Aide à la Jeunesse et Formation Continuée : un devoir à valoriser

Aide à la Jeunesse et Formation Continuée : un devoir à valoriser

Si la formation continuée est désignée comme étant un devoir dans l’aide à la jeunesse, elle n’est pas pour autant toujours facilitée ou appropriée au public de professionnels concernés.

Dans son code de déontologie, le système de l’Aide à la Jeunesse prévoit la nécessité de poursuivre une formation continue, dans l’idéal, tout au long de sa carrière. Une presqu’obligation à laquelle peu de travailleurs dérogent. Et pour cause : dans un milieu où l’épuisement est loin d’être rare et où la question du sens se pose constamment, la formation apparaît comme une opportunité de penser sa pratique « hors des murs » de l’institution. Cela dit, l’accès à la formation est-il si aisé ? La question se pose parfois.

Ce que dit le code de déontologie

Le code de déontologie en question s’adresse à « tous les services collaborant à l’application du décret de la Communauté française (aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles) relatif à l’aide à la jeunesse et qui ont pour mission dans ce cadre d’apporter une aide (aux bénéficiaires de l’aide à la jeunesse) ». C’est dans l’article 4 qu’on retrouve la thématique en cause : « Les intervenants ont un devoir de formation et d’information permanentes. Ils ont l’obligation de remettre en question régulièrement les pratiques professionnelles et veillent à les adapter à l’évolution des connaissances et des conceptions. »

Une formation obligatoire pour tous

En lien avec le code de déontologie, l’article 45 bis du décret de l’aide à la jeunesse prévoit la reconnaissance de services habilités à prodiguer des formations spécifiquement destinées aux travailleurs du secteur de l’aide à la jeunesse. Ces formations sont regroupées dans le cadre du « Plan Global ». Elles sont proposées en priorité à tous les acteurs de l’aide à la jeunesse qui débutent dans le secteur, ou l’ont intégré il y a moins de trois ans. Au travers d’une table ronde constituée par des professionnels venant de différents services, les ateliers proposent de retracer les fondamentaux de l’aide à la jeunesse, sa base légale, ses origines idéologiques et politiques, ainsi que ce fameux code de déontologie.

Et après ?

D’une certaine manière, cette formation spécifique ouvre la voie à tout un panel d’autres séminaires ou cursus plus longs ayant valeur de remplir l’objectif proposé par l’article 4 du code de déontologie.Toutefois, dans les faits, les possibilités semblent fortement varier en fonction du service. Si certaines institutions ont fait de la formation un levier précieux et valorisé (en favorisant le crédit-temps, la participation aux frais d’inscription ou en aménageant les horaires), d’autres peinent encore à en faciliter l’accès.

La formation, oui mais…

C’est le cas notamment d’institutions reliées à des administrations de plus grande ampleur telles que celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, pour obtenir l’accord (et le soutien financier) de leurs supérieurs, les travailleurs sont obligés de remplir un formulaire qu’ils doivent soumettre à leur hiérarchie directe, laquelle doit elle encore se soumettre à l’aval de la direction générale. Une situation pas toujours simple, bien que difficilement évitable : dans de tels organismes, le temps nécessaire à ce que la demande circule, soit analysée et retournée à l’envoyeur est parfois très long… Au risque de voir sa place réservée par un autre plus rapide que soi. Dans d’autres cas, c’est le choix de la formation en elle-même qui suscite des résistances, pas toujours compréhensibles.

Le cas de la thérapie

Un des questionnements principalement rencontrés par les travailleurs de l’administration « AJ » est celui de la formation à la thérapie. Perçue comme à risque d’éloigner le professionnel de sa mission principale, la thérapie n’est pas toujours soutenue, tant en termes d’organisation (crédit-temps) qu’en termes financiers. Ce positionnement ne fait pas toujours écho auprès des principaux concernés, et notamment en ce qui concerne l’approche systémique. En effet, les travailleurs sociaux du service sont constamment en lien avec le réseau, les familles et les autres organismes qui gravitent autour du jeune aidé. Un fonctionnement qui nécessite de pouvoir articuler avec soin, et dans le respect de tous, l’art de la médiation systémique. Ainsi, certains professionnels font le choix de prendre sur leur temps privé pour accéder à des formations de long cours de ce type.

Des formations pas toujours adaptées

A contrario, certaines formations complémentaires et obligatoires ne semblent pas toujours adaptées au public de formés. Tantôt trop « psychologisante » ou « pas assez pratiques », il n’est pas rare d’entendre des intervenants de terrain s’interroger sur la pertinence de la formation à laquelle on les inscrit. Dernièrement, un éducateur d’API s’est étonné d’apprendre par l’aveu de ses formatrices qu’elles ne s’attendaient pas à recevoir des éducateurs à leur séminaire et l’avaient en fait écrit en fonction d’un public de délégués… Une aberration qui pose la question de crédit qui est accordé, en réalité, à la formation continue.

A l’initiative du travailleur !

Si le « devoir de formation » se retrouve dans un code déontologique à l’attention de tous, et que celui-ci est (parfois maladroitement) initié par les institutions, force est de constater qu’une formation de qualité est avant tout une formation qui fait sens pour le travailleur. Ce sens, chacun y met les priorités qu’il veut et c’est ainsi que le secteur peut se targuer de jouir de savoirs aussi variés que riches. A cet égard, une réflexion autour d’un accès facilité à la formation de choix, plutôt qu’obligatoire (à l’exception, sans doute, de la première, commune à tous) aurait sans doute sa place dans le débat social.

LT, assistante en psychologie

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