Organiser la sortie de l'hôpital avant l'entrée du patient

Organiser la sortie de l'hôpital avant l'entrée du patient

Les durées de séjour en milieu hospitalier sont de plus en plus courtes. Le service social doit donc travailler dans l’urgence au risque de bâcler son intervention auprès du patient.

Avec l’évolution des technologies et les économies à faire dans le secteur des soins de santé, certaines opérations ne nécessitent plus que 48h d’hospitalisation alors qu’il y a 10 ans, elles nécessitaient plus de 10 jours. Certaines semaines, je dois voir plus de 60 patients. Je passe de chambre en chambre en ne pouvant consacrer à chaque personne que 5 minutes. Je suis obligée de bâcler mon travail afin de répondre aux exigences de délais de sortie de l’INAMI et à la pression que le service social en milieu hospitalier a sur le dos.

La consultation, la clé du confort

Sauf urgence, tous les patients qui entrent en hospitalisation vont passer par la consultation. De plus, j’ai fait le constat que 50% des personnes que je rencontrais avaient leur opération programmée. Ces personnes me demandent d’organiser leur sortie avec de multiples aides à domicile, en revalidation ou encore en convalescence. Les délais pour obtenir ces aides sont trop longs par rapport à la durée d’hospitalisation prévue. Je dois « bricoler » des solutions dont je n’étais pas satisfaite. J’ai donc décidé d’anticiper et d’organiser la sortie du patient avant même son entrée. En effet, toute sortie peut être organisée à l’avance. Mon projet est donc tout à fait envisageable.

Le patient

J’ai été confrontée à différents obstacles, notamment le patient qui ne comprend pas pourquoi il doit organiser sa sortie avant d’entrer à l’hôpital. Avec le stress de l’opération, cela amène une certaine agressivité de la personne. Mon rôle va être de l’informer sur les délais pour obtenir ces aides et de le rassurer que toutes les aides mises en place peuvent être annulées sans aucune conséquence financière. De manière générale, aucun patient n’a refusé mon intervention après ces explications. Suite à son accord, je le conseille sur ce dont il pourrait avoir besoin à sa sortie et ce en fonction de sa situation. Il m’arrive de proposer à la fois des aides à domicile, mais de quand même réserver une chambre en revalidation. L’autonomie du patient ne peut pas s’anticiper avec certitude.

La collaboration avec les chirurgiens

Ce type de démarche demande une collaboration avec les chirurgiens. Certains sont sensibilisés aux démarches sociales, mais d’autres pas du tout. De plus, vu leur charge de travail, je ne peux pas leur demander de faire une anamnèse sociale complète en consultation. J’ai donc établi des critères de vulnérabilité aux chirurgiens tels que l’âge du patient, l’autonomie avant l’hospitalisation, l’isolement ... Le chirurgien n’a plus qu’à cocher sur sa feuille de consultation si le patient doit me voir ou non. Mon entretien avec le patient est prévu par le secrétariat, soit le jour même, soit le jour où le patient rencontre l’anesthésiste. Malheureusement, cette étape est très difficile à mettre en place car certains chirurgiens estiment qu’après leur intervention, le patient sera autonome. Ils ne tiennent pas compte du contexte de vie de leur patient et je dois en permanence le leur rappeler. Une assistante sociale qui fait une remarque à un chirurgien, c’est très mal vu.

L’hospitalisation

Quand le patient est hospitalisé, il n’y a plus qu’à confirmer ou supprimer les aides qui ont été demandées. Les délais de sortie sont souvent respectés, le patient se sent respecté et mon travail est plus confortable et de qualité. Je n’ai vu aucun aspect négatif à cette manière de fonctionner. Il reste à convaincre les médecins réfractaires que la méthode n’a que des avantages.

Convaincre la direction

La démarche de voir le patient en consultation prend plus de temps que de le voir en hospitalisation. Les directions des hôpitaux semblent vouloir que le service social se concentre plus sur l’hospitalisation que l’ambulatoire. Pourtant, je pense qu’il y a un travail de qualité qui pourrait se faire en consultation et qui aurait une incidence positive sur l’hospitalisation. Si la direction est convaincue, des protocoles pourraient se mettre en place qui devront être suivis par les chirurgiens. Cela ferait partie intégrante du travail du médecin en consultation, le patient serait plus en confiance pour parler de sa sortie avant l’hospitalisation et le travail social de meilleure qualité.

CD, assistante sociale

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