Stop à l’hyper-psychiatrisation de la société !

Stop à l'hyper-psychiatrisation de la société !

La nouvelle loi sur la psychothérapie fait des remous. Qu’on soit pour ou contre, elle changera la pratique de plus d’un professionnel. Un patient réagit à la Carte Blanche de C. Duray Parmentier, psychothérapeute fermement opposée à la loi sur la psychothérapie de Maggie De Block. Pour lui, cette nouvelle loi est une bonne nouvelle, puisqu’elle renforce enfin les droits du patient. La notion d’evidence-based est également positive, en son sens, dans une société qui tend vers une hyper-psychiatrisation.

La décision de la Cour Constitutionnelle d’invalider les recours quant à la loi sur la psychothérapie de Maggie De Block divise le secteur. Si pour la Fédération Belge des Psychologues il s’agit d’un véritable soulagement, les praticiens déclarés inaptes à l’exercice de la psychothérapie ne sont pas du même avis. Le 12 mars, une psychothérapeute faisait ainsi valoir son opinion dans une Carte Blanche où elle dénonçait une "injustice qui ne reconnait pas la pensée ni la parole à sa juste place". Un patient a décidé de réagir à son tour et condamne cette hyper-psychiatrisation grandissante de la société actuelle.

Je me permets de réagir à la parution du témoignage de Madame Duray Parmentier.

Je ne suis pas psychothérapeute. J’écris simplement en tant que patient déconverti.

Pour rappel, la loi de 2016 a été votée et promulguée afin de lutter contre les abus et renforcer les droits du patient, déja encadrés par la loi de 2002. Si, comme mentionné dans l’article d’Alter-psy écrit à la suite de la soirée d’information sur l’interprétation de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 1er mars dernier, la psychothérapie est "une forme de traitement spécialisé qui s’adresse à des personnes qui présentent des troubles psychologiques complexes", les professionnels devraient donc, selon mon interprétation, se limiter à ce travail relationnel avec le patient, qui aura eu tout le loisir de choisir la nature de la psychothérapie à appliquer à son cas. Pour autant qu’il ait les informations nécessaires pour pourvoir faire ce choix, ce qui à l’heure actuelle n’est pas encore si évident que cela.

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La psychiatrisation de notre société est devenue tellement prégnante que plus aucun fait sociétal ne peut être expliqué autrement que par le biais de la psychologie. Le DSM (livre qui recense toutes les pathologies considérées comme psychiatriques, NDLR) a compilé tellement de spécificités de la personnalité humaine qu’il est désormais devenu anormal de ne pas être atteint d’un quelconque trouble psychologique. Nous sommes tous pour autrui pas assez ceci, ou trop cela.

L’usager ou le client sobrement appelé patient a le droit de croire. Ou de ne pas croire.

Il est tout à fait possible de vivre sereinement et normalement sans adhérer à cette croyance populaire que tout problème aurait forcément une cause psychologique.

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Le traitement ne devrait être nécessaire que quand les symptômes sont visibles et suffisamment handicapants pour la personne qui en souffre. Le reste ne devrait pas exister. Comme le relate Madame Duray Parmentier, écrire un rapport pour la Justice ou pour l’Aide à la Jeunesse sort désormais du cadre défini par la Cour Constitutionnelle : il ne s’agit plus dans ce cas d’un traitement. Il peut être possible d’animer un groupe sur les violences conjugales, ou sur tout autre thème, en sortant complètement du champ de la santé mentale. Ici, nous serions plutôt dans le champ du droit.

Les abus surviennent quand un modèle psychothérapeutique est appliqué sans le consentement de la personne, comme le cas par exemple des expertises psychologiques demandées par les tribunaux. Personne n’a encore abordé l’impact de la loi sur ce point.

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S’insurger contre "l’Evidence -Based Medicine" pour constester cette loi démontre pour le citoyen que je suis, qu’heureusement, cette loi existe pour protéger ces mêmes citoyens. Il conviendrait que ceux qui pratiquent aient la même tolérance que ceux qui subissent. Le législateur demande à ce que le secteur de la santé mentale évolue pour le bien-être de ceux, et uniquement ceux, qui veulent un jour recourir à un professionnel habilité à pratiquer la psychothérapie dans le cadre strict du traitement d’un problème particulier touchant un individu particulier.

M. POEYDOMENGE

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