Vivre ensemble ? Pas forcément...

Vivre ensemble ? Pas forcément...

Si je partage les valeurs de fond qui accompagnent la notion de « vivre ensemble », je reste critique quant à sa forme et à son application.

Les pratiques liées au vivre ensemble sont généralement utiles et bien pensées. Elles sont le fait d’acteurs de terrain qui ont pu se faire entendre des autorités ou donner du sens aux appels à projets dans le domaine. Au-delà de cet aspect (qui reste le plus important), je trouve qu’il y a parfois une dérive vers une fausse tolérance, un politiquement correct, voire du contrôle social.

Depuis que j’ai commencé à travailler jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours eu des postes où le « vivre ensemble » était omniprésent. Ceci dit, il prend des sens différents selon le pouvoir organisateur, le public cible ou les tendances associatives. Dans les écoles, vivre ensemble signifiait ne pas se battre ou s’insulter et accepter les valeurs philosophiques de l’institution. En prévention, il suffisait de ne pas entrer en conflit avec ses voisins. Dans le volontariat, il s’agissait de sensibiliser aux différentes réalités, puis de construire un projet ensemble ou à défaut, d’y participer. Dans le secteur des Centres de Jeunes, la notion prend autant de formes qu’il y a de structures avec un sens généralement lié à la co-construction et à la mise en projet.

Dans certains cas, « vivre ensemble » se limite à ne pas avoir d’échanges violents. Si c’est louable, je ne pense pas que cela corresponde à nos missions d’émancipation et d’accompagnement des personnes. Dans ces cas là, il n’est en fait question que de contrôle social. C’est la conséquence de logiques qui adoptent un langage politiquement correct et faussement tolérant. Pour exemple, je discutais avec un collègue qui parlait de ses valeurs. Il s’accordait pour refuser toute forme de violence et d’inégalité. Par contre, il refusait qu’on lui dise ce qui était bien ou mal et ce qu’il devait penser. Il disait : « Je ne veux pas vivre ensemble, mais je veux bien faire ensemble ».

Ensuite, il y a cet aspect « tout le monde est beau, tout le monde est gentil » qui nie les colères et l’existence des préjugés. De plus, cette lecture est manichéenne dans la mesure où si tu n’es pas gentil c’est que tu es méchant. Il n’y a que deux rôles : bourreau ou victime. Je pense qu’en acceptant l’expression des préjugés, on rend possible leur critique. Plus que créer une idéologie unique définissant ce qui est bien ou mal, il faut construire une culture du désaccord non violent.

En définitive, je pense que « vivre ensemble » n’est pas souhaité par la majorité des personnes. Par contre, la majorité des personnes désirent vivre en harmonie. Je crois qu’il faut permettre aux gens de se rencontrer, d’échanger tout en conservant leurs particularités. Dans une logique où défendre les droits des autres équivaut à défendre ses propres droits, nous avons tout intérêt à cultiver les différences. En tant que professionnels travaillant autour du thème du « vivre ensemble », nous devons rester attentifs à sa mise en pratique, à sa critique et aux particularités institutionnelles qu’il revêt.

Perceval Carteron



Commentaires - 1 message
  • Dans ton article, il y a des "je crois que"... Quand on "pense" ou l'on "croit que", on n'est pas vraiment crédible. Une argumentation ne se base pas sur des croyances mais sur une pensée critique, Perceval.

    Bernard Jodogne jeudi 4 octobre 2018 23:04

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