Où en est-on dans le secteur de l’Aide à la Jeunesse ?

Où en est-on dans le secteur de l'Aide à la Jeunesse ?

Suite à la crise politique qui secoue le pays depuis juin dernier, beaucoup de secteurs se retrouvent en ‘stand-by’, puisque l’incertitude demeure face aux réformes menées par les ministres en charge à l’époque. C’est notamment le cas du secteur de l’Aide à la Jeunesse.

Depuis que Benoit Lutgen a évincé le Parti Socialiste, en juin dernier, c’est la crise. Une crise qui semble perdurer et dont l’issue n’est encore claire pour personne. Certes, un nouveau gouvernement wallon a été mis sur pied. Mais qu’en est-il de la Région bruxelloise et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Si certains s’accordent à dire que la seconde risque de péricliter, aucune décision n’a été prise et les gouvernements semblent s’enliser dans un ‘stand-by’ qui ne présage rien de bon, à la veille de la rentrée de septembre. Certains secteurs, comme celui de l’Aide à la Jeunesse, subissent de plein fouet les conséquences du « non-mouvement politique ». Petit récapitulatif des mesures prises depuis novembre, qui tardent à être concrétisées.

Les bébés parqués

Suite à la mise en lumière, en octobre 2016, de la situation de certains bébés – envoyés à l’hôpital par manque de place dans les services agréés – les ministres Alda Greoli (Petite Enfance) et Rachid Madrane (Aide à la Jeunesse) prennent le problème à bras-le-corps. Le secteur est refinancé à hauteur de 11,3 millions, et les budgets se répartissent entre la création de prises en charge en Centres d’Accueil d’Urgence (pour l’Aide à la Jeunesse) et de places en SASPE et SAAE, ainsi que la promesse d’engagement de personnel (pour la Petite Enfance). Secteurs compliqués et dépendants de plusieurs autorités, l’Aide à la Jeunesse et la Petite Enfance, avec ce refinancement, semblent enfin pourvoir souffler un peu.

Un manque de transparence

Cependant, en mai dernier, le magazine Alter Echos s’intéresse de près à la répartition de ces 11,3 millions prévus pour refinancer le secteur. Et ce que révèle l’article n’est pas rose : d’après des sources du secteur, le directeur adjoint du Cabinet de Rachid Madrane, également directeur de la Cité de l’Enfance (faisant partie de la controversée Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi ) utiliserait sa position pour arroser allègrement ses services à Charleroi. Appels à projets, création de nouvelles structures, etc. Alberto Mulas favoriserait largement les services de la Région. Si les intéressés nient tout favoritisme, le secteur reste cependant plus que sceptique et dénonce un manque de transparence flagrant de la part du Cabinet Madrane.

Avec la décision de Benoit Lutgen et les conséquences sociétales que les révélations sur le Samusocial ont engendrées, Rachid Madrane et Alda Greoli entrent en conflit fin juin. En cause : le premier accuse la seconde de bloquer un financement en faveur de l’Aide à la Jeunesse. En réponse, le Cabinet d’Alda Greoli se dit « "écœuré" par l’attitude "ignoble" des socialistes dans ce dossier ». Et réplique que «  Les 11,3 millions ont été votés par les ministres cdH aussi. Nous sommes donc pour l’aide à la jeunesse et certainement les plus vulnérables. Nous accuser du contraire avec un pareil tire-larmes est ignoble. C’est à la lecture de ce dossier que nous ne pouvons laisser passer vu le soupçon de délit d’initié flagrant, de procédure opaque, voire de conflit d’intérêt dans le chef de cabinet adjoint du ministre Madrane. Enfin, il y en a pour plusieurs millions. Peut-on jouer avec autant de légèreté avec l’argent du contribuables [sic] ? »

Le constat sans appel : après s’être penché sur ces subsides octroyés, le Cabinet Greoli remarque que la plupart vont à des associations socialistes. Dès lors, la ministre souhaite que les appels à projets fassent l’objet de plus de transparence et ne les soutiendra strictement qu’en ce sens.

Quid de l’été ?

