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Responsable financière et administrative d’ASBL : « Aujourd’hui, je me sens plus libre »

Responsable financière et administrative d'ASBL : « Aujourd'hui, je me sens plus libre »

Françoise Jans a travaillé 25 ans en tant que fiscaliste pour des multinationales. Aujourd’hui, elle est la responsable financière et administrative de l’ASBL La Ferme Nos Pilifs. Une manière pour elle de mettre ses compétences « au service d’une cause plus sociale et humaine ». Témoignage inspirant !

Avant de rejoindre La Ferme Nos Pilifs, une entreprise de travail adapté (ETA) à Bruxelles, Françoise Jans a travaillé 25 ans en tant que fiscaliste pour des multinationales comme Arcelor Mittal, ou encore Deloitte. Aujourd’hui elle occupe le poste de responsable finance et administration, pour une ASBL réunissant près de 200 travailleur/euses. Un virage dans sa carrière amorcé en 2019. « Un revirement des 50 ans », se souvient-elle avec amusement.

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"Je voulais mettre mes compétences à disposition de causes plus sociales et humaines"

Le Guide Social : Quel a été votre parcours avant de travailler dans le secteur non marchand ?

Françoise Jans : Je suis diplômée en économie et en fiscalité. J’ai travaillé comme fiscaliste pendant 25 ans en interne dans de grands groupes, comme Arcelor Mittal, et en en tant que consultante au sein de Delloite. Puis, j’ai voulu retourner en interne et je suis devenue directrice fiscale pour le groupe John Cockerill.

En 2019, j’ai quitté mon travail et j’ai pris quelques mois. Au moment du confinement, mon réseau professionnel s’est réactivé et on m’a offert des postes toujours dans le secteur marchand. À deux reprises, j’ai dit oui puis je me suis rétractée car j’avais déjà entamé une réflexion.

Le Guide Social : Une réflexion ?

Françoise Jans : J’avais envie de faire autre chose. Puis, je me suis dit je pouvais mettre mes compétences fiscales à disposition de causes plus sociales et humaines. Dans mes expériences précédentes, il y avait des enjeux financiers mais pas cet aspect humain.

J’avais aussi envie de devenir plus généraliste, sachant que dans l’associatif il n’y a pas beaucoup de postes seulement pour la fiscalité.

Le Guide Social : Le Covid a été l’élément déclencheur ?

Françoise Jans : Ça a été une coïncidence. Je me demandais déjà si mon travail avait du sens et le Covid a permis de prendre plus le temps pour réfléchir.

"Au départ je ne me sentais pas légitime de rejointer l’associatif !"

Le Guide Social : Comment vous êtes-vous tournée vers l’associatif ?

Françoise Jans : Je ne me suis pas sentie tout de suite légitime de rejoindre l’associatif. En septembre 2020, j’ai donc repris un diplôme de management associatif à l’ULB. En parallèle, j’ai commencé à chercher du travail et j’ai rejoint la Croix Rouge en novembre 2020.

Le Guide Social : Pourquoi ne vous sentiez-vous pas légitime ?

Françoise Jans : J’avais l’impression qu’il y avait des pans de l’associatif que je n’appréhendais pas vu mon parcours dans des entreprises. Dans le management associatif il y a tout le volet politique, les enjeux de subsidiations, la défense de valeurs qui sont davantage présents. Le master nous a beaucoup éveillé à tout cela.

Le Guide Social : Est-ce que cela a été compliqué de passer d’un secteur à l’autre ?

Françoise Jans : Comme je disais, au départ je ne me sentais pas légitime. Aussi, je quittais un milieu très spécialisé (celui de la fiscalité) pour passer à du généraliste et dans un secteur plus large. Mais finalement, je me suis sentie vite à l’aise. Au bout de quelques semaines je voyais bien les enjeux et les objectifs à atteindre.

"J’avais le sentiment d’être au service de la cause capitaliste..."

Le Guide Social : Est-ce que vous pratiquez votre métier de la même manière dans le marchand et dans le non marchand ?

Françoise Jans : Avant je travaillais pour de grandes entreprises donc les tâches étaient partagées, je pouvais m’appuyer sur un autre collègue qui avait sa spécialité. Dans le non marchand, il y a moins de moyens donc on devient davantage touche-à-tout. Je mets davantage les mains dans le cambouis par rapport à avant.

Aussi, le métier demande une mise à jour systématique des connaissances. On doit nécessairement se recycler. Dans une grande entreprise, on a accès à toutes les formations alors que c’est moins le cas dans le secteur associatif. Il faut plus se documenter par soi-même.

Le Guide Social : Quel a été le changement le plus important quand vous êtes passée du marchand au non marchand ?

Françoise Jans : Dans l’associatif, il y a moins de moyens, moins d’outils à disposition mais il y a un focus sur l’humain, sur des problèmes sociaux. La Ferme Nos Pilifs, pour qui je travaille, agit sur l’inclusion par travail. La finance n’est pas prépondérante, elle est au service du projet. Contrairement aux sociétés où la finance est prépondérante pour l’actionnaire.

Aujourd’hui, je me sens plus libre que quand je travaillais dans de grands groupes car si je rendais des comptes à mon supérieur, in fine j’avais le sentiment d’être au service de la cause capitaliste.

Dans mon travail actuel, évidemment je dépends du directeur et de l’organe d’administration mais l’enjeux est de garantir que les travailleur/euses en situation de handicap et l’équipe qui les encadre aient un salaire, que l’offre de produits et des services soient sympathiques pour les clients. Rien ne sort de l’ASBL.

"Une réelle envie de faire bouger les choses !"

Le Guide Social : Qu’est-ce que votre expérience dans le marchand vous a apporté pour votre métier d’aujourd’hui ?

Françoise Jans : Je pense le sens de la rigueur, qui est peut-être encore plus pointu dans les matières fiscales car on doit toujours se mettre à jour. J’ai à cœur de toujours m’interroger au regard de la législation et de l’évolution de la situation.

Il y a un peu moins cette rigueur dans l’associatif parce qu’il y a moins de moyens, les gens ont plus la tête dans le guidon et donc moins le temps de réfléchir. Pourtant la législation évolue beaucoup que ce soit en matière de TVA, de salaires, etc.

Le Guide Social : Qu’est-ce que ce changement de secteur vous a apporté sur les plans professionnel et personnel ?

Françoise Jans : C’est un boulot avec plus de sens. Je me sens plus alignée avec moi-même, j’ai une réelle envie de faire bouger les choses.

Les interactions entre nos travailleur/euses extraordinaires et l’équipe encadrante, c’est énorme. Il y a aussi sans doute beaucoup plus de personnes qui sont contentes de venir travailler, même si ce sont des emplois pas très rémunérateurs.

Nous avons aussi un cadre de travail extraordinaire, avec un écrin de verdure. Il y a une attention particulière sur l’économie circulaire, l’environnement, l’écologie.

Le Guide Social : Est-ce que vous pensez retravailler un jour dans le marchand ?

Françoise Jans : Non, je ne me vois pas y retourner. Même si j’ai aimé et que je me suis amusée.

Propos recueillis par Caroline Bordecq



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