindre les possibilités. Il est de nature à renforcer techniquement les inégalités, à induire administrativement du contrôle, donc à hypothéquer le droit à une vie privée. Il génère de la complexité administrative (notamment par le biais des différences de définitions entre les régimes), avec les effets de « non recours aux droits » dont on parle de plus en plus. Il ne permet pas toujours aux personnes de poser leurs choix de vie : elles optent pour ce qui leur nuit le moins, avec la perte de liberté individuelle que cela induit. Il rend prudentielles les démarches d’accueil de l’autre, quel qu’il soit, chez soi.

La catégorie « cohabitant » est en quelque sorte une catégorie résiduaire, « négative ». Est considérée comme cohabitante la personne qui ne répond ni aux conditions avec charge de famille, ni à celles d’une personne isolée. La supprimer serait donc… positif.

Alain Vaessen

Directeur général de la Fédération des CPAS

Union des Villes et Communes de Wallonie



Commentaires - 1 message
  • C'est une évidence ... dès le départ ce statut a été négatif et il l'est toujours. Beaucoup essaient de se débrouiller pour contourner ce statut et les résultats sont désastreux pour les familles

    chavanh vendredi 27 septembre 2019 10:54

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