UNE VIE DE PSY - Épisode VII : une question de choix

UNE VIE DE PSY - Épisode VII : une question de choix

Dans cette nouvelle tranche de vie de T. Persons, vous découvrirez qu’il y a des choix qui sont plus faciles à faire que d’autres… Affaire à suivre…

- Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec une quelconque réalité serait purement fortuite… -

Dans la vie, tout est une question de choix. On définit nos trajectoires en fonction des décisions que l’on prend. J’en suis intimement persuadé. Néanmoins, avec du recul, j’avais du mal à comprendre à quel moment j’avais pris la mauvaise sortie pour me retrouver dans un bourbier pareil. En bref, après avoir croisé Anita sur le parking de cet hôtel où j’étais en formation, il n’y avait plus de place pour le doute : elle avait une liaison avec son collègue de travail, Georges, qui venait me consulter dans le cadre d’un sevrage tabagique et qui, lui-même, était marié à une autre de mes patientes, Marthe avec qui je nouais une relation entremêlée de sentiments profonds et complexes. Évidemment, aucun des protagonistes n’avait conscience qu’il usait le fauteuil du même psy. Rajoutons à cela que j’étais abasourdi par l’annonce de la grossesse de mon épouse, Marie alors que j’entretenais secrètement l’espoir de sortir de cette relation.

Vous l’imaginez bien, mon superviseur, Yves, eut un fou rire nerveux en prenant conscience de ce que je lui racontais. Il était pertinent, il avait l’expérience pour lui et je me fiais à ses réflexions. Lorsqu’il me dit qu’il fallait choisir, j’ai voulu faire ce que je savais faire de mieux : l’autruche. À savoir que si l’on utilisait ma tête pour retourner la terre, il y a bien longtemps que le piétonnier bruxellois serait terminé. On peut dire ce que l’on veut, l’évitement m’a toujours permis de me sortir d’un tas de situations complexes. C’est ce qui me permettait de ne pas remettre mon couple en question. C’est également le terreau du déni qui me déférait le droit de voir le futur de manière sereine. Mon superviseur n’étant pas dupe sur la manière dont je gérais mes conflits internes, il fit appel à mon sens du devoir et de l’éthique. Je ne pouvais pas tous les recevoir. Pour autant, étais-je obligé de leur expliquer la situation ? De fait, je n’avais rien fait de mal. Était-ce ma faute si, malgré les quatre cabinets de psy qui jonchaient la longue chaussée où j’exerçais, ils avaient tous opté pour le même porche ? Certes, j’aurais dû, dès le début, scinder les suivis. C’est en tout cas ce que me renvoyait l’air humble mais néanmoins supérieur de mon superviseur en relevant délicatement les sourcils.

« Choisir, c’est renoncer »

On avait donc convenu qu’il fallait que je me sépare d’au moins une personne et qu’afin de ne pas compromettre le secret professionnel d’autrui, je mentirais effrontément sur les raisons qui me poussent à l’amener chez un autre psy. A priori, j’aurais bien renvoyé Georges, mais celui-ci était abstinent depuis plus de deux semaines et j’entrevoyais la fin du suivi assez rapidement. Bref, assez vite, je me dis qu’il fallait que j’amène Anita à consulter un autre professionnel. De la sorte, je me séparerais de cet épineux problème tout en sachant que je clôturerais rapidement mon suivi avec Georges pour me concentrer sur Marthe, tout en faisant fonctionner ma machine à évitements. Le plan était raisonnable, mais malheureusement, c’était sans compter sur une autre faille dans la collection de mes défauts : faire confiance. Qu’on se le dise, je connais plein de très bon thérapeutes, mais il n’y avait qu’une seule personne à qui je pouvais honnêtement parler de la situation dans son entièreté sans mourir de honte et il se trouvait face à moi : Yves.

Dans la douleur, il accepta. Il recevrait Anita et je n’entendrais plus jamais parler de cette femme. Tout était ficelé et je vous l’avoue, j’étais soulagé, jusqu’à ce que mon superviseur me fasse une remarque dont il avait le secret. Tout en souriant légèrement, il me dit qu’il était intéressant de noter qu’à aucun moment je n’avais envisagé de renoncer à Marthe. Choisir, c’est renoncer. Le temps flottait dans ce cabinet et j’avais l’impression qu’un autre choix s’imposait à moi. Maudit superviseur…

Soit, j’avais bon espoir de résoudre ce problème et Anita accepta sans broncher que l’on se sépare. J’imaginais que si je n’avais pas accroché à sa personne, il était fort probable qu’il en soit de même pour elle… J’avais revu Georges et nous avions convenu de nous rencontrer une dernière fois dans le mois afin de clôturer le suivi. Marthe restait Marthe. Marie prenait de plus en plus de place et j’étais fin prêt à devenir papa. Tout allait pour le mieux à condition que je maintienne la tête dans le sable. J’avais l’expérience pour moi et le sentiment de reprendre le contrôle de la situation maintenait mes angoisses au diapason. Je me trompais tellement… À vrai dire, lorsqu’Anita me rappela pour me dire qu’elle n’avait pas réussi à joindre Yves, je n’étais pas inquiet. Lorsqu’elle insista pour reprendre rendez-vous, j’étais à peine agacé. Je contactai donc mon superviseur, maintes fois. Il ne décrochait pas son téléphone et ne répondait pas à mes mails. Pour être complet, depuis ce dernier entretien, je n’ai plus jamais eu de nouvelle de sa part… Pourtant j’aurais vraiment eu besoin de ses conseils. À croire que finalement, pour lui aussi, choisir, c’est renoncer.

T. Persons

[Du même auteur]

- Épisode I : la nouvelle demande
- Épisode II : la patiente de 15 heures, le mardi
- Épisode III : de l’art de la supervision
- Épisode IV : un heureux hasard
- Épisode V : le nouveau venu
- Épisode VI : une coïncidence douteuse…



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