Intégration CPAS-communes : une fausse bonne idée face à une vraie urgence sociale
Face au projet d’intégration des CPAS et des communes porté par le gouvernement wallon, des présidents de CPAS montent au créneau. Dans cette carte blanche, ils dénoncent une réforme qu’ils jugent déconnectée des réalités du terrain et plaident pour un renforcement des moyens alloués à l’action sociale, dans un contexte de précarité croissante.
« L’urgence n’est pas de se perdre dans des jeux institutionnels, mais de renforcer l’action des CPAS, derniers remparts face à la pauvreté extrême. »
Il y a des réformes qui répondent aux urgences du terrain. Et d’autres qui passent à côté. L’intégration des CPAS et des communes appartient clairement à la seconde catégorie.
Face au projet d’intégration CPAS-communes, les Présidents des CPAS tiennent à réagir collectivement. Une fois encore, les acteurs concernés — pourtant en première ligne — ont été peu écoutés. Les CPAS, par la voix de leurs Présidents, expriment aujourd’hui leur opposition à cette réforme.
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L’autonomie des CPAS, la condition pour garantir la légalité et la dignité
Dans beaucoup d’endroits en Wallonie, les CPAS sont sous pression. Les demandes explosent, les équipes tiennent par engagement, et les réformes s’accumulent sans moyens à la hauteur. Dans ce contexte, lancer une transformation institutionnelle majeure relève d’un contresens politique. Les citoyens n’attendent pas une réorganisation administrative, mais des réponses concrètes à leurs difficultés.
Il convient tout d’abord de constater que cette réforme ne repose sur aucune évaluation rigoureuse susceptible d’en objectiver les avantages et les inconvénients.
Ensuite, l’autonomie des CPAS n’est pas un principe abstrait ou corporatiste. Elle est la condition pour garantir deux piliers essentiels : la légalité et la dignité.
Premièrement, la légalité. Les CPAS appliquent un droit fondamental inscrit dans la loi : le droit à l’aide sociale. Leur autonomie institutionnelle leur permet de prendre des décisions sur base de critères légaux, et non en fonction d’arbitrages politiques ou de contraintes budgétaires immédiates.
Deuxièmement, la dignité. L’action sociale nécessite un cadre clair, identifiable, où le citoyen est accueilli sans être réduit à une variable budgétaire parmi d’autres. Le CPAS, en tant qu’institution dédiée, incarne ce rôle de dernier filet de sécurité. Diluer cette mission dans une administration plus large, c’est prendre le risque de banaliser des situations humaines qui exigent au contraire une attention spécifique, professionnelle et indépendante.
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Tout converge vers une pression accrue sur les CPAS
L’autonomie des CPAS n’est pas un luxe institutionnel. C’est une garantie. Elle permet de protéger les droits, d’assurer l’égalité de traitement et de préserver une approche humaine de l’aide sociale.
Au fond, une question simple se pose : en quoi cette intégration répondra-t-elle aux défis majeurs de notre société ? Plus concrètement encore, en quoi ce projet politique permettrait-il, ne fût-ce qu’à la marge, d’enrayer l’évolution de la précarité ? Il n’apportera ni moyens supplémentaires ni solutions structurelles. Il se contentera de déplacer les lignes sur un organigramme.
Pendant ce temps, la réalité s’impose. Les exclusions du chômage, les réformes APE et SINE, les crises successives – COVID, Energie, Guerres –, la fin de nombreux subsides et l’augmentation du coût de la vie : tout converge vers une pression accrue sur les CPAS. Des milliers de citoyens supplémentaires frappent déjà à leur porte.
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L’urgence est sociale, elle n’est pas institutionnelle
Nous proposons au Gouvernement wallon de travailler ensemble sur ces enjeux majeurs et de dégager des moyens pour une stratégie d’insertion socioprofessionnelle solide.
Modernisons sans supprimer, réformons sans fragiliser. Nos institutions peuvent et doivent évoluer. Mais elles doivent rester autonomes, proches des citoyens, accessibles, capables d’agir avec réactivité et humanité.
Les CPAS appellent à l’ouverture d’une concertation avec les acteurs de terrain et à recentrer l’action publique sur l’essentiel : donner aux CPAS les moyens d’exercer pleinement leurs missions.
L’urgence est sociale, elle n’est pas institutionnelle. Elle exige des décisions utiles, justes et efficaces, pas une réforme qui détourne l’attention des priorités.
Présidents des CPAS
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