Coronavirus : le dilemme pesant des AMO pendant le confinement

Coronavirus: le dilemme pesant des AMO pendant le confinement

Le public des structures d’Accueil en Milieu Ouvert (AMO) a des besoins bien particuliers. Les jeunes qui sollicitent les AMO sont souvent dans une situation imparfaite au sein du domicile familial. Cela peut aller jusqu’au mal-être. Alors, en cette période de confinement, les travailleurs sociaux des AMO vivent une situation ambiguë, parfois même ambivalente. Il faut conseiller aux jeunes de respecter le confinement, et faire de la prévention afin qu’ils ne tombent pas malades tout en gardant le contact pour offrir une assistance en cas de problème au sein du domicile.

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« Nombre de jeunes entrent en contact avec nous parce qu’ils ne sont pas bien chez eux. Donc on ne sait pas vraiment comment se positionner. On met en place des groupes de paroles virtuels, mais est-ce que ça suffit pour combler leur mal-être ? Nous n’en sommes pas convaincus. » Ce constat, c’est celui de Manuel Murillo qui travaille pour la structure d’accueil en milieu ouvert Promo Jeunes. C’est là que réside la difficulté et la dualité de la mission des AMO.

Soyons clair, ici, lorsqu’on évoque cette forme de mal-être au domicile, on parle surtout d’un environnement global. Cela englobe des appartements étroits, des familles nombreuses, pas forcément de terrasse, du bruit continu. Autant de phénomènes qui poussent les jeunes à fuir le domicile et donc, à sortir régulièrement de chez eux. Ce constat, il est observé depuis longtemps. La situation n’est pas occasionnelle et issue du confinement, elle est juste exacerbée par celui-ci. Et cela, c’est pour les jeunes qui ont la chance d’avoir un domicile. Les AMO viennent également en aide à des jeunes sans papiers, dont la situation est plus précaire.

D’où le fait qu’un des pans importants des AMO reste le travail de rue, qui est le moyen le plus efficace de rentrer en contact avec leur public cible. De quartier en quartier, la situation change. Il n’existe pas de vérité unique. Sébastien Hertsens, co-directeur de l’AMO Dynamo, une structure spécialisée dans le travail de rue, affirme : « On essaye de faire de la prévention. Mais la forme change, car on n’a plus de contacts directs avec les jeunes. La situation est très particulière. » En effet les retours que reçoit le travailleur sont glaçants : « Les gens sont très prudents, il y a énormément d’angoisse, certaines familles n’osent pas sortir depuis le début du confinement. Ils ne vont même pas sur le palier de leur étage ».

La priorité des AMO, c’est garder le contact

Cela, c’est la situation actuelle. Mais évidemment, au début du confinement, elle était toute autre. Le manque de clarté et de transparence des autorités a été décrié. Surtout, le manque d’informations poussait les jeunes à sortir, puisqu’ils n’avaient aucun outil pour se rendre compte de la situation. D’où l’important travail de prévention réalisé par les AMO.

Christophe Sleutel, qui travaille pour l’AMO AtMOsphère, témoigne : « On devait rappeler les consignes de sécurité. Toujours, des jeunes viennent vers nous pour échanger, même si là, c’est plutôt l’inverse. On essaye de leur dire comment sortir, en cas de situation compliquée, tout en respectant les consignes de sécurité. Il faut donc expliquer les règles et insister sur les mesures à prendre pour se protéger. » L’AMO, avant le confinement, avait réalisé une campagne d’affichage rappelant les précautions à prendre et les règles d’hygiène à respecter.

Globalement, une fois que l’importance du confinement est comprise, les jeunes l’appliquent. Et ce sont les travailleurs des AMO qui jouent le rôle d’interlocuteurs privilégiés de ce public, dans l’optique d’expliquer et d’échanger avec toujours pour priorité l’intérêt des jeunes et leur autonomie. Face à cette crise sanitaire, ces échanges prennent des formes multiples. Manuel Murillo explique : « Notre dernier pan d’activité, c’est le travail de rue. Celui-ci durant la crise sanitaire, a été maintenu au départ, surtout pour dire aux jeunes de ne pas se rassembler. Il a été interrompu ensuite car cela ne faisait pas vraiment sens de continuer. Du coup, on cherche à entrer en contact avec les jeunes via les réseaux sociaux. Evidemment on cherche à faire de la prévention face au coronavirus, notamment prévenir la désinformation »

Le travail par les réseaux sociaux est évidemment en forte augmentation durant cette période, comme le confirme Khaled Boutaffala, directeur d’AtMOsphère : « On téléphone aux jeunes pour voir s’ils ne sont pas en difficulté. Cela peut aussi passer par les réseaux sociaux. » Ce qui ressort de ces différents témoignages, c’est l’importance donnée au fait de garder le contact. Mais aussi l’idée que communiquer : c’est la clef. Que ce soit pour expliquer, prévenir ou protéger les jeunes, et cela, les travailleurs sociaux des AMO l’ont bien compris, tentant de maintenir le dialogue ouvert malgré la crise sanitaire.

C.D.

Retrouvez dans les prochains jours la suite de notre dossier consacré aux AMO.

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