Handicap : le confinement est une vraie épreuve pour le secteur

Handicap: le confinement est une vraie épreuve pour le secteur

La situation actuelle d’exception pousse de nombreux secteurs à s’adapter en trouvant des moyens pour maintenir leurs aides tout en respectant la réglementation sanitaire. Il en va également ainsi pour les travailleurs du secteur du handicap. Ce dernier, qui œuvre la plupart du temps sur le rapport humain ainsi que sur l’approche personnelle de chaque bénéficiaire, doit faire face au confinement et à ses multiples prérogatives de sécurité. Cependant, il ne peut s’arrêter car le confinement s’avère être une véritable épreuve pour les personnes handicapées comme pour les familles.

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Il y a deux constats à tirer de cette crise. Le premier est que le manque de moyens ainsi que la restructuration incessante des services vitaux de la société comme ceux de la santé et du social ne peut continuer. Il n’y a pas de société viable sans des services essentiels stables. Le second constat est que nul n’est égal devant le coronavirus. À ce titre, les personnes atteintes d’un handicap mental ou physique ainsi que celles qui les encadrent, qu’elles soient la famille ou les travailleurs, courent des risques bien supérieurs à la norme. Un secteur qui, comme bien d’autres travailleurs du social et de la santé, se sent complètement délaissé et abandonné avec leur seul espoir pour continuer à œuvrer.

Accompagner et rassurer les familles

La première chose qui a été mise en place par les travailleurs sociaux du secteur est le maintien du contact, via les réseaux sociaux, des mails ainsi que par téléphone, avec les familles vivant avec une personne handicapée comme avec les adultes en situation de handicap vivant seul. En effet, ce n’est souvent pas simple pour les familles vivant avec une personne en situation de handicap de se retrouver confinées. Il faut gérer, expliquer la situation sans être alertant, expliquer que la temporalité a changé et que le lien social préconisé jadis, doit aujourd’hui être limité. L’aide qu’apportent les travailleurs sociaux du secteur du handicap reste donc cruciale pour ces familles en cette période.

« L’aide que nous pouvons fournir est malheureusement limitée à l’écoute, le soutien, les conseils, notamment envers les parents d’enfants autistes et handicapés pour faire face au confinement à la maison. Nous avons diffusé sur notre blog les informations nécessaires aux familles durant le confinement. Mais cela n’est pas simple et cela dépend du type de handicap. Plusieurs parents d’enfants autistes sévères nous signalent par exemple les difficultés qu’ont leurs enfants à tenir une conversation via Skype ou le téléphone. Lorsque le handicap est d’ordre cognitif, c’est sûr que la compréhension de la situation est plus ou moins gravement affectée », indique Cinzia Agoni porte-parole du GAMP, Groupe d’Action qui dénonce le Manque de Places pour personnes handicapées de grande dépendance.

Les travailleurs sociaux du secteur sont une aide plus que précieuse pour les familles permettant d’expliquer au mieux la situation, de répondre aux craintes et de parler du temps de répit pour la famille. Un temps qui est nécessaire pour l’équilibre psychique de la famille mais aussi de la personne handicapée.

« En vivant avec un enfant en situation de handicap (ou un adulte) il est très important de structurer le temps : maintenir des horaires de repas, de coucher, de lever et ne pas être déstructuré comme en vacances. Limiter le temps devant les écrans, en profiter pour faire des activités différentes comme la cuisine, le bricolage, des loisirs créatifs... Tout cela permettra à l’enfant de vivre mieux la situation et aux parents de trouver du temps de répit », précise Ségolène Gilles, chargée de communication de l’asbl La Vague.

Ne pas se couper du monde

Pour les professionnels, il est primordial de s’assurer que les familles sortent s’aérer et puissent maintenir un lien avec l’extérieur, car le risque d’isolement social est plus que jamais présent. Le rôle des travailleurs est de rassurer, d’expliquer les mesures du confinement, l’importance de la distanciation sociale, tout en n’interdisant pas de sortir complètement, car le risque de voir augmenter la nervosité et donc la possibilité de violences est réel. « Une personne de La Vague va également se promener avec les bénéficiaires adultes isolés, en respectant les distances, ce qui permet de réaliser un entretien, de les écouter et d’échanger avec eux. Des courses pour ceux qui ne sont pas aptes à payer par carte au lieu du cash leur sont déposées devant leur maison et la personne de référence leur téléphone tous les jours afin de maintenir le lien et de s’assurer que tout va bien », informe Ségolène Gilles.

