Travail en réseau : proposition de décryptage d’une pratique

Travail en réseau : proposition de décryptage d'une pratique

Devenu un incontournable du travail social, le travail en réseau s’est imposé au fil du temps comme la méthode de prise en charge globale des bénéficiaires. En effet, il permet de répondre à presque tous les besoins des personnes, tout en limitant l’investissement de chaque service intervenant. La formule semble parfaite, mais dans les faits, le travail en réseau ne présente pas que des avantages.

Il est loin le temps où chaque institution travaillait, au mieux, de manière cloisonnée, au pire, dans une méconnaissance du fonctionnement et des objectifs des autres services. Aujourd’hui, le travail en réseau permet une prise en charge globale des besoins des bénéficiaires. La méthode présente des avantages indéniables : répartition du travail entre les spécialités, temps de réflexion pour les professionnels etc. Travailler en réseau présente également certains inconvénients comme le renvoi de balle d’un service à l’autre, ou une certaine lenteur.

Un partenariat sous convention

Travailler en réseau signifie travailler à la prise en charge globale du bénéficiaire avec une série d’institutions partenaires. La plupart des institutions conventionnent leurs partenariats. La convention permet de déterminer précisément les domaines et modalités d’intervention de chacun et d’asseoir la stabilité du partenariat. Le corollaire est une diminution de la souplesse d’intervention. De plus, la mise en place d’une convention prend du temps. A contrario, si elle est bien pensée, elle ne nécessitera pas beaucoup d’ajustements …

Des économies d’échelle

Cela peut sembler déplacé de réfléchir en ces termes s’agissant de travail social, mais avoir un réseau solide de partenaires permet aux travailleurs de gagner du temps lorsqu’il s’agit d’aborder des aspects de la prise en charge du bénéficiaire qui ne font pas partie du répertoire de leur institution. Le travail en réseau permet d’éviter de chercher longtemps, parfois inutilement, un service. Théoriquement, cette méthode devrait donc permettre aux travailleurs de dégager du temps pour d’autres tâches. Sauf que le travail en réseau est chronophage. Une tendance des plus fâcheuses est par exemple la multiplication des réunions …

Le renvoi de balle

S’il est très confortable de pouvoir compter sur un réseau de partenaires, avec le temps, certaines habitudes s’installent et l’on peut parfois prendre des raccourcis qui ont pour effet de « renvoyer la balle » à ses partenaires. Ce genre de chose arrive souvent lorsqu’on se trouve pressé par le temps ou pris dans une situation complexe dont on a l’impression de ne pas pouvoir sortir.

Lourdeurs et lenteurs

Malheureusement, nos métiers sont de plus en plus contraints par de nombreuses lourdeurs et lenteurs administratives. Ces dernières se répercutent sur le fonctionnement du réseau de partenaires … qui se trouve d’autant plus ralenti et alourdi par les contraintes propres à chacun de ses membres. Si on prend également en compte le principe d’inertie propre à nombre de groupes, on peut en arriver à des situations ubuesques où aucune décision ne sera prise d’une réunion à l’autre et où ces dernières seront de plus en plus vides de sens, au point d’engluer une situation pourtant peu complexe au départ.

Un choix politique

Le travail en réseau est devenu un impératif conditionnant l’octroi de reconnaissances officielles et de subsides dans plusieurs secteurs d’activité. Ce parti pris permet d’ancrer une pratique jugée intéressante, mais à laquelle de nombreuses institutions étaient, au départ, réfractaires. Un effet pervers peut être la multiplication inutile du nombre de partenaires. Qui plus est, à l’heure des questions sur la transparence politique, on peut se demander à qui profite cette institutionnalisation du partenariat, surtout lorsqu’on sait que de nombreuses associations regroupées en « fédérations » ont ainsi la possibilité de « capter » plus de subsides …

MF, travailleuse sociale

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