Accompagner ou soigner, le paradoxe de la psychothérapie

Accompagner ou soigner, le paradoxe de la psychothérapie

La psychothérapie, désormais réservée aux personnes diagnostiquées de troubles psychiques, voit tout un pan de sa pratique disparaître. En effet, l’accompagnement destiné aux personnes qui ne sont pas malades, mais sont confrontées à des difficultés, est relégué à l’arrière plan et ne peut plus relever de la psychothérapie.

Toutes les personnes qui réalisent une psychothérapie ne sont pas malades. Souvent, elles font simplement face à des difficultés et ont besoin d’un accompagnement basé sur la parole et l’introspection.. Pourtant, la ministre de la Santé Maggie De Block a choisi de restreindre l’accès à la psychothérapie aux seules personnes pour lesquelles un diagnostic de troubles psychiques aura été établi. Elle devient donc un traitement, dispensé uniquement par une certaine catégorie de professionnels. Si elle autorise des avancées, comme le remboursement des soins psychologiques, la loi sur la psychothérapie met aussi de côté une grande partie du travail psy, en faveur d’une considération plus médicale. Françoise Raoult, membre fondatrice d’Alter-Psy, regrette ces dispositions.

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Une réduction à la seconde ligne

La conception des soins psychologiques de la ministre Maggie De Block introduit un changement de taille dans la pratique de la psychothérapie. En effet, les personnes devront dorénavant suivre un trajet de soins pour suivre une psychothérapie. En première ligne, certaines interventions pourront être faites par des médecins ou des psychologues cliniciens pour les troubles psychiques modérés. Ce ne sera qu’en seconde ligne qu’une psychothérapie pourra être réalisée, dans le cas de troubles psychiques complexes. "Résultat, dans ce modèle là, l’accès à la psychothérapie telle qu’entendue par la ministre sera réservé aux patients qui ont des troubles psychiques complexes, donc ce ne sera plus accessible à tout le monde", constate Françoise Raoult.

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Des protocoles, encore des protocoles

En instaurant des protocoles et des trajets de soins, basés sur l’evidence based medecine, ce modèle pourrait introduire une forme de standardisation du traitement. Françoise Raoult considère qu’il s’agit d’une mauvaise application de l’evidence-based, qui est selon elle une approche trop quantitative pour la psychothérapie. "Des méta-analyses d’études sur l’efficacité de la psychothérapie ont démontré que, plus que la méthode, c’est la relation qui soigne, et cela ce n’est pas ’quantifiable’ ", affirme Françoise Raoult. Pourtant, l’evidence-based psychology est déjà utilisée par certains psychologues cliniciens, et elle est différente de l’approche purement scientifique de l’evidence-based medecine en certains points.

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Accompagner, pas guérir

Selon Françoise Raoult, l’un des principaux aspects négatifs de cette réforme est qu’elle va écarter toutes les personnes qui souhaitent consulter, mais ne sont pas et ne se considèrent pas malades. "Ce sont des personnes qui sont confrontées à des difficultés existentielles, relationnelles, des mal être", indique-t-elle. Si certains peuvent présenter des symptômes, elle considère que la psychothérapie ne vise pas simplement à les traiter. La psychothérapie serait un accompagnement des personnes, pour les mener à une meilleure compréhension de ces symptômes, une meilleure connaissance d’eux-mêmes et à une appréhension du monde différente. "La disparition des symptômes survient de surcroît, nous n’approchons pas les personnes selon la triade symptôme-diagnostic-traitement", explique Françoise Raoult. Elle établit ainsi une grande différence entre la conception de la psychothérapie de Maggie De Block, et celle d’Alter-Psy : selon elle, la psychothérapie comme entendue par la ministre considère la personne comme un "organisme à traiter" plutôt que comme un véritable Sujet. Les psychothérapeutes ne sont donc pas les seuls à être mécontents de la réforme : d’autres professionnels reconnus par la loi, comme des psychologues et des psychiatres ne se retrouvent pas dans cette conception.

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La rédaction



Commentaires - 2 messages
  • Il ne faut pas se faire d'illusions: les remboursements pour psychothérapie resteront minimes sous peine de faire exploser la SECU. Si la ministre avait accepté les revendications des psys de tout bord, aucun remboursement n'aurait été possible. Il y a en effet un nombre énorme de gens qui ne demandent pas des soins pour des troubles réellement invalidants, mais seulement de l'affection et de l'écoute. Ce genre de rencontre, dont je ne conteste nullement la valeur, peut durer indéfiniment. A partir d'un certain niveau d'éducation, tout le monde connaît des "Sujets" en psychanalyse ou un autre traitement psy depuis 10, 20 ans ou plus.

    vanrillaer jeudi 24 mai 2018 08:32
  • le respect d'une personne et une écoute... oui, ça il faut.

    lahayep vendredi 25 mai 2018 23:47

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