Pour les personnes autistes il est important que l’espace réel ne soit pas chamboulé complétement, maintenir les sorties et les stimuler physiquement reste primordial. Pour cela le symbole du ruban bleu est de plus en plus utile pour les personnes autistes, leur permettant ainsi de sortir plus facilement même si ce signe n’est pas connu majoritairement au sein de la société. « À ce stade, je pense que les parents ne craignent pas la stigmatisation, mais plutôt le fait de ne pas être compris et la possibilité d’être pointés du doigt. Le ruban peut être une bonne chose, car cela permet de justifier une dérogation ou une exception à la règle. Après, c’est évidemment aussi une question d’acceptation de la part de la population ordinaire. Si cela n’est pas préparé et connu par les citoyens, cela risque de ne pas être accepté », estime Cinzia Agoni.

Besoin de moyens supplémentaires !

Idéalement, le secteur a besoin de plus de services de répit de jour et résidentiels temporaires pour soulager les familles. Mais pour cela, il faut impérativement pouvoir tester les personnes handicapées ainsi que le personnel.

« Il faut en effet savoir que tous les services d’accompagnement, de répit et de loisirs ont été fermés, ainsi que les séances de logopédie, psychomotricité, psychothérapies auxquelles les personnes étaient habituées. De plus, certaines résidences ont mis en place des chambres d’isolement pour les personnes infectées mais cela n’est pas le cas de toutes. Du coup, nous nous demandons comment vont-elles réagir en cas d’infection. Il est clair que les différents pouvoirs politiques n’étaient pas préparés à ce genre de pandémie. Mais là, l’heure n’est plus à la réflexion, il faut agir », déclare Cinzia Agoni.

Cependant des propos tenus ce dimanche 12 avril par le Docteur Philippe Devos, le président de l’Association belge des syndicats médicaux, l’Absym, dans une émission de RTL, ont soulevé de vives indignations et témoignages sur les réseaux sociaux. Une prise de parole qui, au-delà de la dureté évoquée et réelle, vient dénoncer et alerter sur les manquements de l’Etat. Manquements qui viennent conforter le secteur du handicap comme les autres secteurs de la santé et du social, que dans sa lutte contre le coronavirus, ils sont bien seuls.

« Tout dépend des places disponibles en réanimation et des médicaments disponibles. Le gouvernement a beau dire qu’il n’y a pas de difficultés en termes de places et de médicaments, ce qu’on voit nous c’est qu’on se retrouve parfois 3 jours sans médicaments le temps qu’on soit livrés par l’Etat qui a tout bouclé et donc dans ces conditions-là, effectivement, certaines unités ont défini des critères d’admission basés sur le niveau de dépendance des personnes », a déclaré le Docteur Philippe Devos, sur le plateau de RTL, avant de tirer la sonnette d’alarme : « Donc, si une personne a besoin d’aide pour se laver, pour s’habiller, pour se nourrir, etc., elle devient non prioritaire. Non prioritaire veut dire qu’elle peut être admise aux soins intensifs, simplement en fonction de l’occupation des soins intensifs et du niveau de médicaments que l’Etat veut bien nous donner. Si on est obligés à faire des choix, dans ces choix elle sera non prioritaire. Si l’Etat respecte ses engagements et nous livre à temps, ce qu’il ne fait pas pour le moment, et nous permet d’avoir une capacité de soins intensifs qui permet de recevoir les gens, elle sera reçue mais tout dépend de l’approvisionnement que nous allons recevoir de l’Etat, et pour l’instant il est discontinu ».

Pour éviter coûte que coûte ce scénario insoutenable, l’Absym attend une réaction forte du gouvernement. Ce dernier doit ainsi, de toute urgence, fournir des moyens supplémentaires aux institutions hospitalières comme des médicaments. Une condition sine qua non pour ne pas devoir effectuer un tri de patients ! Un appel à l’aide largement relayé par les associations qui accompagnent et soutiennent les personnes handicapées.

B.T.



Commentaires - 1 message
  • Juste une petite précision: les services d'accompagnement n'ont pas été fermés; ils continuent de fonctionner, du mieux possible, avec les "moyens du bord" fournis par les directions et non par les instances...

    Kika09 jeudi 16 avril 2020 10:32

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