Où en sont les psychothérapeutes après la loi De Block ?

Où en sont les psychothérapeutes après la loi De Block ?

La loi sur la psychothérapie de Maggie De Block a profondément transformé le secteur de la santé mentale et les psychothérapeutes sont encore dans l’incertitude. En l’attente de mesures transitoires, ils peuvent toujours exercer, mais une redéfinition de leur métier est envisagée. Explications avec Françoise Raoult, membre fondatrice du collectif Alter-Psy.

Le 1er septembre 2016 entrait en vigueur la loi sur la psychothérapie de Maggie De Block. La loi, qui fait l’objet de nombreuses polémiques dans le secteur de la santé mentale, laissait de côté certains psychothérapeutes en leur interdisant la pratique de la psychothérapie. Depuis, des recours ont été engagés devant la Cour Constitutionnelle, qui a tranché en faveur de la ministre, contre l’annulation de la loi. Pourtant, les psychothérapeutes n’ont pas complètement perdu la bataille. Face à des informations qui inquiètent beaucoup de praticiens, Françoise Raoult, du collectif Alter-Psy, fait le point sur les conséquences de cette loi sur la profession de psychothérapeute.

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Les psychothérapeutes peuvent toujours exercer !

Si la loi sur la psychothérapie est bien entrée en vigueur, confirmée par la décision de la Cour Constitutionnelle, les psychothérapeutes ne sont pas complètement lésés. En effet, la Cour a considéré que les dérogations, proposées par la ministre fédérale de la Santé pour les psychothérapeutes déjà en exercice, ne constituaient pas des mesures transitoires valables et a annulé l’article 11 de la loi, relatif à ces dérogations. En l’attente de réelles mesures, les psychothérapeutes peuvent donc toujours exercer. "A ce jour, tous les psychothérapeutes qui exerçaient avant le 1er septembre 2016 peuvent continuer à pratiquer, et ce jusqu’à ce que la ministre formule de véritables mesures transitoires", explique Françoise Raoult. La loi imposait aussi aux psychothérapeutes n’ayant pas suivi une formation en soins de santé d’exercer sous la supervision d’un médecin, d’un psychologue clinicien ou d’un orthopédagogue clinicien. Avec cette décision de la Cour Constitutionnelle, "la notion de supervision n’est plus, à ce stade, d’actualité" poursuit la membre d’Alter-Psy.

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En attente des mesures transitoires

Si pour le moment, rien ne change pour les psychothérapeutes qui exerçaient avant septembre 2016, ils sont tout de même en attente des fameuses mesures transitoires qui détermineront de façon définitive quels psychothérapeutes ne disposant pas des diplômes requis par loi pour pratiquer la psychothérapie pourront continuer d’exercer. Elles pourraient être votées cette année ou l’année prochaine. Selon Françoise Raoult, "elles devraient normalement être plus larges que ce qui était prévu au départ, puisque c’est pour cette raison qu’elles ont été annulées". "On espère qu’il y aura, pour les personnes qui pratiquaient, une valorisation de l’expérience qui donnera une sorte d’équivalence au diplôme actuellement requis", poursuit-elle. Le sort des étudiants qui auront terminé leur formation d’ici là devrait être également précisé dans le cadre de ces mesures. Pour le moment, il reste donc encore un doute sur qui pourra continuer à porter le titre de psychothérapeute et selon quelles modalités ils l’obtiendront.

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Vers un nouveau métier ?

Le sort de tous les psychothérapeutes n’est donc pas certain, mais ce qui l’est en revanche, c’est que la nouvelle vision de la psychothérapie change radicalement les conceptions de la santé mentale. En effet, la psychothérapie est devenue, avec la loi De Block, un acte reconnu, un traitement dispensé uniquement aux personnes pour qui un diagnostic de troubles psychiques complexes sera posé . Pourtant, ce n’est pas la vision que portent Alter-Psy ni de nombreux professionnels. "Il y a des psychologues cliniciens, il y a des psychiatres, des médecins, qui ne se retrouvent pas non plus dans cette conception de la psychothérapie", soutient Françoise Raoult.

Face à une loi qui ne sera pas annulée, ces professionnels doivent donc réfléchir à comment continuer à exercer la psychothérapie selon leur vision. Françoise Raoult indique qu’à Alter-Psy, "on pense à la possibilité de poursuivre cette pratique telle que nous l’avons toujours fait, avec notre conception de la psychothérapie, mais sous une autre forme de métier. C’est une réflexion qui est en cours". La définition d’une nouvelle profession relevant de la relation d’aide, avec un nouveau nom, pourrait permettre à ces professionnels de réaliser un accompagnement centré autour de la parole auprès de personnes qui en éprouvent le besoin, mais qui ne recherchent pas un diagnostic.

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La rédaction



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