Le secteur est directement impacté : suite au manque d’accord entre les partis, plusieurs associations se retrouvent sans subsides les mois de juillet et août. C’est le cas notamment de l’association Le Tamaris, pilier dans l’Aide à la Jeunesse. L’ASBL gère deux maisons d’accueil dans Bruxelles, et faute de financement, a dû fonctionner sur fonds propres pendant les vacances. Mais les fonds se tarissent…

Son directeur, Grégoire Nyssen, explique à RTL "Si la maison n’a pas un subside qui arrive en septembre, elle est menacée parce qu’on ne saura pas payer les salaires des éducateurs, des psychologues... de tout le personnel ! Les adolescents devront être remis à disposition du juge de la jeunesse ou du SAJ (service d’aide à la jeunesse) et redistribués dans différentes institutions ou renvoyés dans leurs familles. Nous on ne sait pas, c’est l’autorité mandante qui devra alors trouver des solutions. Je pense qu’on peut tenir encore jusqu’au mois de septembre mais, en octobre, s’il n’y a pas de décision ou de solution, on devra fermer". Au total, 9 associations se retrouvent dans le même cas. La rentrée politique en FWB étant prévue pour ce mercredi 30 août, elles croisent les doigts pour que les gouvernements s’entendent, afin de les laisser continuer leur travail.

Le Décret Code

Également à l’agenda de Rachid Madrane cette année, la totale refonte du Décret Code de l’Aide à la jeunesse. Ce décret, régissant tout le secteur de protection de l’Aide à la Jeunesse, date de 1991 et n’a jamais fait l’objet d’un tel remaniement (la dernière modification remontant à 2006). Le nouveau texte, approuvé par le gouvernement en mai, est à présent bloqué suite à la crise politique.

Cependant, pour certaines personnes du secteur, ce n’est pas une mauvaise chose : en effet, le Décret aurait manqué de concertations, Rachid Madrane ne l’ayant pas soumis à tous les acteurs de terrain, avant de le faire approuver. Pour Philippe Renard, directeur d’AMO et membre du CCAJ, l’organe de réflexion du secteur, « Le texte est, certes mieux, c’est un fait », mais il comporte néanmoins encore beaucoup de coquilles vides. « Le premier texte, Rachid Madrane aurait dû le proposer au secteur, qui lui aurait fait part des multiples problèmes et coquilles vides et il aurait pu retravailler dessus avant de le déposer pour avis au CCAJ, comme texte plus ‘finalisé’. Ce texte-là aurait été beaucoup plus proche de celui reçu par les parlementaires. Pour ma part, ce n’est plus une priorité de faire passer ce Code comme il est là. Alors le prochain gouvernement pourra, bien sûr, s’en inspirer parce qu’il y a toute une partie vraiment bien faite, mais il y a quand même un certain nombre de points qui demandent encore réflexion. »

Suite aux différentes mesures qui posent problème, dont la volonté du ministre d’augmenter l’âge de la prise en charge jusque 26 ans ( concrètement pratiquée dans une seule structure : La Mado, projet … d’Alberto Mulas), le Cabinet réagit pour remettre les pendules à l’heure. Face à cette réaction, Philippe Renard a souhaité adresser une ultime réponse au ministre.

Et donc, on en est où ?

Il est évident que sans un accord concret entre les différents partis et une réelle volonté de faire passer le secteur avant les dimensions politiques, l’Aide à la jeunesse se retrouve, bien malgré lui, à l’immobilité la plus totale. Ni les subsides ni le nouveau Décret Code ne pourront faire l’objet de pratiques concrètes tant que les partis ne se seront pas assis ensemble autour de la table. Reste à espérer, pour le bien des associations qui œuvrent quotidiennement pour ces jeunes, que cette discussion ait lieu au plus tôt…

Ce mercredi 31 août, la FWB faisait sa rentrée politique. A l’ordre du jour, entre autres, les questions de subsides des diverses associations. Cependant, ces points n’ont pas été réglés. Dans un communiqué, la FWB précise Concernant les subventions au secteur de l’aide à la jeunesse, le Gouvernement a procédé à un premier examen. Le dossier ne fait pas l’objet de blocage de principe. Dès lors qu’il reste un peu de travail technique, le point est inscrit à l’ordre du jour pour décision la semaine prochaine. Affaire à suivre, donc...

La Rédaction



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